CHAPITRE XX
NEUVIEME KTl'DR DE DÉTAILS — TOI' H CONSTRUITE A DEUX ÉPOQUES DIFFÉRENTES. — ICONOGRAPTIIE DE LA TOUR — PORTE DU VESTIAIRE.
eux qui se livrent à l'étude de nos monuments religieux doivent se tenir en garde contre des dates sou\cnl incertaines ou mal appliquées , ils sont exposés à de graves erreurs, si, par trop de confiance, ils se laissent traîner à la remorque de certains chroniqueurs, qui ont écrit sans consulter les règles d'une saine critique.
Rien n'est plus commun que de rencontrer des gens qui veulent vous forcer à donner à un édifice un âge
MOMM.I» AI'IIIK
qui m 1 concorde en aucune manière avec ses caractères archiloetoniquos ; pour avoir la paix a\ ce eux, il faudrait mettre sous les pieds lous 1 s principes de la science; et , nous devons l'avouer , un grand nombre se laissent influencer par la dalc indiquée , ou l'adoptent sans examen.
Dans l'histoire de nos monuments chrétiens, plusieurs époques viennent établir une sorte de confusion : nous avons I" la date du projet de construction, c'est le moment où se manifeste le simple désir d'élever le monument; T vient ensuite la fondation, ou l'acte par lequel le fondateur abandonne le terrain nécessaire à la construction , et assure tout à la fois les moyens d'exécution et ceux d'entretien; 3° enfin l'exécution du projet. L'examen attentif de ces trois époques bien distinctes, explique certaines contradictions apparentes qu'on rencontre dans des chartes. D'un antre côté , la construction se compose ordinairement de plusieurs phases-, il était, souvent impossible d'exécuter d'un seul jet le travail projeté; il fallait quelquefois le concours de plusieurs siècles pour le conduire à bonne lin; puis, quand un édifice était éle\é, il arrivait que , par suite de vétusté, de mauvaise construction, ou par des accidents quelconques, il s'écroulait en entier ou en partie; de là, une nouvelle date venait compliquer l'histoire de cet édifice, qu'on était obligé» de reconstruire ou de restaurer.
Il nous a p;nu important do consigner ces observa-
lions, avant d'entreprendre l'étude de la tour de notre cathédrale.
Tous les historiens qui ont écrit sur notre basilique , Parmentier , Gillet, de Saintemarie , l'abbé Bourassé, les auteurs de Y Album du Mvernais ont assuré que la tour de Saint-Cyr avait été commencée en 1509 ; et nous-même, à l'époque du congrès de Ncvers, nous avons répété cettè erreur traditionnelle. Obligé, quoiqu'à regret , d'imposer silence à nos convictions , et de mettre de côté les principes archéologiques, nous n'osions donner un démenti à ceux qui nous ont précédé; nous nous trouvions sous l'influence d'une date.
Cependant , il y a quelques années , dans un article intitulé Promenade dans le* vaux de l'Yonne, inséré dans le Journal de la Nièvre, nous comparions la tour de Clamecy et celle de Nevers , qui d'après nos historiens , auraient été contemporaines , et nous faisions remarquer la différence qui existe entre les deux sœurs : l'une , coquette , et se soumettant aux caprices de la mode ; l'autre , plus grave , et préférant des atours déjà surannés. Cette pensée nous a déterminé à examiner d'une manière plus sérieuse les caractères do cette tour; le résultat de cet examen ne nous laisse plus aucun doute.
Nous divisons donc la tour en deux parties : la première, depuis le sol jusqu'à la galerie inférieure , a été élevée en même temps que le choeur , c'est-à-dire dans les dernières années du quatorzième siècle, ou au commencement du quinzième. Si on veut examiner, à
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l'intérieur, les colonncttes qui soutiennent les nervures de la voûte, l'ouverture pratiquée sur la chapelle voisine, et à l'extérieur, la fenêtre donnant sur les basses-voûtes, on verra les mêmes caractères, le même mode d'exécution qu'on remarque dans le chœur, et on reconnaîtra peut-être le même ciseau. Quant aux feuilles entablées qui soutiennent la galerie, on les retrouve à la sacristie et à plusieurs chapelles de la région du chœur. Enfin l'inspection de la chapelle voisine de la tour , qui s'y trouve adossée sans aucun arrachement et sans liaison, prouve qu'elle est d'une époque postérieure ; cependant cette chapelle existait avant 1477, puisqu'un chanoine, mort en cette année, y avaii choisi sa sépulture , comme nous le voyons par son inscription funéraire.
La fenêtre dont nous avons parlé , qui s'ouvre sur les voûtes des basses nefs , est surmontée d'un fronton triangulaire avec de larges feuilles sur les rampans, et de chaque côté , sur des piédestaux , on voit deux statues : l'une a les pieds chaussés et tient un volumen, l'autre a les pieds nus et porte un livre; aucun autre attribut ne les distingue.
On sait que les saints de l'Ancien Testament , les patriarches et les prophètes sont chaussés et tiennent en main le volumen qui indique que la science divine ne leur était dévoilée qu'en partie , tandis que les apôtres ont les pieds nus et portent le livre carré. Nous rappelons ces principes iconographiques , avant de nous livrer à l'étude dos statues nombreuses , qui garnissent notre
DB LA CATHÉmiALB DB NBVERS.
tour. Commençons par résumer les observations que nous avons exposées plus haut , et disons : que la tour, restée inachevée , a été continuée en 4 509 ; si on nous objecte la bulle du pape Jules II , qui accorde des indulgences à tous ceuv qui contribueront à la construction de la tour , nous répondrons qu'il s'agissait de la construction des deux étages supérieurs. C'est cette partie , entreprise sous l'évôque Jean Bohier , qui fut terminée en 1528.
Cette tour est assurément une des plus remarquables qu'on rencontre en France ; il en est peu dont les proportions soient aussi satisfaisantes, l'ornementation aussi riche, l'ensemble aussi majestueux.
Ne nous occupons plus du soubassement ni de l'étage inférieur , dont nous avons déjà parlé , et portons toute notre attention vers les deux étages supérieurs , à la naissance desquels une galerie à jour repose sur une guirlande de feuilles entablées. Une troisième galerie couronne le sommet , et une tourelle délicate couvre la cage de l'escalier. Quatre contreforts polygones flanquent les angles en les effaçant.
La partie la plus curieuse par son ornementation , est, sans contredit, l'étage intermédiaire. Dans des niches élégantes, on voit se dresser de grandes figures, de trois mètres environ de hauteur. Ce sont les deux Testaments, représentés par les prophètes et par les apôtres , auxquels ont été adjoints d'autres saints personnages. Outre les deux statues de l'étage inférieur,
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que nous avons déjà indiquées , quarante-trois autres garnissent les étages supérieurs.
Nous avons cru remarquer un certain désordre dans le rang occupé par ces différents personnages, et nous avons pensé que ce déplacement avait eu lieu dans quelque restauration. Cet inconvénient, déjà grave par lui-môme en iconographie, devient ici d'autant plus regrettable, que les personnages de l'ancienne loi , sauf Moïse, David et Salomon, n'ont aucun attribut distinctif.
Il est encore à remarquer que les représentants de la loi ancienne sont placés au-dessus des apôtres ; les dais qui couvrent ceux-ci servent de supports aux patriarches et aux prophètes , qu'on reconnaît à leurs philaclèrcs , à leurs chaussures et au bonnet antique dont plusieurs sont couverts.
Dans leur nombre, on peut reconnaitre quelques-uns des personnages qui flanquent la paroi méridionale, entre les deux contreforts : l'un tient un sceptre et la main de justice; c'est sans doute Salomon, placé auprès de David , son père , qu'on reconnaît à sa couronne royale , à sa harpe , ainsi qu'au sceptre qu'il porte. Il est facile de distinguer Moïse à ses cornes de gloire , et aux tables de la loi qu'il a entre les mains. Nous avons cru aussi que le personnage du premier rang , dont les yeux sont fixés vers le ciel , est Daniel, l'homme des désirs 1 : sur la même ligne on a
< Vir ilêsideriontm. Daniel , ix , Î3.
placé Jean-Baptiste, qui réunit les deux Testaments, remplissant tout à la fois les fonctions de prophète et celles d'évangéliste. Après avoir fait retentir les échos du Jourdain de ces paroles : Préjwrez les voie* du Seigneur , il annonce aux Juifs : Qu'il y en a un au milieu d'eux qu'ils ne connaissent pas. A la suite, de chaque côté de la fenêtre qui regarde l'Orient, on voit Marie-Madeleine , avec son vase de parfums, et le Sauveur, appuyé sur une bêche, lui apparaissant sous la figure d'un jardinier. Ces statues , comme quelques autres , accusent un ciseau peu habile , et sont loin de pouvoir être comparées à celles des prophètes et des apôtres.
Au-dessous de ces saints personnages, mais seulement dans les niches appliquées aux tourelles-contreforls , se voient les apôtres 1 . Nous allons étudier chaque contrefort en particulier.