CHAPITRE XIX
HUTIKMK ETUDE DE DETAILS. — FIN PU QUINZIÈME SIÈCLE. — LEGENDE DE SAINT JEAN-BAPTISTE. — ARU0IRIB9 DE JEAN DE BOURGOGNE, DONATAIRE DU BAS-RELIEF QUI REPRÉSENTE CETTE LÉGENDE.
^ i la i hapelleque nous allons étudier n'offre pas, dans sa voûte, la môme richesse d'ornementation que la chapelle voisine, son retable remporte sur celui de l'assomption et fflSL . ^B§F 11 l'exécution du sujet et par les ^w^^*SSS5!f^ incroyables détails qu'il renferme. C'est un véritable chef-d'œuvre ; l'artiste semble avoir pris à tâche de multiplier les difficultés, pour se procurer le plaisir de les surmonter. Nous dirons plus bas pourquoi il a choisi de préférence la vie de saint Jean-Baptiste.
MOMHiHU'lllh
Divisé on cinq zones zigzaguées , ce rétable déroule loule la suite de celte admirable» vie, commençant, à l'angle droit supérieur, par la mystérieuse vision qui a annoncé la naissance du saint Précurseur, et finissant, à l'angle gauche inférieur, par sa mort et ses funérailles.
Ici, ce ne sont pas les légendaires du moyen-âge qui ont guidé eelarlisle; il s'esl appliqué à reproduire le texte évangélique, avec une scrupuleuse exactitude 4 . Nous allons le suivre , l'évangile a la main , dans l'étude des dix-huit tableaux dont est composé ce bas-relief.
« Au temps d'IIérode , roi de Judée, il y avait un piètre nommé Zacharie , du rang d'Abia , et sa femme descendait des filles d'Aaron , cl elle se nommait Elisabeth.
» Or, tous deux étaient justes devant Dieu , marchant dans tous les commandements du Seigneur d'une manière irréprochable. Et ils n'avaient point d'enfants, parce qu'Elisabeth était stérile . et que tous deux étaient avancés en âge.
» Or. il arma, lorsque Zacharie remplissait en son rang , les fonctions du sacerdoce , devant le Seigneur , selon la coutume établie parmi les prêtres, que le sort décida qu'il offrirait les parfums dans le temple du Seigneur, et toute la multitude du peuple priait au dehors, à l'heure des parfums.
» Lange du Seigneur lui apparut , debout à la droite de l'autel des parfums. Zacharie, le \oyant,fut troublé, et la crainte le snisil.
» Or , l'ange lui dit : « Zacharie , ne crains point , » parce que ta prière est exaucée, et ta femme Elisabeth »» te donnera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jean, » et il sera ta joie et ton allégresse , et plusieurs se » réjouiront en sa naissance , car il sera grand devant » le Seigneur; il ne boira ni vin ni liqueur enivrante, » et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa » mère, et il convertira plusieurs enfants d'Israël au » Seigneur leur Dieu. Et il marchera devant lui, dans » l'Esprit et la vertu d'Elie , afin de convertir les cœurs »> des pères aux enfants, et les incrédules à la sagesse >> des justes , pour préparer au Seigneur un peuple » parfait; »
» Et Zacharie dit à l'ange : « Comment connaîtra i-je » ceci? car je suis vieux, et ma femme est avancée en » âge. »
» Et l'ange lui répondit : « Je suis Gabriel, toujours » présent devant Dieu , et je suis envoyé pour te parler » et l'annoncer cette heureuse nouvelle; et voilà que •> tu seras muet , et tu ne pourras parler jusqu'au jour » où ces choses arriveront , parce que tu n'as point cru à » mes paroles , qui seront accomplies en leur temps \ »
Tel est le sujet du premier tableau. On voit Zacharie, tenant en main l'encensoir devant l'autel , tandis que l'ange lui Apparaît debout à la droite de l'autel*. Le
< Saint Luc, chap. i , v et suivants. 2 Gauche de relui qui regarde.
MONOGRAPHIE
temple, clans son ornementation , indique les caractères de la fin du quinzième siècle ; on voit les formes flamboyantes , et les nervures prismatiques viennent se fondre dans des colonnes monocylindriques, comme nous le remarquons dans l'église de Saint-Saulge. Les seigneurs , à cette époque , avaient l'habitude d'accoler partout leurs armoiries; on les retrouve aux clés de voûtes des églises , sur les vases sacrés qu'ils avaient donnes, contre les autels, etc.; nous ne devons pas être étonnés de \oir un écusson contre Vautel des parfums.
« Or, le peuple , continue le texte sacré , attendait Zacharic, et s'étonnait qu'il demeurât si long-temps dans le temple. « Mais , quand il fut sorti , il ne pouvait leur parler , et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le temple, car il le leur faisait entendre par signes, et il demeura muet *. »
Tel est le sujet du second tableau , qui nous montre Zacharic indiquant par ses uestes, au peuple réuni hors du temple, qu'il s'était passé quelque chose de merveilleux.
« Et il arma, quand les jours de son ministère furent accomplis, qu'il retourna en sa maison. Or, après ces jours-là, Elisabeth sa femme conçut, et elle se cacha durant cinq mois, disant « ('/est ainsi que le Seigneur
\ Sm\t l.tv t. 2« . i >
» a agi en ma faveur, dans les jours où il m'a regardée, » pour effacer mon opprobre d'entre les hommes. »
» Or, au sixième mois , l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth , à une Vierge qu'un homme nommé Joseph , de la maison de David, avait épousée, et le nom de cette Vierge était Marie 1 . . . .
» En ces jours-là , Marie se levant , s'en alla en hâte vers les montagnes et se rendit en la ville de Juda ; et elle entra en la maison de Zacharie, et salua Elisabeth. Et il arriva que quand Elisabeth eut entendu la salutation de Marie , l'enfant qu'elle portait tressaillit en son sein, et Élisabeth fut remplie de l'esprit saint , et elle s'écria à haute voix , et dit : « Vous êtes bénie entre toutes les
» femmes , etc. 2 »
Le troisième tableau est consacré à l'annonciation. Zacharie et Élisabeth sont sortis de leur maison d'Hébron, pour aller à la rencontre des hôtes qui leur arrivent. Zacharie serre la main à saint Joseph, qui a accompagné sa jeune épouse , tandis que, d'un autre côté, a lieu la mystérieuse entrevue de Marie et d'Elisabeth. Il est à remarquer que Joseph tient un bâton à la main, et est revêtu d'un habit de voyage, tandis que le prêtre d'Hébron porte un manteau largement drapé.
4 Saint Luc, i, 23... 27
2 Saimt Luc, ebap. i, 39... il.
\ 78 MONOGRAPHIE
Nous avons parlé de la maison d'Hébron; c'est un véritable château-fort. Plus haut , nous avons étudié , dans le temple, les constructions religieuses de la fin du quinzième siècle ; on peut étudier ici les constructions militaires, avec leurs créneaux, leurs mâchicoulis, etc.
« Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois ; puisellc retourna dans sa maison. Or, le temps d'enfanter pour Élisabeth arriva , et elle mit au monde un fils. Et ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait manifesté sa miséricorde sur elle , et ils la félicitaient 1 . »
Le quatrième tableau rappelle la naissance du saint Précurseur : sainte Elisabeth nimbée est couchée dans un lit ; deux servantes ou sages-femmes lui prodiguent leurs soins; tandis qu'une troisième femme est assise, tenant l'enfant emmaillotté; auprès d'elle est un large bassin dans lequel on a lavé l'enfant.
Ici , nous pou\ons faire encore une étude de l'architecture civile • la maison est flanquée de deux tourelles rondes, qui s'élargissent au sommet, au moyen d'encorbeillcments ; une galerie à jour, formée de trèfles lancéolés, règne d'une tourelle à l'autre. On peut aussi se faire une idée de l'intérieur d'une maison de celte époque, par la disposition de la chambre de la nouvelle accouchée.
I Saint l.v »:, fhop. i , 56 , 57. 58.
« Il arriva qu'au huitième jour ils vinrent circoncire l'enfant , et ils l'appelaient Zacharic , du nom de son père , mais sa mère dit ; « Non , il sera appelé Jean. »
» Et ils lui dirent ; « Il n'y a personne dans votre » famille qui soit appelé de ce nom. » Et ils demandèrent par signes au père comment il voulait que l'enfant fût appelé.
» Celui-ci demandant des tablettes , écrivit : « Jean » est son nom 1 . »
Cette scène est reproduite dans le cinquième tableau : c'est un nouvel appartement de la maison d'Hébron , flanqué de deux tours , et au-dessus duquel on voit encore des créneaux et des mâchicoulis; plusieurs personnes discutent entre elles , comme on peut en juger par leurs gestes, pendant que Zacharie assis écrit sur une feuille de parchemin.
Dans le sixième tableau , nous voyons Jean dans le désert, au milieu d'un groupe auquel il prêche; deux anges semblent le soutenir. Peut-ôtre a-t-on voulu exprimer ainsi les paroles de l'Évangile : La parole du Seigneur se fit entendre à Jean dans le désert*. Ces anges auraient été chargés de lui manifester la volonté de Dieu. Il es t à remarquer que, dès ce moment, saint Jean
l Saint Luc. i , 59 63.
i Saisit Lu;, rhap. m, v t.
180 MONOGR4PHIK
est revêtu de son grossier vêtement de poil de chameau, qu'il conserve jusqu'à la fin. Pendant que le saint Précurseur prêche la pénitence, on aperçoit, dans le groupe qui l'entoure, un individu qui, retiré derrière les autres , boit à longs traits à un baril.
Le septième tableau est un des plus compliqués; un grand nombre de personnes se pressent sur les bords du fleuve; on en voit qui se dépouillent de leurs vêtements pour recevoir le baptême de Jean. Cependant le saint Précurseur verse l'eau sur la tête du Sauveur, qui est entré dans le Jourdain ; un ange porte ses habits, et, en même temps, on voit planer au-dessus de sa tête le Saint-Esprit , sous la forme d'une colombe, tandis que le buste de Dieu le Père paraît au milieu des nuagos ; c'est la seule des personnes divines qui n'ait pas été brisée.
Le huitième tableau nous montre Jean s'adressant au peuple ; il lui raconte, sans doute, ce qui s'est passé de merveilleux au moment du baptême de Jésus-Christ. Nous avons cru reconnaître ici le passage de l'Évangile :
« Jean rendit témoignage en disant : « J'ai vu l'Esprit » descendant du ciel comme une colombe, et il s'est » reposé sur lui. Et je ne le connaissais point, mais » celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : » Celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre et se » reposer, c'est celui-là qui baptise dans le Saint-Esprit.»
DE LÀ r.ATIl&lMALK DR NEVBR8.
» Je l'ai vu , et j'ai rendu témoignage qu'il était le fils » de Dieu. »
Saint Jean ne se trouve pas dans le neuvième tableau, composé d'un groupe de personnages, dont un est occupé à feuilleter un gros volume ; plus loin , sur les bords du Jourdain , au-dessous d'un pont jeté sur le fleu\e , on voit , dans le dixième tableau , le saint Précurseur assis sur un rocher ; deux hommes sont debout devant lui ; il joint les mains et paraît vouloir , par ses gestes , confirmer ce qu'il dit.
Etonnés de la vie si extraordinaire de Jean , et surtout de son éminente sainteté , après avoir comparé , sans doute , cette vie si sainte avec ce que les prophètes avaient annoncé touchant le Messie,
« Les Juifs envoyèrent à Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Oui êtes-vous? »
» Et il déclara la vérité et il ne la nia point , et il déclara qu'il n'était pas le Christ.
» Ils lui demandèrent : « Qui êtes- vous donc? Êtes- » vous Élie? »
» Et il répondit : « Je ne le suis point. »
« Êtes-vous prophète? »
» Et il répondit : « Non. »
» Ils reprirent : « Qui êtes-vous donc, afin que nous » donnions une réponse à ceux quï nous ont envoyés? » Que dites- vous de \ous-môme? »
MONOGRAPHIE
» Jean leur répondit : « Je suis la voix de celui qui » crie dans le désert , etc. 1 »
Nous lisons dans l'Évangile que des personnes de toute condition se rendaient auprès de Jean pour l'entendre; outre les gens du peuple, on voyait des publieains 2 , qui venaient demander le baptême de la pénitence, ainsi que des pharisiens et des saducéens \ C'est ce qui paraît indiqué dans le onzième tableau et dans le douzième; le premier nous montre, parmi les personnes qui composent le groupe , un individu écrivant sur un phylactère , pendant que Jean parle , et une femme portant un petit caniche sur son bras , comme nos douairières du temps passé; mais les personnages du douzième tableau paraissent moins prétentieux.
Jusqu'ici nous ne trouvons pas exprimé ce passage de saint Luc :
« Les soldais aussi venaient pour lui demander : « Et » nous, que ferons-nous? » 11 leur dit : « Ne frappez et » ne calomniez personne, et contentez- vous de votre »> solde \ »
Notre artiste ne pouvait oublier cette scène des soldats; si nous ne les voyons pas auprès du saint Précurseur, nous les apercevons, sur deux points différents, dans l< s défilés des montagnes ; ils ont à leur tête
4 Saint Juan , diap. i, v. 19 et suivante.
i Saint Uc , ch;ip. m, v. 12.
3 Saint Ma niiKr , cliap. m, v. 7 i Saint \m . clmp m . \ I i
DE LA CATHEDRALE DR XEVERs.
un trompette , et sont montés les uns sur des chevaux , les autres sur des chameaux.
Dans le treizième tableau un nouveau groupe environne saint Jean : cette fois on aperçoit des apôtres ; leurs pieds nus ne laissent aucun doute sur leur qualité 1 ; on distingue môme saint Pierre à la clé qu'il tient à la main 2 . Nous ne devons pas nous étonner de voir ici les apôtres du Sauveur ; cette particularité se trouve consignée dans l'Évangile , qui nous parle en effet de deux des disciples de Jean qui l'abandonnèrent pour suivre Jésus-Christ; saint André en était un , l'autre n'est pas nommé. On ne pense pas que ce fut saint Pierre, mais sa présence ici se trouve expliquée par celle de saint André , son frère , qui a pu l'engager à venir entendre les prédications du saint Précurseur.
Le quatorzième tableau est composé de quatre personnages , tellement mutilés , qu'il est difficile de les reconnaître. On voit saint Jean, placé sur une large poutre jetée sur un ruisseau ou une rigole , détournée
\ Pendant le cours du moyen-âge, on no représentait que les personnes divines , le» anges, les apôtres et le saint Précurseur avec les pieds nos; les autres saints étaient toujours chaussés.
1 Cet anachronismn ne doit pas surprendre; à cette époque, on ne s'en gênait pas. Nous avons vu sur les vitraux de la cathédrale d'Auch, Esdrns ayant des lunettes pour écrire; Moïse portant sur les tables delà loi : Credo in «num Deum; et Uénoc avec cette inscription sur son m:mtc:iu : Pater m«/rr 9«mm in Cfrti*.
MONOGIlAI'JIJi:
sans doute du Jourdain , pour mettre en mouvement un moulin, qu'on aperçoit dans une gorge; deux autres individus reçoivent le baptême de Jean , un d'eux est à genoux dans l'eau. Auprès, était un autre personnage aux pieds nus, à la robe largement drapée, à en juger par ce qu'il en reste. On ne voit pas ordinairement agenouillées les personnes qui viennent réclamer le baptême de Jean ; cette circonstance , jointe à la particularité de la nudité des pieds , dans le personnage qui paraît sur le bord de l'eau , nous fait croire qu'on a voulu exprimer ici ce passage de l'Évangile : • « Le lendemain Jean s'arrêta avec deux de ses disciples , et voyant Jésus qui s'avançait , il dit : « Voici » l'agneau de Dieu. »
» Les deux disciples , qui entendirent ces paroles , marchèrent à la suite de Jésus 4 . »
Peut-être Jean était-il occupé à baptiser ces deux disciples quand le Sauveur parut, et ceux-ci s'agenouillèrent en entendant leur maître proclamer la présence du Messie.
Les quatre derniers tableaux ont rapport au glorieux martyre du saint Précurseur, et aux circonstances principales qui l'ont accompagné,
« Hérode avait envoyé saisir Jean, et l'avait fait enchaîner et mettre en prison , à cause d'Hérodiade ,
\ Saint Jean , • hnp. < , \ 3'i , 30 ei 37
femme de Philippe, son frère, qu'il avait épousée, parce que Jean disait à Hérode : « 11 ne vous est pas » permis d'épouser la femme de votre frère. »>
» Or, Bérodiade lui tendait des pièges, et elle voulait le foire périr; mais elle ne le pouvait, parce qu'Hérode craignait Jean , sachant que c'était un homme juste et saint, et il le gardait, et il se conduisait en beaucoup de choses d'après ses avis , et il l écoutait volontiers.
» Or il arriva pour elle un jour favorable : Hérode , le jour de sa naissance , donna un festin aux grands de sa cour, aux premiers de son armée , et aux principaux de la Galilée. La fille d'Hérodiade , étant entrée , dansa devant Hérode , et lui plut tellement , et à ceux qui étaient à table avec lui , qu'il lui dit :
« Demandez-moi ce que vous voudrez et je vous le » donnerai; il ajouta même avec serment : oui, je vous »> donnerai tout ce que vous demanderez , quand ce » serait la moitié de mon royaume. »
» Lorsqu'elle fut sortie , elle dit à sa mère : « Que »> demandera i-je? »
» Sa mère répondit : « La tête de Jean-Baptiste. »
« Aussitôt elle rentra dans la salle où était le roi , et dit : « Je demande que vous me donniez, à l'instant » même, dans un bassin, la tête de Jean-Baptiste. »
o El le roi fut contristé , mais à cause de son serment et de ceux qui étaient à table avec lui , il ne voulut pas rejeter cette demande. Et ayant envoyé un de ses gardes, il ordonna qu'on apportât la tête de Jean dans un bassin,
MONOUIU'IIII,
et le garde lui coupa la tôle dans la prison, et il l'apporta dans un bassin , cl il la donna a la jeune fille, qui la remit à sa mère.
» Les disciples de Jean l'ayant su , vinrent prendre son corps et le mirent dans un tombeau 1 . »
Notre sculpteur nous montre d'abord Jean garotté, entre deux soldats qui le conduisent en prison. Cotte prison, qui s'élève derrière la tenle dressée pour le festin d'Hérode, nous fournit encore un nouveau sujet d'étude d'architecture militaire ; on la croirait copiée sur la fameuse Bastille.
Laissant de coté la danse de la fille d'Hérodiade , il nous montre, sous la tente, l'horrible repas au milieu duquel cette tille cruelle vient demanderai! roi d'accomplir sa promesse , en lui donnant la tète de Jean- Baptiste; elle est à genoux devant llérode , dont elle est séparée par la table. On \oil à l'autre extrémité de la table un sold.it, le genou en terre, et plaçant devant Hérodiade un bassin, contenant la tète de Jean-Baptiste. De l'autre coté de la lente, la porte de la prison est entrouverte ; Jean-Baptiste en est sorti, il est agenouillé devant le garde, qui lui tranche la tôle. Enfin deux disciples du saint Précurseur emportent son corps sur une civière. On n'a pas oublié de reproduire le sentiment de vénération que le peuple éprouvait pour saint Jean; on apercoil, entre les créneaux de la prison.
' S\iyt Maik , <-h,ij. m \ 17 -»:iva»;i~
DE LA CATIIKDHaLE DE NBVBHS.
des personnages qui , par leurs gestes , expriment ce sentiment.
Tous ces différents tableaux, si admirablement traités, sont mélangés aux scènes de la vie champêtre, et enrichis de gracieux paysages exécutés avec le plus rare talent. On ne sait ce qu'on doit admirer le plus dans l'artiste , ou de la fécondité de son imagination , ou de son goût exquis, dans la disposition et l'agencement des sujets' qu'il a choisis. L'œil s'égare au milieu du dédale de ce vaste panorama : ici c'est un berger qui conduit son troupeau , tandis qu'un bouvier fait sortir ses bœufe de l'ctablc ; là , c'est un meunier gravissant avec son âne une côte rapide , au sommet de laquelle on aperçoit un moulin à vent ; c'est un piqueur sonnant du cor et tenant ses chiens en laisse; c'est une servante tirant de l'eau à un puits , une autre entre par une porte du château d'Hébron, avec deux seaux en balance aux extrémités d'une perche ; c'est encore un berger, jouantdela musette en gardant ses troupeaux ; c'est un marchand, endormi au pied d'un arbre : pendant son sommeil arrivent des singes, qui se récréent aux dépens du dormeur ; l'un lui ôte ses bottes , l'autre a ouvert sa boîte et examine ses marchandises , etc. Rien n'est attrayant comme les bords du Jourdain : sa source sort des rochers du désert , au milieu desquels on voit errer des animaux réels et fantastiques , l'ours et le centaure Sagittaire, le lion et la licorne ; puis c'est le cerf en repos qu'on aperçoit sur ses rives; après avoir arrosé de jolis paysages, son
ISS
MONÏM.H Al'HIK
«ours se grossit, quand il arrive au pont dont nous avons parle. (le pont vent, à son lour, nous fournir un sujet d'études, sous le point de vue de l'architecture: ses piles sont garanties par des éperons triangulaires . comme nous en avons rencontré dans d'autres constructions de ce genre, appartenant au moyen-âge , et le parapet du pont suit la tonne des éperons Au-dessous, on aperçoit une barque arrêtée; de l'autre côte, un pécheur prend un poisson à la ligne, un bateau descend le fleuve a\ee ses agrès et sa voile déployée; et, entre deux rochers, un cours d'eau , tiré peut-être du Jourdain, met en mouvement un moulin. Dans un ravin profond , on aperçoit le meunier avec son âne chargé de sacs de grain , et auprès du ruisseau , des grues qui s'v sont abattues; dans le voisinage des maisons, on voit des coqs qui se battent ; tous les animaux de la création , depuis les plus petits jusqu'aux plus gros, semblent s'être donné ici rendez- vous.
Quel est l'auteur de ce chef-d'œuvre? .Nous l'ignorons ; mais nous connaissons le donataire, puisqu'il a placé ses armes, et au-dessus de la porte de la maison d'IIébron, et dans la guirlande qui forme l'encadrement de ce bas-relief. Nous aurions pu d'avanie deviner son prénom et dire : Il a voulu exalter la vie de son saint patron. En effet, c'est à Jean de Bourgogne, dit de Clamecy 1 , que notre cathédrale est redevable de» ce
t HullllC il Al "lois i ; Ultl rlNVUilr de .Icilli •|H.I!hI IMll II |i|><' <lr Hnur''>jf]i ;>.i|l I (nuit ! i I>;il;iil'<- i'\\/ii.' :i : ,i i.i ».''!.• il- - <\>«i/<- > < m- > 1 ■• • j 1 1 1 n« - - : «•!!<> vu.t
rétable. Ce prince, petit-fils de Philippe-le-Hardi , duc de Bourgogne, devint comte de Nevcrs en 1 464 ; en 1 479, il épousa en troisièmes noces Françoise d'Albrot. D'un côté, nous voyons les armes de France-Bourgogne : semé de fleur $-de-lys d'or , à la bordure campant r d'argent et de gueules , qui es! de Bourgogne moderne ; de Tau ire côté , nous voyons les mêmes armes , unies à celles d'Albret d'Orval : écarlelé aux 1 et 4 d'azur, à trois flcurs-de-lys d'or , et aux 2 et 3 de' gueules , à la bordure engrelêe d'argent. Maintenant , nous avons la date «le ce bas-relief; il n'a pu être fait qu'entre l'aimée 1479, époque du mariage de Jean avec Françoise d'Albret , et \ 491 , époque de sa mort.
Taire ses couches à Clameoy , ou elle apprit la mort de son mari , en revenant do la messe des rolevailles, accompagnée du comte de Chaslellux. On nomma le jeune prince Jean de Clamecy , du lieu de sa naissance.