SONT LES DIVINITÉS DE CE PAYS
h 4° Enfin que la tourelle qui est au-dessus de ladite
MOMM.ItAl'Illi:
» tour do Saint-C\r, et le clocher 1 qui est sur l'église » seront détruits 2 . »
Un procès -verbal , dressé par le vicaire épiscopal Goussot , deux jours après la requête de Fouché , nous donnera une idée du vandalisme impie auquel se livrèrent les démolisseurs :
» L'an de l'incarnation de N.-S. J.-C. mil sept cent » quatre-vingt-treize , vingt-six octobre, dans l'octave »» de la Dédicace de l'église, par un arrêté du repré- » sentant du peuple Fouché, député à la Convention » nationale, commissaire envoyé en ce département de ►> la .Nièwe, l'église cathédrale et paroissiale de Saint- » Cyr de Nevers, et presque toutes les autres églises » paroissiales de ce diocèse et département , furent » dépouillées de tous leurs \ases sacrés, ornements, »> linges, et généralement de tout ce qui était nécessaire » au culte catholique; les statues, les tableaux de> ►> saints, et tous les autres signes de la religion, tant » intérieurs qu'extérieurs, furent ou brisés ou enlevés, » enfin les églises fuient profanées de toutes les ma- » ni ères »
I l.îi tomi'll.' suilr lut <:«'tii!il<< , ru.ti- iun<u<m> |>ai >\\w\- un til> ic i-ImcIki tut nniM'i vr ; on -f < <»nt< i • f ; i i|'i:ilrVf[ ,.i Iflc de ( :-i l\ I.mt.--m' , :;t untiv i'l Ift'IK-OU l'Il |ilo!tl!« i<iH I nriciii'Ill . if tn;il |i.'-;ut .|cl)\ i fut «;« »i\;iu I <•-« ; 1 1 1 r, h
I l'Ah, il' 'lu p-.M-lrr • !••« .|f|i|»<-t;iti"ii» >lf ; ;i ; u.: ;u«t < .1 ' iM' •!•• la Nt.-vr--
Après ce préambule , le vicaire épiscopai continue son procès-verbal, en racontant comment, au milieu de ces dévastations sacrilèges , il a pu sauver les reliques précieuses que la cathédrale possédait.
« Ces reliques étaient dans une case scellée, à l'autel » de Saint-Cyr et de Sainte-Julitte , sous l'orgue.
» Je soussigné, Étienne-Jean Goussot, prêtre, ci- »> devant chanoine de Nevers et vicaire épiscopai du » département, profitant d'un instant où il ne se trouva » personne dans la cathédrale , enlevai les reliques » et celles qui étaient dans les autels des chapelles, » ensemble les procès -verbaux qui constatent leur » authenticité , et les plaçai dans cette châsse , en » présence de MM. Guillaume Thollet, évôque constitu- » tionnel de ce département , André Leblanc , second » vicaire épiscopai , Étienne-Germain Rousset , prêtre , » curé de la paroisse de Luthenay , de ce diocèse et » département , et de plusieurs autres personnes pieuses » et attachées au culte catholique , qui ont signé à » Nevers, le second dimanche de la quadragésime , » premier du mois de mars, an de grâce mil sept cent » quatre-vingt-quinze.
» Signé -[G. Thollet , épisc. niv. Leblanc, vie. » Rousset, prêtre, et Goussot. 1 »
1 L'original , écrit sur parchemin , est déposé aux archives de l'église do Nolay , qui possède les reliques soustraites, en 4793, à la profanation des révolutionnaires.
£38 MONOGRAPHIE
On doit remarquer que ce procès-verbal fait mention de deux époques bien distinctes : la première, 26 octobre 4793, lors de l'enlèvement des reliques ; et la seconde , 1 er mars 1795, époque à laquelle elles furent déposées dans la châsse , que le sieur Goussot avait disposée à cet effet.
Le représentant Fouché devait quitter Nevcrs ; ses adieux à l'administration de Ja Nièvre étaient un nouvel acte de démence et d'impiété. Il déclare « qu'il lui est » démontré qu'il existait encore dans l'étendue du » département des riches et des pauvres ; qu'il était » temps de faire disparaître celte inégalité monstrueuse ; » qu'il était temps que la vieillesse , le malheur et » l'indigence fussent honorés ; qu'il était temps enfin » de purifier tous ces temples consacrés à une divinité; de » substituer à leur place des pyramides , en l'honneur des » martyrs de la liberté.... » Il termine en disant : « Que » le temple de Saint-Cyr pourrait servir de halle au bled, » et l'église de Saint-Élienne de salle de spectacle. » C'était le 22 brumaire an II 1 .
Nous devons la conservation de notre cathédrale à cette pensée de Fouché, de la destiner à un service public ; quelques furieux , en effet , avaient parlé de la détruire , mais Chaumette s'y opposa , déclarant qu'on pourrait en faire un grenier à foin , ce qui eut lieu
« S novembre <793.
pendant quelque temps. Cette destination n'empêcha cependant pas des mutilations, à jamais déplorables ; on vit tomberalors, sous le marteau révolutionnaire, ses plus beaux ornements; les magnifiques sculptures du portail de Saint-Christophe , dont nous avons parlé , furent complètement détruites ; le portail de Loire , les admirables bas- reliefs des chapelles latérales, etc., furent horriblement mutilés.
Personne n'ignore que ce fut sur la proposition de notre compatriote Chaumette , d'infâme mémoire , que la commune de Paris décréta que « sous huit jours , les gothiques simulacres des rois de France seraient renversés et détruits. » La société populaire de Nevers , qui correspondait avec Ànaxagore 1 Chaumette , devait partager ses sentiments; on ne s'étonnera donc pas de trouver dans les archives de la Nièvre cet incroyable mandat : Le citoyen. . . . payeur , donnera aux sans-culottes. . . . la tomme de.... pour avoir bravement travaillé à la destruction des monument* du fanatisme, etc.
Tout le monde sait que ce fut encore Chaumette qui , le 20 brumaire an H * , proclama à Paris le culte de la Raison. Dans la basilique de Saint-Cyr de Nevers , comme dans Notre-Dame de Paris , on offrit de l'encens à d'infâmes prostituées , placées sur l'autel. Notre cathédrale
4 11 avait substitué le prénom d' Anaxagore à ceux de Pierre-Gaspard , qu'il portait auparavant.
4 40 novembre 4793.
MONOGRAPHIE
devint donc le Temple de la Raison , ce qui ne devait pas l'empêcher de servir à tout autre usage. En effet, le régicide Noël Pointe, représentant du peuple, qui avait succédé à Fouché dans le département de la Nièvre, avait donné ordre de réunir le peuple dans la salle des séances de la commune , pour recueillir des indications précises sur la conduite de cent cinquante-six détenus, et sur leurs relations, à partir de Tannée 1 789 ; mais, le local se trouvant insuffisant , il annonça que la réunion aurait lieu dans le Temple de la Raison.
Les 3, 4 et 5 floréal an II 1 , les voûtes de la cathédrale retentirent des dépositions les plus absurdes et souvent les plus atroces ; nous nous contenterons de rapporter ici le passage du procès-verbal concernant Guillaume Thollet, car il se trouvait parmi les prévenus . <c L'assemblée , consultée sur la conduite de Guillaume » Thollet , ci-devant évêque constitutionnel de la com- » mune de Nevers, et administrateur du département, » plusieurs citoyens ont rapporté qu'ils l'avaient toujours » connu comme excellent patriote , ne fréquentant que » les sans-culottes , et soutenant les malheureux , ayant » soutenu de toutes ses forces les patriotes opprimés et » incarcérés dans l'affaire du 19 au 30 janvier 1792.»
Par suite de cette enquête, Thollet fut mis en liberté, avec quatre-vingt-dix-sept autres , le 8 floréal 2 .
1 22, 23 et 24 avril I7î>4.
2 27 avril.
Quelle honte , pour ce prêtre prévaricateur par faiblesse , de devoir sa liberté à cette humiliante déposition I La flétrissure était d'autant plus sanglante , qu'elle lui était infligée dans le lieu même, où, peu de temps auparavant , il était assis sur le siège pontifical , qu'il avait usurpé.
Il y avait eu précédemment une autre réunion dans la cathédrale, le 3 frimaire an II 4 , pour juger les détenus politiques ; dans celte circonstance un certain nombre d'hommes, altérés de sang, étouffèrent la voix de ceux qui voulaient défendre les accusés , dont vingt-deux furent livrés aux tribunaux révolutionnaires d'Orléans et de Paris.
Cependant , au culte de la Haiton , avait succédé le culte de l f Être-Suprême ; on avait bien voulu accorder à Dieu un certificat de vie, mais rien de plus. Le Temple de V Être-Suprême devait être témoin d'une nouvelle folie : le 6 messidor an II \ on y avait dressé des gradins et exécuté des décorations nécessaires pour la célébration des fêtes civiques. La dépense s'élevait à la somme de mille cinq cent cinquante-deux livres dix-huit sols , à prendre sur la caisse des riches , portait l'arrêté signé par Noël Pointe \
Par suite du décret de la Convention du 3 ventôse an m 4 , qui proclamait le libre exercice de la religion ,
4 23 novembre 4793.
5 Si juin 4794.
3 Extrait des registres de* délibérations de l'administration de la Nièvre.
4 «4 février 4795.
MONOf.UAl'HlE
les églises , non vendues , demeurèrent quelques mois ouvertes au culte ; puis recommença la persécution contre les piètres fidèles à leurs devoirs. Sur ces entrefaites , une nouvelle secte parut , sous le nom de théophilantropic ; ses adeptes se réunirent , pour la première fois, le 20 nivôse an V \ ils obtinrent ensuite le droit de faire leurs cérémonies dans les églises , conjointement avec les prêtres constitutionnels, mais à des heures différentes. La cathédrale de Nevers servit encore aux réunions des théophilanlropes 2 .
Enfin, après avoir servi tour à tour au culte de la Raison , de l'Être-Suprème , aux cérémonies des prêtres constitutionnels et des théophilanlropes, notre vénérable basilique fut rendue à sa destination, et ouverte au culte catholique , le 1 1 messidor an IX.
Le 29 juin 1800, fête du prince des Apôtres, fut un jour de joie pour les habitants de ÎVevers 3 ; la cloche de Saint-Cyr, sonnant à toutes volées, annonçait aux fidèles que le règne de la terreur était enfin passé , et qu'ils pouvaient sans crainte rendre à Dieu leurs hommages. Néanmoins , cette joie se trouvait tempérée par un sentiment de tristesse ; l'autel était dépouillé des
* 15 février 1707.
2 Le 22 vendémiaire «in X , qui est le i octobre , un arrêté des consuls dérida que les theoplulantropes ne pourraient plus se réunir dans les édifice? nationaux.
3 Cependant, l;i cathédrale ne .levait encore ouvrir ses portes qu'au cler^t
riches ornements , qui le paraient autrefois ; les vitraux aux poétiques légendes, aux brillantes couleurs, avaient disparu ; les bas-reliefs, les rétables des autels, étaient mutilés ; le monument entier conservait les affligeants stygmates que la démence et l'irréligion lui avaient imprimés.
Où puiser des ressources pour réparer tant de dégradations? On dut, pendant long-temps , se contenter de rétablir la propreté dans l'édifice, ne pouvant faire davantage. Ce désir, bien légitime, a entraîné dans un autre excès : on a couvert les murs d'un grossier badigeon qui, sur plusieurs points, voilait de gracieuses peintures ; on a empâté les chapiteaux et les nervures ; on a chargé des peintres en bâtiments des décors de plusieurs chapelles ; pour adosser à un pilier une chaire peu monumentale , on en a brisé les colonnettes , etc. Quant à l'extérieur , il a été trop long-temps négligé , et la solidité de l'édifice parait compromise.
Cependant , il faut bien l'avouer , depuis vingt-cinq ans, on a entrepris d'importants travaux, et les archéologues admirent surtout les restaurations exécutées à la tour, qui ne laissent rien à désirer. L'architecte n'a pas été aussi heureux dans la galerie , dont il a environné le grand comble ; sa maigreur est disgracieuse , ses formes sont insolites.
Il y a deux ans qu'on a entrepris , à l'aide de dons volontaires, de restaurer la chapelle absidale, consacrée à la sainte Vierge, sous le titre de Notre-Dame-de-Grâce ;
MONOGRAPHIE
les couleurs variées , qui couvraient les chapiteaux, les colonnettes et la voûte, n'étant appliquées qu'à la colle, purent facilement être enlevées. On répara toutes les pierres brisées , puis on dressa un autel , dans le style de la chapelle ; enfin on remplaça , par des vitraux peints t les verres blancs , qui inondaient ce sanctuaire d'une lumière trop vive. La fenêtre centrale reproduit les principaux traits de la vie de Marie; les quatre autres fenêtres géminées sont de simples grisailles, surmontées de quatrc-feuilles , au centre desquels on remarque deux anges , balançant l'encensoir*, et les deux femmes de l'Ancien Testament , qui ont toujours été considérées comme les figures de Marie, Judith et Esther.
On vient d'entreprendre, dans le cours de cette année 1 853 , la restauration d'une autre chapelle , celle du Sacré-Cœur. Faire disparaître les dégoûtantes peintures qui déshonoraient cette chapelle 1 , rendre à la verrière, obstruée en partie par un fronton triangulaire, ses anciennes proportions, garnir cette verrière de vitraux peints , tel était le seul projet réalisable , et qui vient d'être exécuté. Les vitraux » sortis , comme ceux qui
4 Pour exécuter ces fresques, on a piqué la pierre d'appareil qui garnit les parois de cette chapelle ; après avoir fait enlever une partie du mortier, nous avons pu nous en convaincre ; et malgré notre répugnance pour le badigeon, nous avons dû, pour voiler ces horribles peintures, badigeonner les murailles, rt même les nervures peintes à l'huile, à plusieurs couches, qu'on avait en vain tenté de faire disparaître.
DE LA CATHÉDRALB DB NEVBRS. tW)
ornent la chapelle de la Sainte-Vierge , des ateliers de M. Lobin, de Tours, sont tout à fait remarquables sous le rapport du dessin et du coloris. C'est un groupe d'anges, agenouillés devant un autel, sur lequel repose l'agneau immolé, et surmonté du cœur divin, au milieu d'une gloire , dont les rayons se projettent au loin. Un de ces anges tient à la main un philactère avec cette inscription : Adoremus etprocidamus arUe deum. « Adorons » le Seigneur et prosternons -nous devant lui. » Deux autres anges sont debout , de chaque côté ; l'un porte la lance et l'éponge , avec une banderolle sur laquelle on lit : Hautietiî aquas cum gaudio. « Vous puiserez avec » joie les eaux. » L'autre tient la croix , la couronne , les clous et une banderolle contenant la suite du texte sacré : De fontibus salvatoris. « Qui coulent des sources » du Sauveur. » Tous ont leurs regards dirigés vers le cœur de Jésus.
Dans les compartiments du tympan se voient les attributs de la passion ; les fouets , les tenailles , la colonne, le marteau, les dés, l'empreinte de la sainte face, la bourse de Judas, le sabre de Pierre et l'oreille de Malchus, etc., puis des banderolles flottantes avec ces inscriptions : S. corJesu miserere nobis. « Cœur sacré » de Jésus, ayez pitié nous. » Venite ad me omnes qui laboratis, et oncrati estis. « Venez à moi, vous tous qui » travaillez et qui êtes chargés. »
On regrette de rencontrer , dans cette belle verrière , une ornementation à laquelle nous ne sommes pas
216 MONOGRAPBIB DE LA CATHÉDRALE DE NBVERS.
habitués dans notre contrée , et qui se rattache à la renaissance déjà avancée.
Vénérable basilique , né à l'ombre de tes antiques murailles, je suis heureux d'indiquer aujourd'hui toutes les phases de ton existence , de contempler une à une les pierres qui te composent, et de proclamer tout ce que la foi de nos pères a fait de grand dans ton enceinte. Je te devais ce faible hommage de mon amour filial t