CHAPITRE V
JACQUES DALBHET, PREMIER ÉVBQUE NOMMÉ PAR LE ROI. — CHARLES DE BOURBON. — JACQUES SPIPAMB , BON APOSTASIE , IL MEC HT SUR UN BCHAPAUD. — SUITE DBS ÉVÈQUES JUSQU'A LA RÉVOLUTION. — SCHISME. — GUILLAUME TIIOLLET , ÉVÊQUE CONSTITUTIONNEL.
ar suile du concordat passé entre Léon X et François I er , les règlements établis par la pragmatiquesanction, au sujet des élections dans les cathédrales, se trouvaient abolis , c'était au roi , à l'avenir, de nommer les évêques, et au pape de confirmer la nomination et de donner l'institution canonique.
87. Jacques d'Albret, après plus d'un an de vacance du siège de Nevers, fut nommé par François I", le
NOTICE HISTOHIQIK
13 mars 1519, en vertu du concordai. Il no lit son entrée que l'année suivante. 11 était fils naturel de Jean d'Albrot , sire d'Orval , comte de Dreux et de Bélhel , et par eons quent frère de Marie d'Albrot , duchesse de Ne vers . François V lui avait accordé des lettres de légitimation. Il était déjà aimé commendataire de Saiut-Ba<ile de Heims et de Noirlac, et doven de Chàlon> -sur-Marne. Il a fait imprimer un Missel et un Processionnal à l'usa ire de son diocèse. Il fut un des pères du concile proxincinl de Sens commence à Taris, le 3 lévrier -1 027 et terminé le 9 octobre 1528. Cotte même année, fut achevée la tour de la cathédrale, et les cloches y furent placées. Jacques d'Albrot mourut à Saint-Amand-en-Berri , en 1539 ou 1510. Son corps fut transporté à Nevers et inhumé dans la cathédrale.
88. Chaules I ' or Boi hhon , fils de Charles de Bourbon , duc de Vendôme , et de Françoise d'Alençon , beau-frère de François de Clè\es, duc de .\evors , fut pourvu, en 1540, de l'évèohé de Nevers. Il paraît que, comme Philippe de Clèvcs, il posséda plusieurs évèchés en même temps, puisqu'on 1544 il fut évôque de Saintes, en conservant toujours ses droits sur le diocèse de Nevers jusqu'en 1517 ou 1518, d'après Parmcntier. Quelques auteurs, cependant, ne le considèrent que comme administrateur du diocèse, où il aurait peu résidé, >i toutefois il y a résidé. En 1549, il fut créé cardinal , et passa en 1550 à rarche\éché de Rouen.
En 1 589 il fut proclamé roi de la Ligue , sous le nom de Charles X , et mourut Tannée suivante à Fontenayle-Comte, où il était détenu dans une prison.
89. Jacques II Paul Spifame , qui aurait pu par son savoir, faire la gloire de l'église de Nevers , l'a plongée dans le deuil par son apostasie. Il eut pour père Jean Spifame , sieur de Passy , secrétaire du roi , et pour mère Jacquette Rusé. Après avoir été procureur de la nation de France , recteur de l'Université de Paris , conseiller au parlement, président aux enquêtes, maître des requêtes, chanoine de Notre-Dame, chancelier de l'Université, ambassadeur de François F r auprès du pape Paul III, puis en 1544 vicaire-général de Charles , cardinal de Lorraine et archevêque de Lyon , il devint évêque de Nevers, d'après la Gallia Chrisliana, en 1546, et d'après Michel Cotignon en 1548 ; ce fut au mois d'octobre 1548 qu'il fit son entrée solennelle. Voyant qu'un grand nombre de fidèles se rendaient dans le diocèse d'Àuxerre pour faire gras les samedis entre Noël et la Purification , il crut qu'il serait sage , pour éviter cet abus , d'accorder au diocèse de Nevers une permission semblable ; c'est ce qu'il fit le 216 décembre 1551. En 1558 il fut forcé de renoncer à son évêché par suite de son apostasie. On dit qu'en donnant la communion, le jour de Pâques, dans sa cathédrale, il prononçait ces paroles : Accipe pguram corporis Chritti. Le doyen, ne pouvant contenir son indignation, en
NOTICE HISToniQl E
entendant ce blasphème, lui donna un soufflet, ni 1 apostrophant en ces termes : Mcntiris impudenlmvnc ; puis lui otant le ciboire , il continua à donner la communion en disant : Ab» figuram sed corpus domini nostri Jesus-Chrisli. Spifamo se retira à Genève auprès de Calvin, en 1559, pour y professer la religion prétendue réformée. Il y eut la tète tranchée en 1566. Heureux, si le repentir qu'il manifesta sur réehafaud fut sincère, et put lui obtenir grâce devant Dieu.
90. Gilles Spifvme, neveu du précédent, était fils de Gaillard Spifame, trésorier général de France, et de Anne de Marie; il n'occupa le siège de Nevers que vers la fin de 1559. Il était auparavant chanoine et olhcial de Nevers, avec le titre de vicaire-général, doyen de Saint-Marcel de Taris, prévôt de Chablis, au diocèse de Langres. et abbé do Saint-Paul de Sens. Il fit son entrée solennelle le 31 décembre 1560. Il était loin de partager les erreurs de son oncle, car il mit tout en œuvre pour arrêter dans son diocèse les progrès de l'hérésie. Le 10 mai 1561, il assista, revêtu de ses ornements pontificaux , à une procession générale , qu'il avait ordonnée à l'occasion des nouvelles erreurs, et pour conjurer Pieu d'arrêter les progrès de l'hérésie. H lut un des pères du concile de Trente. H mourut a Paris le 7 av ril 1578 ; son corps fut transporté à Nevers, pour être inhumé dans le sanctuaire de la cathédrale. C'est de son temps, en 1572, que furent établis a
SUR LES ÉVÊQl'ES DE REVERS.
Nevers les pères de la compagnie de Jésus, dans l'ancien collège.
91. àknaud Sorbin, originaire du diocèse de Montauban, succéda à Gilles Spifame; il fut un des orateurs et un des controversistes les plus distingués de cette époque. Le cardinal d'Armagnac l'avait nommé son prédicateur ordinaire ; plus tard il devint confesseur et prédicateur du roi Charles IX. Henri III , qui lui avait conservé le titre de prédicateur ordinaire de la cour, le nomma en 1578 à l evêché de Nevers. Il fut consacré à Paris le 22 juillet, par Pierre de Gondi, évêque de cette ville , et fit son entrée solennelle le 8 octobre. En 1 595, le 22 septembre , à la prière du chapitre d'Auxerre , pendant la vacance de ce siège , il consacra la nouvelle église de Champlemy. Il établit les Récollets à Nevers en 1597; en 1600, il se rendit à Orléans, et y prêcha le jubilé. La même année, il fit imprimer un Missel, un Bréviaire et un Bitttel pour son diocèse. Il fut chargé de missions importantes pendant le cours de son épiscopat , entre autres d'aller solliciter à Rome l'absolution d'Henri IV. U mourut à Nevers le 1 er mars 1606 et fut enterré au pied de la chaire. On a de lui un grand nombre d'ouvrages justement estimés , entre autres Les Marques de l'église; La Confirmation du peuple français en la Véritable foi; De la légitime vocation des minisires de l'église; Réponse au traité de la prédestination du sieur
notici; HisroMon;
(Jouet; etc. Ce fut lui qui appela à Nevers les pères Capucins, pour soigner les pestiférés.
92. Eustache I er du Lys, fils de Pierre du Lys, gouverneur de Hurepoix , et de Élie de Saint-Phallo , était chanoine et trésorier de l'église de .Nevers, en 1582. Plus tard Henri IV le nomma un de ses aumôniers, et Arnaud Sorbin l'établit son vicaire-général. Eu 1589, il devint prieur de Saint-Cildard. Son mérite et ses talents le firent toujours choisir pour député de Nevers, soit dans les assemblées particulières de la province , soit dans les assemblées générales du royaume. Il fut pourui de réveillé de Nevers, et fut consacré à Melun, le 19 novembre 1000. En 1 b 1 2 , il assista au concile provincial de Paris. Sous son épiseopat , s'établirent à Nevers plusieurs communautés religieuses, les Jésuites 1 , les Minimes, les Oraloiiens, les Visitandines , les Carmélites , le> Cannes. En Uî3i, l'é\èque d'Auxerre consacra, dans la cathédrale 4 de Nevers, Eusiache de Chéry, évèque de Philadelphie et eoadjuteur d'Eustache du Lys, son oncle, lequel mourut âgé de quatre-vingtdeux ans dans son château de Prémery, le 1 7 juin 1 b'i3.
9:>. Eustvche H de Ciikuv, fils de Nicolas de Chérv et de Marguerite du Lys, était trésorier de l'église de
1 On mti"!'l l'inlri n i i'u L-imir «lf.- Jf.-nitt- aV'\vr? , nuua avons vu que U'ur pu'im-r éîalt'ir-'-wnt ',<nvïn'f pin- liant.
Nevers et curé de Poiseux , quand il fut sacré évêque de Philadelphie. En 1625 et 1626, il avait assisté, comme député du second ordre, à l'assemblée du clergé à Paris. A la mort de son oncle, il prit possession de l'évèché de Nevers. En 1650, il était un des prélats réunis à Paris, qui prièrent le pape de censurer les
propositions de Jansénius. Le 27 avril 1 659, il consacra son neveu , Laurent de Chéry , évêque de Tripoli et coadjuleur de Nevers, dans l'église de Sainte-Geneviève de Paris. A la mort de Laurent de Chéry, en 1666 , il se démit de son évêché , en faveur d'Édouard Vallot. Il mourut au château de Prémery , le 1 0 novembre 1 669. Son corps fut transporté à la cathédrale, où il repose près la chaire épûcopale. C'est le premier de nos évêques qui ait établi un séminaire à Nevers, pour le diocèse ; il l'avait placé dans l'abbaye de Saint-Marlin.
94. Edouard I" Vallot, fils du premier médecin de Louis XIV \ était prieur commandataire de Saint- Révérien , avant de monter sur le siège de Nevers. Il fut nommé évêque, le 8 septembre 1666 , et reçut la
4 Nous avons lu quelque part une mauvaise plaisanterie à l'occasion de celte nomination. Antoine Vallot, qui voulait introduire dans la médecine l'usage des antimoniaux, essaya, malgré les critiques de ses confrères , d'employer l'émétique dans le traitement qu'il fit subir en 4658 à Louis XIV. Il réussit , et, par suite de cette «guérison, il jouit d'une certaine influence auprès du monarque; il en profita, dit-on, pour faire nommer son fila à l'évèché de Nevers. « Tel a été, au dire du malin chroniqueur, le résultat de quelque* » grains d'émétique. a
NOTICE HISTORlQtE
consécration épiseopale, le 28 août 1667. Le H septembre 1681, il consacra l'église de l'hôpital général , et bénit, la même année, celle des prêtres de l'Oratoire, où il transporta son séminaire. L'année suivante, il bénit la chapelle des Carmes, et , quatre ans plus tard , celle des Carmélites. En 1693, il lut un des députés delà province de Sens à l'assemblée générale du clergé. Par ses lettres de 1698, il approuva la congrégation des Sœurs de la Charité de Ncvers. Dès 1680, dom de Laveyne , bénédictin , sacristain du prieuré de Sainl- Saulge, avait conçu la pensée de fonder cette congrégation, et, trois ans après, Edouard Vallot donnait l'habit aux premières sœurs que le pieux bénédictin , de concert avec l'abbé Bolacre , lui avait présentées. Edouard Vallot se montra constamment dévoué à cette œuvre, qui devait plus tard avoir de si heureux résultats. 11 se démit en 1 70o, et se relira à Paris , où il mourut , le 3 septembre de la même année.
95. EnoiAim II Baiu.edé , natif de Corbigny, était fils de Gaspard Bargedé , bailli de l'abbaye de cette ville. 11 fit ses études à Ncvers ; ayant été ordonné prêtre , il devint successivement curé de Montreuillon , puis de Saint-Arigle de Nevers. En 169i, Edouard Vallot le nomma vicaire général et officiai. U devint, en 1701, grand-chantre de la cathédrale. Alors il résigna sa cure de Saint-Arigle a Jean-Gaspard Itorgcdé , son frère, et plus tard , quand il fut promu à l'épiscopat , il se démit
SLR LES É VECUES DE NEVERS.
de son bénéfice de grand-chantre en faveur de Gaspard Bargedé, son autre frère, qui était curé de Saint- Lazare-les-Nevers.
Ce fut le 1 <r novembre 1 705 que Louis XIV le nomma à l'évêché de Ncvers, dont il était coadjuteur depuis quelques mois. Il n'avait pas encore reçu la consécration épiscopale; il ne fut sacré que le % mai 1706 , par l'évêque d'Aire, assisté des évôques de Lodève et de Valence. La cérémonie eut lieu dans l'église du noviciat des Jésuites, à Paris. En 1709, il enleva aux pères de l'Oratoire la direction du séminaire, pour la confier aux Jésuites. Il assista, en 1715 , à l'assemblée du clergé comme député des évêques de la province de Sens.
Le 8 décembre 1716, il bénit solennellement* la chapelle des sœurs de la Charité de Saint-Saulgc , et la plaça sous le vocable de l'Immaculée-Conception.
Au mois de juillet 1719, Edouard Bargedé ordonna, pour obtenir de la pluie, une procession générale. Il voulut y assister lui-même, avec ses habits pontificaux ; mais son excessif embonpoint , le poids de ses ornements et la chaleur, qui était extrême, le fatiguèrent ii un tel point qu'en rentrant dans son palais, après avoir pris un verre d'eau s il fut frappé de la maladie dont ii mourut quelques jours après, le 20 juillet, à l'âge de soixante-huit ans. « C'était, dit Parmentier , un des
\ Parmbntier (lit : Il consacra. Nous croyons que cette chapelle n'a été que bénite ; on ne consacre pas des édifices aussi modestes.
NOTICE HISTORIQUE
» plus beaux hommes de son temps , et le prélat qui » officiait avec le plus de majesté. » Il fut inhumé dans la cathédrale.
96. Charles Fontaine des Montées, doyen de l'église d'Orléans, fut nommé évoque de Nevers et consacré à Paris, le 12 novembre 1719. Il était fils d'Aimé Fontaine , seigneur des Montées , et de Françoise Bayetet de Mérouville. II avait fait ses études à Paris T et avait reçu le bonnet de docteur au collège de Navarre. Ce fut lui qui fit imprimer, en 1727, les bréviaires et les livres de chant que nous retrouvons , encore aujourd'hui , dans quelques paroisses.
« Le jeudi saint 25 mars 1728, ce prélat étant » occupé à la cérémonie de la cène, dans la grande » salle de Fonicialité , où plus de quatre cents personnes
> étaient rassemblées , une partie du plancher s'enfonça.
> Quelques prêtres, en habits de chœur, et une vingtaine
> de laïques, furent entraînés dans l'ouverture qui se
> lit , et Charles Fontaine aurait éprouvé le même sort,
> sans l'aclmte de ses domestiques et de quelques » soldats, qui l'enlevèrent. Il n'y eut personne de tué, < mais beaucoup de bras et de jambes cassées. » Parmenticr, qui rapporte ce fait, ajoute : « J'ai ouï
> dire que le même accident était arrivé en 1683. »> Pendant l'hiver si rigoureux de 1 729, tous les travaux
i-essèrent; pour soulager les pauvres, 1 e\èque de Nevers 'i* allumer de grands feux devant la porte de son
palais, et, tous les jours, tant que dura le froid, il fit des distributions de comestibles à plus de cinq cents pauvres. L'hiver de 4731 fut encore plus rigoureux ; le charitable prélat, qui passait pour être l'évêque le plus riche de France en patrimoine, se contentant du strict nécessaire, put nourrir jusqu'à deux mille deux cents pauvres. En 1726, 1734 et 1735, il parut, comme député, aux assemblées générales du clergé. Il mourut à Paris, le 20 février 1 740 , à l'âge de soixante-dix sept ans. Son corps fut inhumé dans la maison de l'Oratoire, dite de X Institution.
Nous avons vu qu'Édouard Bargedé avait confié son séminaire aux Jésuites ; Fontaine des Montées , tout en le leur conservant , fonda une autre école de théologie , en l'abbaye de Saint-Martin , laissant aux étudiants la faculté de choisir entre les deux écoles, et même de les fréquenter Tune et l'autre simultanément. Cependant , il avait ordonné que les jeunes ecclésiastiques feraient leur séminaire à Paris , et , pour leur en faciliter les moyens, il payait les frais de route à ceux qui se trouvaient dans le besoin , et leur procurait des bourses dans les collèges.
97. Guillaume IV d'Hugles , était fils de François d'Hugues, baron de Beaujeu , et de Françoise de Castellanne de Salerne. Il était vicaire général d'Embrun , quand il succéda à Charles Fontaine des Montées. Sacré à Paris, le 5 mars 1741 , dans la chapelle du sémi-
NOTICE HISTOIUQI F.
naire do Saint-Sulpice , il lit son entrée solennelle, le 9 juin de la même année. Ce fut pendant son épiscopal , le I i avril 1713, que les chanoines de Novers reprirent h soutane rouge, dont l'usasse avait été interrompu depuis deux cents ans. En 1 7ôl , il passa à l'archevêché de Vienne, qu'il gouverna pendant vingt-un ans. 11 mourut en 1 772.
98. Jevn-Antoine Tinseau était fils d'Antoine-Alcxandre Tinseau, conseiller au parlement de Franche-Comté, et d'Anne Alex (iillcbert ; il naquit le 20 avril 1697. Il embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique, et, dès l'âge de quinze ans, il reçut, en l'université de Besançon, le bonnet de docteur en théologie-, il fut pourvu en mémo temps d'un canonicat dans l'église métropolitaine , et devint bientôt officiai et vicaire général de la même église. Fn 1743, il obtint l'abbaye de ttithainc, et, le 20 avril 1745, il fut nommé e\èque de Bellay.
Transféré a l'ovèehé de No\ers, le i avril 1751, il prit possession de son nouveau siège, par procureur, le 10 septembre, et il tif son entrée le 9 décembre. On avait retardé, jusqu'il son arrivée, les exercices du jubilé de l'année sainte , il profila de cette circonstance, pour ménager au peuple de No\ ers les avantages d'une mission , qu'il lit prêcher dans sa cathédrale. Le prélat assistait à tous les exercices, qui furent suivis par une foule immense de peuple.
Il assista aux assemblées générales du clergé de France en 4755, 1758, 1765. 1766, 1772 et 1780. Il fut chargé , par la dernière assemblée , d'écrire au pape , pour lui faire des représentations respectueuses sur la manière dont certains ordres religieux avaient été supprimés. Les intérêts généraux du clergé de France ne lui ârent pas oublier les intérêts particuliers de son diocèse ; il a tenu des synodes en 1753, 1754, 1760 et 1761, dans lesquels il publia des statuts, marqués au sceau d'une sagesse consommée. Il a fait aussi plusieurs fois la visite de son diocèse.
Ce fut lui qui fit construire le palais épiscopal actuel, pendant le cours de Tannée 1760. Deux ans plus tard , les Jésuites quittèrent le collège et le séminaire, et furent remplacés , dans ces deux établissements , par des prêtres séculiers. Le 1" avril 1764, quatrième dimanche de carême , Jean-Antoine Tinseau consacra , dans la cathédrale de Nevers, le nouvel évèque de Comminges , Charles- Antoine-Gabriel d'Osmond 1 . En 1770, il donna dix mille francs, pour les stalles et le pavé du chœur. Dès l'année 1777, il établit dans son séminaire une retraite, qui continua à se faire tous les ans , pour les Curés et les autres Ecclésiastiques du diocèse. La même année , il fil son
< Pafmentier fait remarquer que messieurs du Chapitre assistèrent à celte cérémonie en soutanes rouges , comme aux fêtes solennelles de Tété , et que le nouvel évéque fît don au trésor de la cathédrale de la magnifique chasublo, qu'il avait à son sacre. {Histoire manuscrite des Évéques.)
NOTICE HlSTOHIQlh
testament , qui nous dévoile tout ce qu'il y avait de piété, de charité et de dévouement dans son cœur. On nous saura gré de rapporter ici les articles les plus remarquables de celte pièce :
« Je nomme légataire universel l'hôpital général des » pauvres de la ville de Nevers, sous les conditions »> dont je parlerai ci-après.
» J'aurais fort souhaité associer mon église à l'hôpital; » mais ma succession sera trop pauvre , pour être » partagée, et j'ai considéré que ce serait faire tort >» aux pauvres, sans faire un avantage notable à mon •> église. J'ai travaillé suivant mon pouvoir durant ma » vie, et si Dieu me la conserve encore quelques » années , je tacherai de lui donner des preuves de ma » lendre affection. Pour le présent , je prie messieurs » du Chapitre d'accepter un legs de mille francs pour » la décoration d'une chapelle
» Je lègue aussi mille francs à lilôlel-Dicu » et me » recommande aux prières des pauvres.
» Je voudrais faire quelque chose de considérable » pour la maison de la Charité des Sœurs de Nevers , » que j'estime très-importante. Je tacherai de le faire » de mon v ivant. Si la mort me surprend avant que je » puisse exécuter mon dessein, je leur lègue douze » cents francs, que mon exécuteur testamentaire leur » fera payer, suivant qu'il sera instruit de mes » volontés.
» Mon intention est que tout ce que l'hôpital général » tirera de ma succession , soit employé à fonder des » places ou lits pour les pauvres enfants , surtout »> orphelins de père et de mère »
Dans un codicille, après avoir recommandé à son successeur d'aider, de son crédit et de se3 conseils, son exécuteur testamentaire, le vénérable prélat ajoute : « Je le prie en particulier de protéger et de soutenir » l'établissement des Sœurs de Nevers, ayant reconnu, » par une longue expérience, qu'il est extrêmement » utile à la piété chrétienne , à l'éducation et au soula- » gement des pauvres. Les soins qu'il donnera à cette » affaire , quoique pénibles, ne seront pas sans » consolation »
Sentant ses forces s'affaiblir, il demanda et obtint pour coadjuteur Pierre de Séguiran. Jean -Antoine Tinseau mourut le 24 septembre 4782, à l'âge de quatre-vingt-six ans. Ses vertus le firent surnommer, de son vivant, le vénérable.
99. Pierre IX de Séguiran était fils de Jean-Baptiste de Séguiran , avocat-général , à là cour des comptes d'Àix , et de demoiselle de Falques , sœur du marquis d'Oraison. Pierre de Séguiran était d'abord entré dans la Compagnie de Jésus ; plus tard il devint vicairegénéral de Narbonne. Il avait été nommé coadjuteur de
NOTiCB HISTORIQUE
Jean-Antoine Tinseau, le 4 4 juillet 478$, mais il ne fut sacré qu'après la mort de ce prélat. La cérémonie se fit à Villejuif, le 5 janvier 4 783. Le 49 du même mois, il prit possession par procureur , et son entrée eut lieu le 4 7 avril suivant. Dès son arrivée dans son diocèse, il comprit la nécessité de travailler d'une manière plus sérieuse à la première éducation des enfants; il fonda des écoles gratuites , qu'il confia aux Frères des écoles chrétiennes, et, en même temps, il établit un petit séminaire , pour former à la science et à la vertu les jeunes gens qui se disposaient à entrer dans le saint ministère.
« Un point non moins important devint bientôt l'objet » de sa sollicitude. Touché de la situation de cette classe » d'hommes, forcés par l'âge, l'indigence et l'infirmité » de chercher journellement une subsistance précaire , » il résolut de subvenir à leur détresse réelle , avec un » soin vraiment épiscopal , en les séparant de la foule » oisive et souvent criminelle des mendiants de pro- » fession. Pour arriver à ce but, il invita les citoyens » de tous les ordres à réunir, à son exemple , dans une » caisse commune , les secours epars jusque-là , et » distribués aveuglément à tous ceux qui se disaient » pauvres, afin qu'ils fussent à l'avenir répartis avec » ordre , discernement , et d'une manière sûre et h éclairée , sous la direction d'un bureau général » d'aumône*. Cette idée, aussitôt adoptée qu'elle fut
SLR LES ÉVEQL'ES DE NEVERS
» proposée , produisit deux salutaires effets : la sup- » pression de la mendicité , et le soulagement des » malheureux , que leur misère reconnue met dans le » cas d'une assistance nécessaire. Par là, les vrais » pauvres de Jésus-Christ furent secourus selon l'étendue » de leurs besoins; ceux qui en usurpaient le titre et » les droits, par un vain simulacre de pauvreté, dispa- » rurent ou se livrèrent aux travaux de leur état 4 . »
Son cœur si charitable fut brisé à la vue des misères que suscita le rigoureux hiver de 1 789. « Ses aumônes, » jusque-là si considérables , n'ont plus de bornes ; » ceux qu'il emploie pour les répandre , il les excite à » ne rien ménager, à ne pas calculer les besoins, » comme dans des temps moins fâcheux , mais à » excéder par une sainte prodigalité dans leurs distri- » butions, plutôt que de laisser' manquer un seul de » ceux qui souffrent 1 . »
Et c'est ce prélat, dont la vie tout entière n'était qu'une suite d'actes de charité, que la malveillance avait représenté comme un homme défavorable au peuple et luttant contre ses intérêts! Sa haute intelligence lui avait fait comprendre toutes les conséquences des
l Circulaire de ia Mère Pélagie de Molbnb , supérieure générale de» Sœure de Nevers (10 novembre 4789).
% Circulaire déjà citée.
NOTICE HISTORIQUE
innovations qu'on introduisait dans l'ordre social, el souvent il s'était élevé contre ces nouveaux systèmes 1 ; de la, les pamphlets dirigés contre lui, et les calomnies dont on 1«- poursui\il, même après sa mort.
Les élections pour les états-généraux devaient avoir lieu, le même jour, à Nevers et à Sainl-Pierre-le- Moùlier. Après avoir présidé les élections de Nevers, le prélat partit pour aller présider celles de Saint-Pierre -, mais une fluxion de poitrine, suite de cette course précipitée, le conduisit au tombeau. Après quelques jours de maladie, pendant lesquels il fit paraître une résignation admirable et une tendre piété , il mourut à Nevers , le 3 avril , dans la cinquantième année de son âge et la septième de son épiscopat. Il fut enterré , le 9 du même mois, dans la cathédrale.
On n'a pas craint , de nos jours, d'écrire que Pierre de Séguiran, à la suite d'une contestation qu'il aurait eue à Saint-Pierre , avec le comte Charles Andrault de Langeron , s'était battu en duel avec ce seigneur, et qu'il mourut par suite d'une blessure qu'il aurait reçue dans celte circonstance 2 . 11 appartenait à la Socivtr Mrenuiise de réfuter, par des preuves évidentes el des pièces authentiques, ces mensongères assertions 3 .
1 Quand .M r .Millan\, noniini' ;i IVviVhe. iV Neveis, prêta serment en tir les mains rie Louis XVIII , le ici lui «lit : WutsaHe- sw céder à un homme bien reiiiarifiuil'le. Si nous eutwm* si»>i les arts de M de Sfyuiran , nous n'aurions pas de victimes des horreurs île la rvndatùm.
2 Annuaire de la Xicirc iHi.'i, par M. N. iHci.os.
3 Voir le Bulletin de In Société, totno I rr , p;u^ H6.
400. Louis-Jérôme de Suffren db Sunt-Troprz , après avoir été vicaire général de Marseille et prévôt de la collégiale de Saint-Victor de la même ville, fut nommé évêque de Sisteron ; il gouvernait ce diocèse depuis vingt-cinq ans , quand il fut appelé à occuper le siège de Nevers. Il en prit possession par procureur, à l'âge de soixante-huit ans , le 7 septembre 1 789 , et fit son entrée au mois de novembre de la même année. Mais, dès l'année suivante , ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé , il se vit obligé de partir pour l'exil ; il se réfugia à Turin , où il mourut en 4 796. Son corps a été enterré dans l'église métropolitaine de cette ville.
SCHISME. — L'épiscopat français avait donné au monde entier l'exemple de la fermeté dans la foi ; préférant un glorieux exil à la honte d'une apostasie , les évêques n'hésitèrent pas à refuser leur adhésion à la constitution civile du clergé. Bientôt tous les sièges, quatre exceptés , devinrent vacants. L'assemblée nationale décréta que les anciens titulaires, fidèles h leurs devoirs, seraient remplacés; le déparlement de la Nièvre (car il ne s'agissait plus de diocèse) , élut pour évêque Guillaume Thollet, curé de Vandenesse. Entraîné par faiblesse et par crainte, plutôt que par malice, il avait prêté le serment à la constitution civile. Proclamé évêque constitutionnel le 23 février 1791, il fut sacré à Paris le 27 mars suivant , et installé à