POUR LA CAUSE ROYALE
« chapelain, que le parlement rende une loi pour ordon- « ner de pendre sur-le-champ quiconque parlera seulece ment de le rétablir. » Les esprits s'échauffaient; un capitaine Poole déclara qu'il ne pouvait y avoir ni paix ni repos dans les nations tant qu'on y laisserait un prêtre et un clocher. A ces mots le vieux général se leva, et d'un ton auquel on n'était pas accoutumé : ce Tout beau ! ditce il, capitaine Poole, tout beau, je vous prie ; si vous et « les vôtres vous avisez de vouloir abattre, j'abattrai « aussi de mon côté. » Tout rentra dans le silence et le respect ; et, quelque méfiance qu'on eût pu concevoir des intentions du général, on comprit du moins qu'il ne se regardait pas comme vaincu.
Sa position pouvait devenir dangereuse. De quelques prétextes que Nicolas Monk eût pris soin de couvrir son voyage, il avait excité des soupçons; et l'honnête ecclésiastique, assailli par les questionneurs de tous les partis, n'avait pas été assez adroit à se tirer de leurs mains. Monk, averti de quelques indiscrétions, les reprocha à son frère, exigea de lui. un nouveau serment de ne communiquer à personne , pas même à sir John Greenville, ce qui s'était passé entre eux, ajoutant avec une colère véritable que si, par l'un ou l'autre, il en transpirait un seul mot, il emploierait aies perdre euxmêmes tous ses moyens. Puis, engageant son frère à ne plus se mêler d'intrigues peu convenables à son état, il se montra si dégoûté de toute cette affaire, que Nicolas, à
son retour, assura sir John Greenville qut, pour le moment du moins, il n'y avait rien à tenter.
Un instant, en effet, Monk parut croire la partie perdue sans retour ; et, soit pour ôter au parlement toute méfiance ou pour démêler ses intentions, soit plutôt que, cédant à son goût naturel pour le parti le plus sûr, il voulût réellement se retirer , il se détermina, contre l'avis de tous ses amis, à donner sa démission. Et le 3 septembre 1659, il écrivit au parlement que, sentant l'approche des infirmités de la vieillesse, il désirait être déchargé de toute fonction pour aller finir tranquillement ses jours chez lui. 11 eut soin de ne pas faire passer sa lettre par son beau-frère Clargis , médecin de profession, mais nommé récemment commissaire aux revues, et presque toujours chargé à Londres des affaires secrètes du général, mission dont il s'acquittait avec adresse et fermeté. Monk savait bien que Clargis désapprouverait sa démarche, et craignait beaucoup son ascendant, qui s'exerçait, selon toute apparence, par l'impérieuse entremise de mistriss Monk. Mais son propre frère, Nicolas Monk, instruit de l'arrivée de. la lettre, parvint à s'en saisir, et la remit à Clargis qui, à son tour, la porta à Lenthall, toujours orateur du parlement.
Deux partis principaux s'agitaient alors dans Westminster : celui de Lambert et de l'armée , auquel se rattachaient les hommes qui, comme Vane, désespérant de la situation, ne craignaient pas d'y appliquer les plus