‹ MonkChapitre 26 sur 88 · SEPT. 1659).— ELLE EST RETIRÉE · texte numérisé non relu

SEPT. 1659).— ELLE EST RETIRÉE

violents remèdes; celui des modérés de toute origine e*. des aveugles apôtres de la légitimité du Rump, qui, le voyant menacé surtout par l'armée, dirigeaient contre elle tous leurs efforts. Lenthall était de ce dernier parti qui tournait vers Monk ses espérances, comme vers le seul défenseur qu'on pût opposer à Lambert; et Clargis lui persuada aisément de ne point parler de ladémission de Monk, de peur que le parti de l'armée ne se hâtât d'en profiter pour le remplacer dans son commandement. Lenthall et ses amis éludèrent, en effet, toutes les questions de Vane, qui, ayant eu vent delà lettre de Monk, en réclama plusieurs fois la lecture; et, au bout de dix jours, Clargis reçut du général l'ordre de la retirer. Quels que fussent les motifs et les moyens qu'on avait employés pour obtenir de Monk cette résolution, dès qu'il eut de nouveau accepté le danger, il se mit à l'œuvre pour être en état de l'affronter. Il s'appliqua à sonder, de plus près qu'il ne l'avait fait encore, les dispositions de tous les officiers de son armée, et noua une correspondance avec Fairfax , de qui il avait reçu des ouvertures lors du soulèvement de sir George Booth. Clargis fut chargé de promettre aux principaux membres du parlement l'appui du général de l'armée d'Ecosse contre les projets de l'armée d'Angleterre dont l'insolence n'avait pas tardé à éclater. En même temps, des agents sûrs, et inconnus les uns aux autres, instruisaient Monk de l'état de Londres et des progrès de la mésintelligence entre

les deuxpartis. Des lettres anonymes, ou signées de faux noms, allaient aigrir les animosités ou déjouer les mesures, révélant aux uns ce qu'on avait appris des dispositions des autres. Le démêlé s'échauffait chaque jour. « Mon affaire va bien, disait Monk ; Lambert ne laissera «pas ces gens-là siéger jusqu'à Noël. » En effet, le 13 octobre 1659, les avenues de Westminster .furent occupées par les troupes; le Rump fut contraint d'abandonner le pouvoir; Lambert et ses adhérents s'érigèrent en gouvernement sous le nom de comité de sûreté, etFleetwood figura à leur tête. Les nouvelles arrivèrent le 17 à Daikeith : tout était prêt; tout se mit en mouvement. A la lecture de ses dépêches, Monk déclara à ceux de ses officiers qui se trouvaient .autour de lui sa résolution de soutenir le parlement, fit arrêter les lettres, convoqua sur-le-champ à Daikeith les officiers des garnisons d'Edimbourg et de Leith; et, assuré de leur adhésion, il marcha le lendemain sur Edimbourg à la tête de ses gardes. Deux régiments étaient en quartier danslaville: il cassa les officiers qu'il savait contraires à ses desseins, fit arrêter ceux dont il se méfiait le plus; et, ayant assemblé les troupes, il leur déclara d'un ton ferme e1 animé les motifs de sa détermination : « L'armée d'An- <( gleterre, dit-il, a chassé le parlement; incapable de « repos, elle veut envahir toute l'autorité et ne souffre a pas que la nation arrive à un établissement solide. a Son insolente extravagance en viendra tout à l'heure

«c à vouloir dominer l'armée d'Ecosse, qui ne lui est ni « subordonnée ni inférieure. Quant à moi, je crois du « devoir de ma place de subordonner les pouvoirs mili- « taires aux pouvoirs civils. Le vôtre est de défendre le « parlement, de qui vous recevez votre paye et vos era- « plois. Je compte donc sur votre obéissance. Si cepen- « dant quelqu'un de vous se déclare contraire à ce des- (( sein, il aura toute liberté de quitter le service et de « prendre des passe-ports. »

Ce discours fut couvert des plus vives acclamations des soldats, auxquels se joignirent celles des Écossais, heureux de l'espoir de liberté que leur faisaient entrevoir les dissensions de leurs maîtres. Dans la nuit, le capitaine Johnson partit avec un détachement de cavalerie pour aller aider le commandant de Berwick, dont on était sûr, à se défaire des officiers de sa garnison, tous Anabaptistes et Indépendants ; ils furent arrêtés et remplacés. Au moment où Johnson terminait son opération, entra dans Berwick le colonel Cobbett, qui venait s'en assurer au nom de l'armée d'Angleterre et de ses chefs. Cobbett fut arrêté et conduit au château d'Edimbourg. La même mesure avait été prise àAyr et à Saint- Johnston, mais plus facilement, parce que les dissidents y étaient moins nombreux. On manqua Newcastle, dont le colonel Lilburne, qui se trouvait à York, s'était emparé pour le compte du comité de sûreté. Dans les garnisons éloignées, les commandants du parti de Monk

furent avertis d'exécuter sur-le-champ Topera tion; ceux dont on se méfiait reçurent Tordre de se rendre auprès du général pour conférer sur des affaires importantes; et, à peine sortis de leurs forts, ils furent arrêtés par des agents postés sur leur route, et aussitôt conduits en prison à Edimbourg. En même temps Monk écrivit à Lenthall, orateur du parlement, à Fleetwood et à Lambert, pour annoncer la résolution où était Tarmée d'Ecosse de soutenir contre la violence les lois et les libertés de l'Angleterre. Plusieurs de ses officiers demandèrent qu'avant de tirer Tépée et de s'exposer à verser le sang de leurs frères d'Angleterre, on essayât de les ramener au moins par quelques avertissements. Monk n'était pas en état de refuser une pareille demande; il ne craignait point d'ailleurs délaisser couler le temps, qu'il était sûr de mieux employer que ses adversaires. Il n'avait nullement le désir ni Tintention d'en venir aux mains avec Tarmée d'Angleterre; il avait vu la guerre civile, il en savait les chances ; et nul homme n'évitait les chances avec autant de soin jusqu'au moment où il reconnaissait que le parti le plus sûr était de les affronter. Avec les habitudes et la carrière d'un soldat, il était homme d'affaires et aimait la paix. Entre les prédictions qui depuis longtemps le désignaient comme le restaurateur de la monarchie, il ra contait celle d'un vieux comte de Nithisdale qui Tétait venu trouver pour lui annoncer que le roi serait rétabli

avant peu de mois; que lui, Monk, serait le principal instrument de cette révolution, et qu'il n'y aurait pas un doigt coupé dans l'affaire, ce En ce cas, ajouta « gaîment Monk, je suis bien sûr d'en être. » D'ailleurs, quoiqu'il fît peu de cas des talents militaires de Lambert, il n'était pas en mesure de le combattre à forces égales. Sur le drapeau qu'il venait d'élever il inscrivit deux principes auxquels il eut soin de donner une rédaction précise, propre à lui servir de réponse en toute occasion : « Le gouvernement ne peut subsister que « par l'entière soumission du pouvoir militaire au pou- « voir civil. — La république doit être gouvernée par « des parlements. » C'étaient là les deux vérités civiques qu'il entreprenait de faire triompher à l'aide d'une armée dont il ne s'était rendu maître qu'en bannissant de ses rangs tout homme disposé à agir en vertu d'une idée politique, et en la réduisant à T esprit et aux intérêts purement militaires.

Il était facile de prévoir que de tels soldats s'entendraient mieux avec des soldats qu'avec un parlement, et l'on ne pouvait guère douter qu'en présence de l'armée de Lambert , la moitié au moins de celle de Monk ne passât du côté où elle reconnaîtrait sa propre cause. Aussi Monk avait-il résolu de l'en tenir constammeDt éloignée, et de laisser faire au temps ce que le temps devait nécessairement amener. Bien instruit de ce qui se passait parmi ses ennemis, il savait que l'armée de

Lambert, beaucoup plus nombreuse que la sienne, mais désordonnée et sans argent, serait bientôt forcée de se débander. Le parlement , au moment où il avait vu sa chute inévitable, s'était efforcé d'ôter d'avance à ses oppresseurs le pouvoir d'en profiter;, son dernier signe de vie avait été la défense de payer les impôts, la désorganisation des autorités militaires alors en pou» voir, et la nomination de sept commissaires chargés du gouvernement de l'armée, parmi. lesquels on avait eu soin de comprendre Monk, le fidèle ami du parlement, comme l'assurait Scott, l'un des membres les plus ardents du parti républicain, et complètement dupe du chapelain Gumble, avec lequel il entretenait d'anciennes relations. De ces deux votes, le premier, accepté très-volontiers par le peuple anglais, réduisait Lambert, pour faire subsister ses troupes, à des moyens de violence que personne n'était plus en état de pratiquer; le second donna au pouvoir arbitraire qu'exerça Monk dans la disposition des emplois militaires une apparence de légalité que, dans le rôle qu'il avait pris, il lui importait de conserver. Quant au paiement et à la subsistance de son armée, bien que depuis assez longtemps il n'eût point reçu d'argent d'Angleterre, Monk, par sa prévoyante économie, s'était assuré d'assez longues ressources. L'état de ses caisses lui permit même de faire payer les arrérages dus aux officiers qu'il privait de leur emploi. Mais comme, avant

qu'ils eussent touché leur argent, leur mécontentement eut l'imprudence d'éclater en propos et en manœuvres pour débaucher les soldats, on jugea à la fois juste et utile de les faire partir sans les payer; et, bannis de l'Ecosse sous peine de mort, ils allèrent augmenter les troupes et les embarras de Lambert.

Malgré tant d'épurations elles moyens matériels dont il pouvait disposer, Monk sentait bien que son autorité militaire ne suffisait plus à conduire une armée dont il avait été obligé de prendre l'avis. Elle devenait un parti politique ; il fallait lui en donner le mouvement et les intérêts. Tous les officiers furent réunis en un grand conseil présidé parle général, et où se traitaient les affaires de la cause. Là, Monk, patient, impassible, laissait un libre cours aux prétentions du bel esprit subalterne, aux méfiances grossières de l'ignorance, à l'élocution diffuse du soldat parvenu et pressé de prendre rang. Tout était écouté, écarté par l'habileté de quelque homme de confiance dont la logique déroutait aisément ses maladroits antagonistes. Monk parlait peu, excepté lorsqu'il fallait donner à l'opinion qu'il approuvait l'autorité de son assentiment; et, presque sans se produire, il gouvernait les résolutions d'une assemblée destinée à lui servir d'instrument. En même temps, des sous-officiers intelligents, soigneusement instruits des idées qu'il fallait répandre ou détruire, des dispositions qu'il fallait interroger, des sen-

timents qu'il fallait échauffer , s'appliquaient à gagner la confiance des soldats, et, animés par des promesses d'avancement, secondaient avec zèle les desseins de leur général. Une gazette chaque semaine, et quelquefois des feuilles volantes, rédigées avec art, étaient répandues, lues, commentées dans les chambrées. De tous côtés recommençaient à se manifester cette activité des esprits , cette importance des opinions individuelles, effrayantes pour le pouvoir inhabile, puissantes quoique incommodes entre les mains qui savent les diriger. Un régiment, qu'avaient abandonné ses officiers, menaça de déserter si on ne lui laissait pas choisir ceux qui devaient les remplacer : on parvint d'abord à borner les prétentions des soldats au choix de leurs sous-officiers ; puis on trouva moyen d'empêcher qu'ils ne s'accordassent et de les obliger de recourir à la sagesse de leurs supérieurs. Tout ce gouvernement intérieur et caché avait pour agents un certain nombre d'officiers dévoués à Monk, et associés à ses projets. A la tète de l'intrigue et des affaires intérieures du parti était le chapelain Gumble, toujours en activité, persuasif, plein d'invention, et presque seul en évidence. « Sans « cet homme-là, disaient avec humeur les agents du « parti contraire, George Monk ne bougerait pas. » Aux menées souterraines se joignaient les déclarations publiques : les lettres de Monk à Fleetwood, Lambert et Lenthall furent imprimées et distribuées à Edimbourg,

ainsi qu'une déclaration du grand conseil des officiers, portant en substance : « Qu'ils avaient pris les armes « pour la défense des libertés et privilèges du parlc- « ment, et pour soutenir, envers et contre tous, les « droits et libertés du peuple. » L'arrivée de ces lettres à Londres avait excité dans le public un vif mouvement de joie, et chez les officiers en possession du pouvoir une profonde surprise. Imprudents et légers, ils n'avaient pas mis en doute que l'armée d'Ecosse tout entière n'adhérât à leur gouvernement; et le colonel Cobbett, que Monk venait de faire arrêter à Berwick, y arrivait avec la mission de s'assurer des sentiments des troupes, et, s'il était nécessaire, de la personne du général. On a même raconté qu'un jour de poste, un des gardes de Monk, se promenant sur le chemin d'Edimbourg, rencontra le courrier qui, au lieu de passer d'abord à Dalkeith, selon sa coutume, prenait directement la route de la ville. Choqué de ce manque d'égards, le soldat l'amena, malgré sa résisanec, au général, qui s'empara d'abord de toutes les lettres, et y trouva Tordre de l'arrêter lui-même, adressé par le comité de sûreté à un officier de son armée qui devait aussitôt prendre le commandement à sa place. Mais ce fait, matériellement impossible si l'on en veut examiner les diverses circonstances, n'est d'ailleurs mentionné par aucun des historiographes de Monk, et paraît un de ces effets dramatiques dont l'imagination des

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