JANVIER
dément, l'avait assez sévèrement renvoyée à Berwick, d'où ensuite il la fit passer par mer en Angleterre. Quant au chapelain Priée, au moment où Monk avait pris son parti : « Je ne vous emploierai pas dans mon « affaire, lui avait dit le général ; n'en soyez pas fâché : « vous ne connaissez pas comme moi ces gens-là, et « vous ne savez pas dissimuler avec eux. » Et Price, touché, comme il nous l'apprend lui-même, de la franchise du général, s'était, dès ce moment, tenu à l'écart, content de surveiller de l'œil et de hâter par quelques sollicitations l'accomplissement des promesses tacites sur lesquelles il croyait déjà pouvoir compter.
Tranquille pour Fairfax, Monk ralentit sa marche, laissant encore au temps à démêler les obscurités de sa nouvelle situation, mais sans perdre un instant à tourner contre le parlement les moyens de ruse et d'activité qui l'avaient défait de l'armée de Lambert. Toujours appliqué tout entier à l'entreprise du moment, après en avoir fini d'un parti, il ne songea plus qu'à se mettre en mesure de triompher de l'autre. Gumble, envoyé à Londres pour examiner l'état des choses et des hommes auxquels le général allait avoir affaire, porta au Rump les plus solennelles promesses de son dévouement, et lui remit, pour gage de fidélité, une lettre où le Conseil commun de la Cité réclamait l'appui de Monk pour obtenir la rentrée des membres exclus du Long-Parlement, ou la convocation d'un par-
lement libre et complet. Le même vœu, exprimé sur toute la route par une multitude d'adresses et de félicitations, était repoussé par les plus humbles protestations d'obéissance à l'autorité civile. Les déclarations contre Charles Stuart et sa famille se multipliaient chaque jour, d'autant plus fortes et plus explicites que, sur ce point, les soupçons et les espérances commençaient à se manifester plus ouvertement. Monk frappa publiquement de sa canne, et probablement avec une véritable colère, un officier qui avait dit : «Ce « Monk finira par nous ramener Charles Stuart. » Le ton répondait aux actions, et avec de telles apparences de franchise militaire ou d'émotion de cœur que Price sentait le besoin d'être rassuré, et se glissait la nuit dans la chambre de son maître, qu'il trouvait, pendant un court relâche de travail, endormi tout habillé sur deux chaises, et la tête appuyée sur le bord de son lit. Le chapelain, dans l'ardeur de son zèle, le réveillait pour lui exprimer ses craintes. Monk, toujours égal, toujours prêt, le rassurait par des paroles d'autant plus positives qu'elles étaient sans conséquence, le conjurait de compter pour rien tous ces engagements auxquels il ne pouvait se refuser : « car, disait-il, ils se méfient <( déjà bien assez de moi; » et. Price, rassuré de nouveau par cette preuve de la sincérité des intentions de son général, reprenait tranquillement son rôle d'observateur.