PENDANT SA MARCHE EN ANGLETERRE
Attentif à ne pas démentir un instant son respectueux langage, Monk continuait d'avancer sans ordres, ou plutôt contre des ordres que le Rump n'avait pas eu le courage de lui signifier, mais partout accueilli au son des cloches, aux cris de joie de la multitude, recevant dans sa route les hommages et les demandes d'une population empressée à chercher près de lui des espérances, cassant les officiers des régiments qu'il rencontrait, et les remplaçant par des hommes à sa dévotion. Arrivé à York, il crut cependant devoir attendre quelque signe des intentions du parlement. Le comté d'York, où dominait Fairfax, déterminé alors à rétablir la royauté qu'il avait autrefois renversée, pour ainsi dire sans le vouloir, offrait à Monk un point d'appui qu'il ne voulait pas abandonner avant d'être assuré de Londres. Fairfax le pressait même de demeurer à York et de se déclarer immédiatement pour le roi. Ses officiers étaient entourés; quelques-uns commençaient à traiter du prix de leur adhésion à la cause royale, et le portaient si haut que l'un d'entre eux, dit-on, ne voulait entendre à rien si on ne lui promettait de le faire lord-chancelier. Mais Monk ne prenait guère le parti d'avancer à découvert quand il pouvait marcher à l'ombre; et les chances de la guerre dans le comté d'York ne valaient pas celles de l'intrigue à main armée, telle qu'il se promettait de la poursuivre à Londres, lorsqu'il y aurait établi son quartier général. Résolu de tout tenter pour y arriver
sans coup férir, il avait aussi prévu le cas où il eût enfin reçu à York l'ordre formel de la retraite; il aurait eu alors en main de quoi forcer le parlement à réfléchir sur son imprudence, et il comptait obéir assez lentement pour lui en laisser le temps.
Mais déjà ce malheureux Rump, à peine rétabli et ballotté de méfiance en méfiance, n'avait plus que le choix des dangers; celui de laisser Monk et Fairfax combiner leurs forces dans le comté d'York parut plus effrayant encore que la présence de Monk à Londres. Le 6 janvier 1660, on vota que Monk était prié de venir à Londres aussi promptement qu'il le « pourrait. » Le 12, sur les Lettres présentées par Gumble, un acte fut passé pour approuver tout ce que Monk avait fait jusqu'à ce jour. Enfin, le 16, un vote tardif de reconnaissance lui assura une dotation perpétuelle de mille livres sterling de revenu ; et l'orateur eut ordre de lui écrire que la chambre, pénétrée du sentiment de ses grands services, allait s'occuper de pourvoir à la paye de ses soldats, et se félicitait d'apprendre que, « selon le désir du parlement, il se disposât à venir à Londres. » On vota aussi que deux commissaires du parlement iraient à sa rencontre pour lui faire honneur. Scott et Robinson, deux des plus emportés de ce parti aveugle qui courait à sa perte par ses précautions pour l'empêcher, furent proposés pour cette mission par les Presbytériens, auxquels ils deve-