EFFORTS DES RÉPUBLICAINS
sans se soumettre aux conditions qu'on avait d'abord voulu exiger d'eux; févêque d'Ély, après vingt ans d'emprisonnement à la Tour, revoyait le jour de la lii berté. On organisait la milice, et le commandement en était confié à des hommes dont l'opinion ne pouvait plus être douteuse. D'anciens officiers étaient renvoyés et remplacés par des gentilshommes royalistes. Haslerig et plusieurs de son parti allaient encore trouver Monk et lui rappeler ses engagements; alors le général, ôtant son gant, mettait sa main dans celle de Haslerig : « Je «vous proteste, disait-il d'un ton solennel, que je «m'opposerai de toutes mes forces à l'élévation de « Charles Stuart, et au gouvernement d'un seul et d'une « chambre des pairs. » Et il ajoutait : « Qu'ai-je donc « fait, en ramenant les membres exclus, qui vous doive « inquiéter? Si d'autres ont fort justement fait tomber « la tête du roi sur l'échafaud, n'est-ce pas ceux-là qui a Fy ont conduit?» Et Haslerig s'en allait rassuré encore cour cette fois. Ludlow, non moins ardent, essayait de conspirer, se fiant à la promesse que lui avait faite le colonel Morley de lui livrer la Tour; et, heureusement pour lui, il rencontrait mille obstacles à l'exécution de son projet. Overton travaillait à faire révolter Holî et une partie; des garnisons d'Angleterre; mais, prévenu à temps, il rendait la ville au colonel Fairfax, nommé pour le remplacer. L'armée d'Irlande s'était déclarée pour un parlement libre et complet, et l'Ecosse, où
Morgan avait reçu de nouveaux renforts, était prête à obéir au moindre signe.
Les républicains, réduits pour dernière ressource à la fidélité de Monk, n'épargnaient aucun moyen de le retenir et de l'engager. Peu de jours après la réintégration des membres exclus, ils avaient proposé. de donner à perpétuité, à Monk et à ses héritiers, le domaine royal de Hampton-Court, que s'était réservé Cromwell sur les biens de la couronne. Les membres rentrés n'avaient osé s'y opposer ; mais Monk lui-même, embarrassé d'une pareille faveur, déclara qu'il trouvait la maison trop grande pour lui. Ses amis, à la troisième lecture, firent donc substituer au titre de propriétaire celui d'intendant à vie des domaines et manoirs de Hampton-Court; et Monk, en acceptant, au lieu de la propriété, une gratification de vingt mille livres sterling, laissa voir combien il comptait peu sur la stabilité du régime qui semblait encore debout. L'alarme était grande parmi les gens dont la fortune et l'existence s'y trouvaient attachées. L'armée surtout se voyait avec inquiétude insensiblement écartée de toute participation aux affaires, et sentait que ce qui se ferait sans elle se ferait contre elle. Déjà les officiers s'étaient plaints du projet de réorganisation de la milice, et surtout de ce qu'on chargeait de cette opération des hommes notoi* rement entachés de royalisme. Monk parut surpris; e\ voulant, dit-il, se faire expliquer la chose, il demanda
une conférence entre ses officiers et quelques membres des divers partis du parlement. On en tint plusieurs, où Haslerig soutint les volontés de l'armée et Monk la suprématie parlementaire. Enfin, après avoir assez longtemps disputé, on déclara qu'il était temps de finir ces pourparlers devenus inutiles puisque le résultat n'en pouvait être porté au parlement près de se dissoudre.
Les hommes ne se résignent point à demeurer sans influence sur la décision de leur propre destinée. Le parti républicain, jugeant sa défaite inévitable, voulut y concourir lui-même, ne fût-ce que dans l'espoir de rendre sa chute plus douce. Il se sentit moins effrayé d'un nouveau protectorat que du retour de la royauté. Les hommes surtout qui, soit dans le parlement, soit dans l'armée, avaient contribué à la mort du roi, s'estimaient heureux s'ils pouvaient, à quelque prix que ce fût, écarter son fils. On résolut donc d'offrir à Monk le pouvoir pour lui-même ; et le parlement ayant, le 13 mars 1660, fait effacer de ses registres l'engagement de fidélité à la république dans la forme actuellement en vigueur, sans roi ni chambre des lords, Scott, Haslerig, et quelques autres, membres du parlement ou officiers de leur parti, abordèrent Monk à White-Hall où il s'était rendu pour assister au conseil d'État, et commencèrent en lui exprimant les craintes que leur inspirait la marche du parlement, surtout le vote de la veille : a II est clair, dit Haslerig, qu'on veut rame-