‹ MonkChapitre 55 sur 88 · LE PROTECTORAT · texte numérisé non relu

LE PROTECTORAT

« ner le roi.— S'il revenait, général, reprit un autre, « vous seriez perdu ; vous y auriez trop contribué pour « qu'on pût vous récompenser. On vous ferait mourir « comme Stanley, lorsqu'il eut mis Henri Vil sur le « trône: il ne fallait qu'un mauvais prétexte; mais son « crime réel était d'avoir trop mérité. » — Monk parut peu ému : « Je n'ai pas été non plus, dit-il, trop con- « tent du vote d'hier; il était inutile. J'en ai parlé à « quelques-uns des plus raisonnables; ils m'ont dit « que, comme le soin de régler définitivement la forme « du gouvernement était remis au parlement près de « s'assembler, ils n'avaient pas voulu empiéter sur son « autorité ni s'embarrasser eux-mêmes d'un engage- « ment pris d'avance. Mais il n'y a rien à craindre, « ajouta-t-il; les writs de convocation détermineront « les limites de la discussion. » Les assistants ne paraissaient pas rassurés. « Le peuple, disaient-ils, a pris « un travers : il ne sait ce qu'il lui faut; il est clair « qu'il ne veut plus de la république, et qu'il en faudra « revenir au gouvernement d'un seul. Vous êtes plus « que personne en position d'y penser, et nous avons « lieu de croire que tous les gens de bien se join- « draient à nous pour vous y porter. » Monk continua de demeurer calme : « J'ai l'exemple de Cromwell, dit-il; « je ne veux pas me casser le cou, comme il l'a cassé à «toute sa famille. » On répondit que Cromwell avait usurpé le pouvoir contre le vœu de l'armée et des gens

de bien : « Vous aurez au contraire leurs yoix unanime mes, disait-on, et cela, quelque titre que vous pre* a niez. — Nous vous donnerons cent mille signatures, » s'écria Haslerig avec sa pétulance accoutumée. Monk continua de repousser avec indifférence l'offre d'une fortune trop peu solide pour le tenter. Son ambition n'était ni grande ni folle, et il n'avait en lui rien de ce qui élève au-dessus des prévoyances du bon sens et des calculs de la probabilité. Les négociateurs déjoués le quittèrent pour aller, sans perdre de temps, essayer d'autres mesures, et Monk se rendit au conseil. On raconte que son beau-frère Clargis, à qui les députés républicains avaient fait d'abord quelques ouvertures, les voyant ensuite se rendre près de Monk, et présumant apparemment les intentions du général, avait sur-le-cliamp informé de ce qui se passait sir Antoine Àshley Cooper, alors au conseil. Empressés de trouver leurs ennemis en faute, les Presbytériens du conseil avaient fait décider qu'aussitôt la conférence finie et le général entré en séance, Clargis serait appelé pour déposer de ce qu'il savait, et qu'on prieriait Monk de donner les éclaircissements nécessaires pour prévenir de si mauvais desseins. Monk arriva, et pensa qu'il n'y avait pas de quoi faire tant de bruit. « Ils étaient un peu inquiets, dit-il, « de ce qui se passe au parlement; mais je leur ai « parlé, et ils s'en sont allés contents. » Il était également contraire aux inclinations de Monk de perdre des

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