‹ MonkChapitre 59 sur 88 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

3t qu'il a bien moins à perdre, criait de toutes parts : « le Roi ! le Roi ! » Les chansons royalistes retentissaient librement dans les rues; et deux jours avant la dissolution du parlement, un peintre était venu, accompagné de quelques soldats i, sur la place de la Bourse ( Royal Exchange), et avait effacé l'inscription mise à l'endroit qu'avait occupé la statue de Charles Ier : Exil tyrannust regumultimus, etc. Personne n'avait demandé au peintre son ordre, et nul n'avait douté qu'il ne vînt du gé-

1 Ce fait est rapporté par Clarendon dans une lettre à sir Henri Bennet, sous la date du 10 avril 1660 (Clarendon, State papers, t, III, p. 725), et confirmé par Pepys, dans son Journal de 1659 à 1669 (t. I, p. 46, édit. in-8° de 1828); mais ni l'un ni l'autre ne font aucune mention de soldats comme y ayant pris part, et lord Wharncliff, dans sa traduction de cette Étude (p. 239, dans la note), demande comment j'ai pu y ajouter cette circonstance, et cherche à expliquer cette addition par quelque méprise. La présence des soldats est expressément mentionnée dans une lettre adressée de Londres à M. de Brienne (25 mars 1660), et qui porte : « Je vous dirai une chose, laquelle j'ai vue de mes propres yeux, qui est qu'environ sur les sept heures du soir, quelques soldats, accompagnés de divers autres, sont venus sur la Bourse, avec échelles, et ensuite ont effacé ce qui était écrit au-dessus de la statue du défunt roi, laquelle portait qu'il avait été jeté hors de cette place, s'entend, sa statue, comme tyran. Cette action s'est passée fort paisiblement, etavec grande acclamation du peuple qui s'y est rencontré, qui était en grand nombre, et même quasi comme si c'avait été en pleine Bourse; de plus, feux de joie se sont faits au beau milieu de ladite jBourse, où les acclamations n'étaient que de vive le roi ! ayant demeuré jusqu'à la dernière heure pour lâcher d'apprendre quelque chose digne de vous être mandé. » {Archives des affaires étrangères de France; Angleterre, rég. 58, n« 135).

Ce récit d'un témoin oculaire est d'ailleurs conforme à la vraisemblance. Si, comme le pensent tous ceux qui parlent de ce fait, Monk n'y était pas étranger, il y a lieu de croire qu'il fit accompagner par des soldats le peintre chargé d'effacer l'inscription»

néral. Quant à Monk, toujours le même, c'est-à-dire constant à varier son langage selon les personnes, il ne laissait prise sur son compte à aucune opinion déterminée. Le mouvement allait s'accélérant sans que l'homme qui le dirigeait parût avancer d'un seul pas, si ce n'est pour reculer l'instant d'après. Un des agents du roi, à Londres, mandait le 10 mars : « Monk a dé- « claré qu'il adhérerait au parlement en ce qui con- « cerne le roi et les lords... Un autre jour, il a dit qu'il « verserait la dernière goutte de son sang avant de « consentir au retour des Stuart en Angleterre.... Mais « ce soir il était de nouveau dans de bonnes disposi- « tions. » Ses moindres paroles, recueillies avec soin, répétées de bouche en bouche, ne servaient, par leur variété, qu'à entretenir l'incertitude. On savait cependant que, dans son impertinente gaîté, mistriss Monk avait demandé à Hugh Peters, riche de biens confisqués, s'il n'était pas pour la restitution; et le petit Kit, son fils, tourmenté de questions et de présents, avait avoué qu'un jour, au lit, son père et sa mère avaient parlé du retour du roi '. Les républicains ne pouvaient plus se laisser tromper. Henri Martyn, avec qui Monk avait été lié, lui demandait un jour ce que définitivement il avait intention de faire : « []ne république, dit « Monk; je l'ai toujours voulue et je la veux encore.

i Kit (Christophe), qui fut duc d'Albemarle après son père, était alors un enfant entre six et sept ans. {Extrait de la trad. angl.)

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