‹ MonkChapitre 84 sur 88 · DES HOLLANDAIS A CHATHAM · texte numérisé non relu

DES HOLLANDAIS A CHATHAM

rembarquèrent, point assez tôt cependant pour que le duc d'Albemarle, qui s'était porté aux avant-postes, n'entendît pas leurs balles siffler à ses oreilles. Un de ses officiers l'engageait à s'éloigner un peu : « Mon- « sieur, lui ditMonk, si je craignais les balles, il y a « longtemps que j'aurais quitté ce métier-ci. »

11 s'en acquittait pour la dernière fois. Au retour de cette expédition, ses infirmités, son asthme surtout et les menaces d'hydropisie, redoublèrent de violence; il se sentit incapable de travail, et partit pour sa terre de New-Hall, dans le comté d'Essex, plutôt pour mourir, au sein du repos de la campagne qu'avec l'espérance d'en recevoir quelque soulagement. Il écoutait peu les médecins, se refusait à leurs remèdes, et triste depuis plusieurs années sans parler à personne de sa tristesse ni en dire les causes, il répondait seulement àGumble, toujours son chapelain, qui l'exhortait à soigner sa santé : « Pourquoi vivrais-je? » Cependant, à New- Hall, un de ses voisins, jadis officier dans son armée, lui parla de certaines pilules souveraines, disait-on, contre l'hydropisie, et que vendait à Bristol un nommé Salmon, qui avait aussi servi sous ses ordres en Ecosse comme simple soldat. Ce conseil et ce remède d'anciens camarades inspirèrent au vieux général plus de confiance que le savoir des docteurs. Il fit venir des pilules de Salmon, et s'en trouva si bien pendant quelque temps qu'il retourna à Londres vers la fin de

Pété1. Mais peu après son arrivée, dans les derniers Jours de décembre 1669, l'hydropisie fît des progrès effrayants, et Monk, trop ferme pour perdre en cette occasion son habitude de voir les choses comme elles étaient, annonça lui-même qu'il n'avait plus que peu de jours à vivre. Une dernière affaire lui tenait fortement au cœur : le mariage de son fils Christophe avec kdy Elisabeth Cavendish, petite-fille du duc de Newcastle; il en pressa la conclusion avec la même activité, les mêmes soins minutieux qu'il eût pu y apporter en pleine santé, et le 30 décembre le mariage fut célébré, en effet, dans sa chambre, d'où il ne sortait plus. Rien ne le tira plus dès lors de son indifférence sur les autres comme sur lui-même ; on voulut l'engager à recommander sa famille aux bontés du roi, qui venait le voir presque tous les jours : « C'est inutile, dit-il; je « ne doute point de la bonté du roi pour moi et les a miens. » 11 écoutait froidement les discours de Gumble, qui prenait soin de le préparer à sa fin prochaine, et en parlait lui-même avec la même froideur à ses amis, qu'il ne cessait point de recevoir. Le 3 jan-

i Après l'exil de Clarendon, en 1667, Monk acheta le célèbre hôtel qu'il avait fait bâtir, avec une dépense, dit-on, de 50,000 liv. sterl. (1,250,000 fr.), et qui était connu sous le nom de Dunkirk-Jiouse (hôtel de Dunkerque), parce qu'on supposait qu'il avait été construit avec l'argent payé par la France à Charles II pour la restitution de Dunkerque. L'hôtel, devenu la propriété de Monk, prit le nom d'Albemarle-house, et a donné son nom à Albemarle-street. En 1683, il fut vendu par le fils de Monk, et démoli.

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