ACTE PREMIER, sCÈNE II
Ils n’ont pas voulu que leur salut dépendît du sacrifice imposé à la pudeur et à l’amour d’une femme; et au moment où je les quittais pour venir vous trouver, ils appelaient Vanna pour lùi dire qu’ils mettaient en ses mains le sort de la cité.
GÜIDO.
Comment I... Ils ont osé! quand je n'étais pas là, ils ont osé répéter devant elle les immondes paroles de ce satyre forcené!... Ma Vannai... Quand je pense à son tendre visage qu’un regard fait rougir ; où toutes les pudeurs vont et viennent sans cesse, comme pour rafraîchir l’éclat de sa beauté!... Ma Vanna devant eux, vieillards aux yeux luisants et petits marchands pâles au sourire hypocrite , qui avaient peur d’elle comme d’une chose sainte... Ils vont donc lui redire : « Va làbas, seule et nue comme il l’a demandé... » Va lui livrer ce corps que personne n’effleurait d’un désir, tant il paraissait vierge, et que moi, son époux, je n’osais dévoiler qu’en priant mes deux mains, en suppliant mes yeux, de rester purs et chastes de peur de le ternir d’un frisson défendu... Et pendant que je parle, ils sont là qui lui disent... Ils sont fermes et nobles; ils ne l’obligent point à partir malgré elle... Comment donc feraient-ils tant que je serai là?... Ils ne demandent rien que son consentement... Et mon consentement, qui me l’a demandé?...
MARCO
IVest-ce pas moi, mon fils? Si je ne l’obtiens point ils viendront à leur tour...
MOxNiXA VANNA
GUIDO
Ils n’ont que faire de venir; et Vanna leur aura répondu pour nous deux.
MARCO
Je Tespère, si vous acceptez sa réponse.
GUIDO
Sa réponse!... Vous en doutez donc? Et vous la connaissez; et vous l’avez vue tous les jours, depuis la première heure, où toute couverte encore des fleurs et du sourire de son unique amour, elle a franchi le seuil de celle même salle où vous venez la vendre, où vous osez douter de la seule réponse qu’une femme puisse faire à un père qui s’oublie jusqu’à souhaiter que sa fille...
MARCO
Mon fils, chacun voit dans un être ce qu’il voit en lui-même; et chacun le connaît d’une façon différente, et jusqu’à la hauteur de sa propre conscience...
GUIDO
Oui, c’est pourquoi, sans doute, je vous connaissais mal... Mais si mes yeux devaient s’ouvrir ainsi, à deux reprises, sur deux erreurs aussi cruelles, j’aimerais mieux, mon Dieul les fermer pour toujours!...
MARCO
Ils s’ouvriraient, mon fils, à des clartés plus grandes... Et si je parle ainsi, c’est que j’ai vu en elle