SCÈNE PREMIÈRE
PRINZIVALLE debout près d'une table, range des parchemins, des plans et des armes. Entre V^DIO.
VEDIO.
Voici une lettre du commissaire de la République.
PRINZIVALLE.
De Trivulzio?
VEDIO.
Oui. Messer Maladura, le second commissaire, n’est pas encore revenu.
Il faut croire que l’armée vénitienne qui menace Flo-
rence par îe Casentin ne se laisse pas vaincre aussi facilement qu ils l’avaient espéré... Donne la lettre. {Il prend la lettre et lit.) Il me transmet, pour la dernière fois, sous peine d’arrestation immédiate, l’ordre formel de tenter l’assaut dès l’aurore... Bien, la nuit m’appartient... Arrestation immédiate !... Ils ne doutent de rien!... Ils s’imaginent donc qu’on épouvante encore, à l’aide de vieux mots, l'homme qui attend l’heure unique de sa vie... Menace, arrestation, délation, jugement, quoi encore?... je sais ce que cela veut dire... Voilà longtemps qu’ils m’auraient ar;*êté, s’ils pouvaient, s’ils osaient...
VEDIO.
Messer Trivulzio, en me remettant l’ordre, m’a dit qu’il me suivait pour venir vous parler.
PRINZIVALLE.
Il s’y résout enfin?... Ce sera décisif, et le petit scribe chafouin, qui représente ici toute la puissance occulte de Florence, et n'ose pas me regarder en face, le petit homme blême qui me hait plus profondément que la mort, passera une nuit qu’il n’avait pas prévue... Il faut que les ordres soient graves pour qu’il vienne affronter le monstre dans sa cage... Quels gardes sont à ma porte?
VEDIO.
Ce sont deux vieux soldats de votre bande de Galice. !1 m’a semblé reconnaître Hernando; et l’autre est, je crois, Diego...