acte premier, scène première
les Esclavons et les Albanais m’ont déclaré gu’ils déserteront tous si la capitulation n’est pas signée ce soir.
GUIDO
Depuis dix jours, à trois reprises, la Seigneurie a envoyé trois anciens du collège pour traiter de la capitulation; nous ne les avons pas revus...
TORELLO
Prinzivalle ne nous pardonne pas le meurtre de son lieutenant Antonio Reno, massacré dans nos rues par les paysans furieux. Florence en profite pour nous mettre hors la loi, et compte nous traiter en barbares.
GUIDO
J’ai envoyé mon propre père pour expliquer et exct/ser l’erreur d’une foule affolée que nous n’avions pu contenir. C’était un otage sacré; il n’est point revenu...
BORSO
Voilà plus d’une semaine que la ville est ouverte de toutes parts, que nos murs sont en ruine et nos canons silencieux. Pourquoi donc Prinzivalle ne donne-t-il pas l’assaut? Redoute-t-il quelque piège? Manque-t-il de courage, ou bien Florence a-t-elle transmis des ordres mystérieux ?
GUIDO
Les ordres de Florence sont toujours mystérieux; mais ses desseins sont clairs. Depuis trop longtemps
Pise est Palliée fidèle de Venise et donne aux petites villes de la Toscane un exemple alarmant... Il faut que la république pisane disparaisse. c. Peu à peu, savamment et sournoisement, on a envenimé cette guerre, en y provoquant des cruautés et des perfidies innaccoutumées, afin de justifier une vengeance prochaine. Ce n’est pas sans raison que je soupçonne ses émissaires d’avoir poussé nos paysans à massacrer Reno. Ce n’est pas non plus sans raison qu’elle a lancé contre nous le plus barbare de ses mercenaires, ce sauvage Prinzivalie, qui s’illustra sinistrement au sac de Plaisance, où, après avoir exterminé, par mégarde, a-t-on dit, tous les hommes armés, il mit en vente, comme esclaves, cinq mille femmes libres.
BORSO
On se trompe sur ce point. Ce n’est pas Prinzivalle, mais les commissaires de Florence qui ont ordonné le massacre et la vente. Je n’ai jamais vu Prinzivalle, mais un de mes frères l’a, connu. Il est d’origine barbare; son père était Basque ou Breton, paraît-il, et avait ouvert à Venise une boutique d’orfèvrerie. Il est de petite naissance, c’est certain, mais n’est pas le sauvage que l’on croit. On le dit violent, fantasque, débauché, dangereux, mais loyal; et je lui remettrais sans crainte mon épée...
GUIDO
Ne la remettez pas tant qu’elle peut vous défendre. Nous le verrons à l’œuvre, et nous saurons alors qui de nous a raison. En attendant, il nous reste à tenter la dernière chance de ceux qui ne veulent pas se laisser
kCT^ PREMIER, SCÈNE II
egorger sans redresser la tête et sans lever le bras. II faut d'abord apprendre aux soldats, aux citoyens, aux paysans réfugiés, l’entière vérité. Il faut qu’ils sachent bien qu’on ne nous offre pas de capitulation; qu’il ne s’agit plus d’une de ces guerres pacifiques où deux grandes armées combattaient de l’aurore au coucher du soleil pour laisser trois blessés sur le champ de bataille ; ni d’un de ces sièges fraternels où le vainqueur devenait bientôt Thôte et l’ami le plus cher du vaincu. C’est une lutte sans merci où la vie et la mort restent seules en présence, où nos femmes, nos enfants...