ACTE II, SCÈNE III
Prinzivalle s'agenouillant au pied de la couche et saisissant la main de Vanna,
Giovanna I... {Vanna se redresse étonnée elle regarde,) — Oh I Vannai ma Vanna !... — Car, moi aussi, j’avais coutume de vous appeler ainsi... Maintenant je;4éfaille en prononçant ce nom... Il resta si longtemps enfermé dans mon cœur, qu’il n’en peut plus sortir sans briser sa prison... 11 est mon cœur lui-même et je n’en ai plus d’autre... Chacune de ses syllabes contient toute ma vie ; et quand je les prononce, c'est ma vie qui s’écoule... Il m’était familier, je croyais le connaître ; je n’en avais plus peur à force de le nommer ; et voilà des années qu’à chaque heure de chaque jour, je me le répétais comme un grand mot d’amour qu’il faudrait avoir le courage de prononcer enfin, ne fût-ce qu’une fois, en présence de celle qu’il évoquait en vain... Je croyais que mes lèvres en avaient pris la forme, qu’au moment espéré elles sauraient le redire avec une telle douceur, avec un tel respect, avec un abandon si profond et si humble, que celle qui l’entendrait comprendrait la détresse et l’amour qu’il contient... Mais voilà qu’aujourd’hui il n’évoque plus une ombre... Ce n’est plus le même nom. Je ne le connais plus quand il sort de ma bouche, tout coupé de sanglots et tout meurtri de craintes... J’y ai mis trop de choses ; et toute l’émotion, toute l’adoration que j’y ai renfermées viennent briser ma force et font mourir ma voix...
VANNA
Qui êtes-vous ?
PRINZIVALLE.
Vous ne me connaissez pas... Vous ne revoyez rien?...
— Ah ! comme le temps qui passe efface des merveilles !... Mais ces merveilles-là, je les avais vues seul... Au fait, c’est mieux peut-être qu’elles soient oubliées... Je n’aurai plus d’espoir, j’aurai moins de regrets... Non, je ne vous suis rien... Je ne suis qu’un pauvre homme qui regarde un instant le but même de sa vie... Je suis un malheureux qui ne demande rien, qui ne sait même plus ce qu’il faut demander, mais qui voudrait vous dire, si la chose est possible, pour que vous le sachiez avant de le quitter, ce que vous avez été, et ce que vous serez jusqu’au bout dans sa vie...
VANNA
Vous me connaissez donc?... Qui êtes-vous?...
PRINZIVALLE.
Vous n’avez jamais vu celui qui Vous regarde, comme on regarderait, dans un monde de fées, la source de sa joie et de son existence... comme je n’espérais pas vous regarder un jour?...
Non... Du moins je ne crois pas...
PRINZIVALLE.
Oui, vous ne saviez pas... et j’étais sûr, hélas! que vous ne saviez plus... — Or vous aviez huit ans, et moi j’en avais douze, quand je vous rencontrai pour la première fois...
VANNA
Où cela?.