‹ Monna VannaChapitre 54 sur 55 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

zivalle,) Regardez ce visage!... Il porte encore lea marques de cette affreuse nuit!... [Entr' ouvrant son manteau sur son épaule ensanglantée.) J’cn ai le signe aussi!... L’horrible nuit d'amour! Regardez-le, c’est lui!... Il est hideux et lâche!... {Voyant que les gardes font un mouvement pour emmener Prinzivalle,) — Non, non, laissez-le moi! — C’est ma parti C’est ma proie! Je la veux pour moi seule!... Gardez«lel Tenez-lel.». Vous voyez qu’il veut fuir!...

GUIDO

Pourquoi est-il venu?... Pourquoi as-tu menti?...

VANNA hésitant et cherchant les mots.

J’ai menti... Je ne sais... Je ne voulais pas dire... Écoute, c’est maintenant... Oui, oui, tu vas comprendre... On ne sait ce qu’on fait... On ne voit pas d’avance... Lorsque j’allais là-bas, non, Je n’y pensais pas... Mais les choses arrivent... Oui, oui, tu vas savoir... Le voile est déchiré! Tant pis pour ta douleur puisque tu l’as voulu... Ah ! j’ai eu peur de toi... J’ai eu peur de l’amour et de son désespoir... Maintenant, tu le veux,.. Bien. Je vais te le dire. [D'une voix plus calme et plus assurée.) Non, non, je n’ai pas eu l’idée que tu as dite. Je ne l’ai pas conduit au milieu des bourreaux pour nous venger ensemble... L’idée que j’ai suivie n’était pas aussi belle, mais t’aimait davantage... Je voulais le mener à une mort cruelle; mais je voulais aussi que l’ignoble mémoire de cette ignoble nuit ne pesât point sur toi jusqu’au bout de nos jours... Je me serais vengée toute seule, dans l’ombre; je l’aurais fait mourir, lentement, tu vois bien? peu à peu,

jusqu’à ce que son sang, en tombant goutte à goutte, eût effacé son crime... Tu n’aujais jamais su l’affreuse vérité ; et l’affreux souvenir ne se fût pas dressé entre uos chers baisers... J’ai craint, je le confesse, qu’en voyant cette imagé tu ne pusses plus m’aimer... J’étais f.oiie, je le sais; j’avais trop demandé... J’ai voulu l’impossible... Mais tu vas tout apprendre... (S'adresfaut à la foule.) Puisque nous en sommes là, et puisqu’il n’est plus temps d’épargner notre amour, il faut comprendre aussi... Il faut que je dise tout et vous serez mes juges... Voici ce que j’ai fait : cet homme m’a donc prise, bassement, lâchement, comme je vous l’ai dit... J’ai voulu le tuer et nous avons lutté... Mais il m’a désarmée... Alors, j’ai entrevu une vengeance plus profonde et je lui ai souri... Il a cru mon sourire... Ah! les hommes sont fousî... Il est juste qu’on lés trompe 1... Ils adorent le mensonge I... Quand on montre la vie, ils croient que c’est la mort! Quand on leur tend la mort, ils la prennent pour la vie!... Il avait cru me prendre et, c’est moi qui l’ai pris!... Le voilà dans sa tombe et je la scellerai!... Il fallait l’amener en l’ornant de baisers comme un agneau docile... Le voilà dans mes mains qui ne s’ouvriront plus!... Ah! mon beau Prinzivalle! Nous aurons des baisers comme on n’en a pas eu!

GüiDO s'approchant.

Vannai...

VANNA

Regarde-le de près!... Il était plein d’espoir... ! Il m’a crue tout de suite lorsque je lui ai dit : « Prinzivalle, je L’aime!... » Ah! il m’aurait suivie jusqu’au cœur de

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