‹ Monna VannaChapitre 7 sur 55 · ACTE PREMIER, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCÈNE II

veille d’une victoire, au milieu d’uue armée qui tient uéjà sa proie, et a confiance en lui. Il faut donc qu’elle attende son heure...

^ GUIDO

SoitI Je comprends qu’il nous sauve pour se sauver lui-même et se venger d’avance. Mais il pourrait le faire d’une manière plus éclatante ou plus habile. Quel intérêt a-t-il à combler ses ennemis? Où ira-t-il et que deviendra-t-il? Que demande-t-il en échange?...

MARCO

Voilà l’instant, mon fils, où les mots sont cruels et puissants!... Voilà l’instant, mon fils, où deux ou trois paroles, empruntent tout à coup la force du destin, et choisissent leurs victimes... Je tremble quand je pense que le son de ma voix, la manière de les dire, peut causer tant de morts ou sauver tant de vies...

GUIDO

Je ne devine pas... Les mots les plus cruels ajoutent peu de chose à des malheurs réels...

MARCO

Je vous l’ai déjà dit : Prinzivalle parait sage ; il est raisonnable et humain... Mais quel est l’homme sage qui n^ait pas sa folie ; et quel est l’homme bon qui n’ait jamais nourri une idée monstrueuse?... A droite est la raison, la pitié, la justice; à gauche, c’est autre chose, le désir, la passion, que sais-je? la démence où nous

tomDoiis sans cesse... J’y suis tombé moi-même, vous y tomberez peut-être et j’y retomberai... Car l’homme est ainsi fait... Une douleur qui ne devrait pas être une douleur humaine ; est sur le point de vous atteindre... Et moi, qui vois si clairement qu’elle ne sera pas proportionnée au mal qu’elle représente, j’ai fait de mon côté une promesse plus folle encore que cette douleur qui sera folle... Et cette promesse folle sera tenue très follement par le sage que je voudrais être et qui vient vous parler au nom de la raison... J’ai promis, si vous rejetez l’offre, de retourner au camp de Fennemi... Que m’arrivera-t-il?... Il est probable que la torture et la mort seront la récompense d’une loyauté stupide... Et néanmoins j’irai... J’ai beau me dire que c’est un reste de folie que j’habille de pourpre pour me faire illusion; je ferai la folie que je blâme car je n’ai pas non plus la force nécessaire pour suivre ma raison... Mais je ne vous dis pas... Ah! tenez, je me perds; j’entrelace des phrases, j’accumule des mots pour reculer un peu le moment qui décide... Mais peut-être ai-je tort de tant douter de vous!... Eh bien, ce grand convoi, ces vivres que j’ai vus ; des chariots qui débordent de blé, et d’autres pleins de vin, de fruits et de légumes ; des troupeaux de moutons et des troupeaux de bœufs, de quoi nourrir un peuple pendant des mois entiers, tous ces tonneaux de poudre et ces lingots de plomb, de quoi vaincre Florence et faire refleurir Pise ; tout cela entrera dès ce soir dans la ville, si vous envoyez en échange, pour la livrer à Prinzivalle, durant une seule nuit, car il la renverra aux premières lueurs de l’aurore, mais il exige en signe de victoire et d’abandon, qu’elle vienne seule et nue sous son manteau...

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