‹ Monna VannaChapitre 6 sur 55 · ACTE Pi^EMIER, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE Pi^EMIER, SCENE II

lion clémente qu’elle offrait. La ville sera prise d'assaut. On lancera contre elle les mercenaires espagnols et allemands. Il est superflu de donner à ceux-ci des ordres spéciaux quand il s’agit de viols, de pillage, d’incendies, de massacre... Il suffît qu’ils échappent au bâton de leurs chefs, et leurs chefs, ce jour-là, auront soin de paraître impuissants. Voilà le sort qu’on nous réserve; et la ville au lys rouge, si le désastre est plus cruel qu’elle n’ose l’espérer, le déplorera la première, et l’attribuera tout entier à l’indiscipline imprévue de soldats de hasard qu’elle licenciera avec des gestes de dégoût, lorsqu’après notre ruine elle pourra se passer de leur aide...

GÜIDO.

Je reconnais Florence.

MARCO

Voilà les instructions verbales et secrètes que les commissaires de la République ont transmises àPrinzivalle. Depuis huit jours ils le pressent de livrer cet assaut décisif. Jusqu’ici, il l’a retardé sous divers prétextes. D’autre part, il a intercepté des lettres où les commissaires, qui épient tous ses gestes, Paccusent de trahison devant la Seigneurie. Pise détruite et la guerre terminée, le jugement, la torture et la mort l’attendent à Florence, comme ils y attendirent plus d’un général dangereux. Il connaît donc son sort.

GÜIDO.

Bien. Que propose-t-il ?

MARCO

Il répond, — autant du moins qu’on peut répondre des sentiments de ces saunages ondoyants, — il répond d’une partie des archers, que lui-même enrôla. En tout cas, il est sûr d’une garde de cent hommes qui formera le noyau de sa troupe, et lui est entièrement dévouée Il vous propose donc de faire passer dans Pise, pour la défendre contre l’armée qu’il abandonne, tous ceux qui voudront bien le suivre.

GÜIDO.

Ce ne sont pas les hommes qui nous manquent; et nous n’avons pas besoin de ces dangereux auxiliaires. Qu’on nous donne des balles, de la poudre et des vivres...

MARCO

Bienl II a prévu que vous rejetteriez une offre qui peut sembler suspecte. Il s’engagera donc à introduire dans la ville un convoi de trois centà chariots de munitions et de vivres qui vient d’arriver dans son camp.

GÜIDO.

Gomment fera-t-il?

MARCO

Je ne sais. — Je n’entends rien aux ruses de la guerre et de la politique. — Mais il fait ce qu’il veut. Malgré les commissaires de Florence, il est l’unique maître dans son camp, tant que la Seigneurie ne Ta point révoqué. — Et elle n’oserait le révoquer à la

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