‹ Monnaies CarlovingiennesChapitre 2 sur 38 · DIT OU · texte numérisé non relu

DIT OU

la trouvaille faite en 1837 à Belvezet, près d'Uzés, trouvaille qui eut à cette époque le rare bonheur d’être expliquée et décrite par mon savant maître et ami M. F. de Saulcy *.

Voici où et comment ces monnaies ont été exhumées :

À une faible distance du gros bourg d’Apremont, dans le département du Cher, s'élèvent, sur la rive gauche et près des bords de l'Allier, les élégantes tourelles du château du Veuillin, propriété patrimoniale et résidence habituelle de la famille Du Verne de Touteuille. La position, aussi attrayante que poétique de ce château, presque entouré de bois et de prairies, est de celles qu’on se plaît parfois à rêver pour y établir sa demeure. Du haut de l’éminence où jadis son premier maître l’a assis, l'œil domine et embrasse tout à la fois la partie supérieure et le cours inférieur de la rivière, dont les eaux vertes vont, à trois kilomètres plus bas, se mêler et se confondre avec celles de la Loire ; au pied même du Bec-d’Allier, joli village qui doit son nom à sa configuration topographique, laquelle formant en cet endroit une sorte de forte avancée ou de cap, déter-

1— Voy. Revue numism., 1837, p. 347 et seq.

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mine le point extrême et dernier où finit de ce côté l’ancienne province du Berry.

De ce village jusqu à Nevers on compte de 7 à 8 kilomètres, y compris la largeur du fleuve.

Cest dans un champ voisin et dépendant de ce château que, vers le milieu du mois de juin 1871, trois ouvriers employés à des travaux de labour découvrirent et mirent au jour les débris d’un petit vase d’argile* rougeâtre et grossière contre le fond duquel venait de se heurter le soc de leur charrue; ce qui fit que son contenu se répandant çà et là sur le sol offrit à leurs yeux émerveillés un amas

1— Quand je dis un vase d'argile, je devrais peut-être dire deux vases plutôt qu’un; car d’après l’examen et la comparaison que j'ai faits d’une vingtaine de fragments qui sont encore entre les mains de M. du Verne, il me paraït à peu près certain que ces divers fragments ne sauraient appartenir à un seul et même vase : les uns sont très-minces, d’une pâte jaunâtre, poreuse et très-peu cuite, tandis que les autres sont d’une épaisseur au moins double, d’une terre rouge-brun, très-compacte et bien cuite.

Il ne me parait pas non plus entièrement prouvé que ce ou ces deux vases aient été tout récemment brisés par le soc de la charrue, car si J'en juge par les fragments que j'ai vus et qui offrent une cassure déjà usée, il faudrait faire remonter la cause de l'événement à plusieurs années au moins. Très-probablement la charrue, dans son mouvement de va-et-vient annuel, aura poussé devant elle et éparpillé quelques-unes de ces rmunnaies; et c'est ce qui expliquerait pourquoi M. du Verne à pu en recueillir un certain nombre à plus de 20 mètres de l’endroit où avaient été primitivement déposés ce ou ces vases.

Se M es assez considérable de menues monnaies d'argent, toutes très-minces mais, en revanche, très-brillantes.

Au premier étonnement, que fit éprouver à ces trois hommes la vue d’une trouvaille aussi inattendue, succéda bien vite le désir de se l’approprier, en même temps que la pensée cupide d'en opérer de suite le partage avant l’arrivée et — je n'ai pas besoin de le dire — à l'exclusion et au détriment du maître, absent dans le moment. Par bonheur pour lascience, M. du Verne n’était pas loin ; il fut prévenu et put accourir encore assez à temps pour sauver ce petit trésor qui, immanquablement, n’aurait pastardé à être vendu ou dispersé sans que plus tard il fût possible de constater d'une manière quelconque, soit le nombre exact, soit l’espèce particulière des monnaies que le vase avait renfermées.

Grâce à la parfaite obligeance de M. du Verne — auquel je renouvelle ici mes sincères remerciments—ces monnaies m'ayant été presque immédiatement envoyées en communication par l'entremise de notre ami commun M. le docteur Edmond Thomas, j'ai pu prendre connaissance, d’abord des trois cent soixante-dix pièces ramassées dans le premier moment sur les lieux mêmes et qui, vraisemblablement, constituaient le fonds principal de la trouvaille; puis, quelques jours après, d’un autre lot à peu près égal, de ces mêmes monnaies qu'il parvint à recueillir, pour ainsi dire une à une, en faisant tamiser et passer minutieusement au crible toute la portion de terrain où s'était tout d’abord

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manifesté l’enfouissement : opération des plus sensées, qui eut pour résultat de procurer à son auteur un certain nombre de variétés nouvelles dont aucun échantillon n'avait, jusque-là, figuré dans le dépôt primitif,

Si maintenant on s en rapporte, d’une part, aux informations qui ont été soigneusement prises tant dans les environs du Veuillin que chez les différents orfévres ou marchands de Nevers (auxquels je suis sûr, personnellement, qu'on na encore rien présenté); si, d'autre part, on tient compte, comme il est juste de le faire, de l’intelligente opération exécutée par M. du Verne, laquelle — tout porte à le croire — paraît avoir complétement épuisé ce filon monétaire, on peut, sans risque, évaluer le contenu total du dépôt à sept cent cinquante ou huit cents pièces environ, et l’on peut par suite établir, dès à présent, comme une chose extrêmement probable, sinon rigoureusement certaine, que c'est là tout ou à peu près tout ce que la terre a restitué ou restituera désormais.

Telle est, dans toute sa vérité, le bilan authentique de cette trouvaille, sur laquelle j'ai cru devoir donner ce dernier détail, afin de rassurer les amateurs, auxquels — dans un but facile à deviner, et la rumeur publique aidant —on voudra peut-être essayer de persuader que la récolte à été plus riche et infiniment plus abondante qu'elle ne l’est en réalité. Ge genre de manœuvres intéressées n'aurait en soi rien d’extraordinaire ni qui fût bien nouveau. Il suffira de

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rappeler, à titre d'exemple, l’histoire du fameux trésor d'Imphy, dont, tout d’abord, on avait tant exagéré l’importance et qui pourtant, dépouillement fait, n’a pas rendu au delà des 103 à 104 Deniers annoncés dans le principe”.

Toutes ces monnaies, au moment où jécris, ont été acquises par MM. C. Rollin et Feuardent.

1— Puisque j'en suis sur ce chapitre, je ne saurais passer sous silence ni oublier de consigner ici le récit d’un incident qui a marqué la première phase de la trouvaille, incident dont, à la vérité, le fond est authentique, mais dont tous les détails qui l'ont accompagné, aussi bien que la valeur réelle de l’objet. auquel cet incident se rattache, ont été tellement défigurés, ou plutôt tellement exagérés en passant par la bouche ignorante des gens du pays, qu'il est urgent d'en dire deux mots, ne fût-ce que pour faire cesser les bruits contradictoires qui circulent encore à ce moment, en ramenant les faits à de plus justes mais infiniment plus humbles proportions.

Je veux parler de cette magnifique croix qui aurait été recueillie sur le terrain en même temps que les médailles, laquelle croix n’était rien moins, au dire de prétendus témoins oculaires, qu’en or massif, de la longueur du doigt et de plus surmontée d’une belle couronne d'épines ciselée et travaillée en perfection. Cette soi-disant croix d’or, après avoir été offerte en présent à la fille de l’un des trois inventeurs, avait peu après tout à coup disparu sans qu’on püt savoir ce qu'elle était devenue; delà mille conjectures plus étranges et plus merveilleuses les unes que les autres.

Eh bien, cette croix dont la perte était d'autant plus regrettable qu’elle pouvait nous fournir un spécimen authentique de l’art de l’orfévrerie au 1x° siècle, cette croix a été retrouvée et rapportée à M. du Verne. Je l’ai vue et maniée; j'en puis donc parler avec connaissance de cause et dire :

1° Qu'elle n’est point du tout en or massif, mais en cuivre jaune;

2 Qu'elle n’est pas de la longueur du doigt, mais de 3 à 4 centimètres au plus;

3° Qu'elle n'est pas surmontée d'une belle couronne d'épines,

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Pendant les quelques jours qu’on a bien voulu me laisser la libre disposition de ces monnaies, j'ai donc eu tout le temps nécessaire pour les étudier à mon aise, pour les classer, pour les peser, finalement pour en dresser un catalogue descriptif aussi exact que je l’ai pu; catalogue que je vais, dans un instant, faire passer sous les yeux du lecteur.

J'ajoute que ce travail n'étant, à proprement parler, qu'une simple nomenclature destinée uniquement à renseigner ceux qui s'occupent de la numismatique française, et que n'ayant pas, du reste, la prétention de dépasser ce

mais percée à son extrémité supérieure d’un trou destiné à recevoir un anneau, et qu'elle n'offre pour tout ornement qu’un petit rond pointillé placé au centre de l’embranchement.

Telle est l’histoire véridique de cette croix. Il se peut qu’elle date réellement de l’époque Carlovingienne, puisqu'on assure qu’elle a éte trouvée au milieu des médailles, et qu’à présent nous n’avons plus le moyen de contrôler efficacement cette assertion. Dans tous les cas, l’objet que j'ai vu n’est pas de nature à nous renseigner beaucoup, encore moins à nous donner une idée, même approximative, de ce qu'était l'art de l’orfévrerie au temps de Charlemagne.

Au surplus et pour couper court, voici, avec sa dimension, la figure exacte, quoique un peu flattee, de ce... bijou.

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