Monnaies des nomes de l'Egypte
Les monnaies frappées au nom de quelques empereurs romains dans les différents nomes de l’Égypte ont attiré depuis longtemps l'attention des numismatistes et des archéologues par la grande variété de leurs revers. Aussi la description et le classement de ces pièces ont-ils déjà donné lieu à de nombreuses et savantes recherches. Mais de ces travaux, les uns datent d’une époque où le déchiffrement des hiéroglyphes n’avait pas encore été sérieusement entrepris ; les autres, quoique plus récents, n’ont cependant pas eu pour base les renseignements si précieux que les inscriptions géographiques de l’Égypte, publiées en grand nombre depuis quelques années, ont mis entre les mains des égyptologues. Ces nouveaux matériaux de comparaison permettent aujourd’hui de chercher, dans les documents égyptiens eux-mêmes, l’explication des divers emblèmes gravés au revers des monnaies des nomes, en mettant de côté les assimilations plus ou moins heureuses que les Grecs et les Romains avaient pu y introduire en les adoptant.
Tôchon d’Annecy, profitant des descriptions publiées avant lui par Zoëga, Eckhel, Mionnet, etc., et comparant entre eux les types répandus dans les divers musées d'Eu-
rope, travailla pendant les dernières années de sa vie à son ouvrage sur Les médailles des n ornes d'Égypte, qui parut en 1822, après sa mort. Malgré les découvertes plus récentes et les travaux qui en furent la suite, ce mémoire remarquable restera le fondement de l'étude de la numismatique des nomes.
M. Bircb, dont les travaux égyptologiques sont justement appréciés du monde savant, entreprit à son tour, en 183t> ', la description de ces monnaies : quelques aperçus nouveaux et l’interprétation exacte de certains symboles laissés inexpliqués par Tôchon, furent le résultat de ses recherches.
Dans son Musée des antiquités égyptiennes, M. Charles Lenormant apporta de son côté quelques explications nouvelles. On voit apparaître chez ces deux derniers auteurs la préoccupation de rechercher dans les sources égyptiennes le principe de leurs interprétations ’.
Une Numismatique des nomes d' Égypte, publiée en 1852 par M. V. Langlois, contient un résumé assez complet des travaux parus jusqu’à cetteépoque. Le progrès se reconnaît d'autant moins facilement dans cet ouvrage que les descriptions proposées par l’auteur ne correspondent nullement au dessin des monnaies donné dans ses planches, qui ne semblent qu'une reproduction servile de celles de Tôchon et de M. Charles Lenormant.
En ajoutant une description sommaire des monnaies des nomes données en 1851 parM. Parthey 5 et quelques arti-
1 Besearches relative to the connection of the deities represented upon the coins of egyptian nomes icith the egyptian Panthéon , dans le Numismatic Chronicle (1839), p. 86 et sqq.
* Mus. des antiq. égyptiennes, Paris, 1841, in-fol., p. 62 et ?qq., pl. XXXV.
3 Die Gaumunzen Aegyplens , avec une carte, dans les Beitrüge zur ülteren Mûnzkunde von Pinder und J. Friedlünder, 1851, t. I, p. 137, sqq.
clés disséminés dans les revues, on aura, je pense, la bibliographie des principaux ouvrages entrepris sur le sujet qui nous occupe.
Après d’aussi nombreux et d’aussi savants travaux, notre but n’est pas de refaire une étude complète et détaillée des monnaies des nomes, mais seulement de grouper ici les résultats d’études spéciales, entreprises depuis quelques années, sur les inscriptions géographiques retrouvées sur les monuments égyptiens. Les listes anciennes des nomes ont offert en effet les détails les plus curieux et souvent les plus inattendus sur le culte spécial* la religion et l'administration de chacun d’entre eux. D’après cette même source de renseignements, nous avons pu comparer d’une manière plus approfondie les listes grecques avec la série ancienne et proposer des identifications nouvelles très-importantes pour l’étude de la géographie antique de l’Egypte ’.
Pour chaque monnaie nous donnerons le nom égyptien du nome antique correspondant * ; nous ajouterons celui du chef-lieu, tel qu’il nous est donné par les inscriptions, parce que, le plus souvent, c'est avec ce nom que les Grecs et les Romains ont composé celui du nome. Après quelques mots sur le culte principal du nome, nous aborderons l’explication des emblèmes gravés sur ces monnaies.
Pour ce qui regarde la numismatique proprement dite, c’est-à-dire, le poids, lagraudeur, la date d'émission, etc.,
* Nous n’aurons pas & en donner ici les preuves, nous bornant à renvoyer aux articles que nous avons publias sur ce sujet dans la Revue archéologique : « Textes géographiques du temple d'Edfou. » 1865, t. I, p. 353; t. II, p. 193, p. 321 ; 1866, t. II, p. 297; 1867, t. I, p. 330; 1870, t. Il, p. 1 ; 1872, t. I, p. 65.
* La série romaine étaut, par suite de divisions nouvelles, plus considérable que celle des Egyptiens, il y aura nécessairement des lacunes dans les assimilations.
il suffît de renvoyer aux ouvrages cités ci-dessus, où ces questions ont été surabondamment traitées ; rappelons seulement que les monnaies des nomes semblent avoir été exclusivement frappées aux noms de Trajan, Hadrien, Antonin-le-pieux, et de Marc-Àurèle, lorsqu’il était césar; on a cité aussi quelques pièces de Domitien Hadrien est le seul sous lequel aient été frappés les petits bronzes.
Les grands bronzes présentent au revers un personnage, assimilé à quelque divinité du panthéon grec ou romain, qui tient sur sa main un symbole en rapport avec la divinité spéciale du nome égyptien.
Les petits bronzes de 3* grandeur ne sont généralement qu’une reproduction, avec quelques variantes de costume ou d’attitude, des monnaies de grand bronze.
Enfin sur les monnaies de petit bronze de A* grandeur, l’attribut, qui occupe seul le champ du revers, est presque toujours celui qui se voit sur la main du personnage du grand-bronze *.