JACQUES DE CHATEAU-GONTIER
1906. I.COMES PERTICI. Croix cantonnée d'un croissant au 1 er . $. Type à droite ; le pieu de gauche crénelé ; le poteau percé en annelets ; au-dessus , un croissant; au-dessous, une croisette; au centre, un annelet; à droite, trois pieux entre deux besants.
Coll. Lecoîntre-Dupont. — PI. XXXIX, n° 20.
L'attribution de ce denier est fort embarrassante, d'autant plus que la lecture de l'initiale indiquant le nom du comte est douteuse. M. Lecointre-Dupont croit y voir un I, et M. Cartier se rallie à cette opinion. Tous deux proposent de le donner à Jacques de Château -Gontier. Ce seigneur n'était pas, il est vrai, comte du Perche; mais il en prenait le titre et revendiquait le surplus des domaines formant le comté du Perche, qui ne lui avaient pas été attribués par un partage fait en 1227, et auxquels il ne renonça , comme je l'ai déjà dit, qu'au mois de juin 1257.
Depuis , et dans la brochure où il a réuni ses Lettres sur Vhistoire monétaire de la Normandie et du Perche, M. Lecointre-Dupont dit que, en supposant que l'attribution à Jacques de Château -Gontier serait rejetée, on pourrait proposer de donner cette pièce à « Enguerrand III de Coucy, qui, après la mort de Geoffroi IV, comte du Perche, arrivée le 14 avril 1205, épousa Mathilde de Saxe, veuve de ce dernier, fut tuteur avec elle du jeune Thomas, son beau-fils, et prit en cette qualité le titre de comte du Perche. La lettre I pourrait être l'initiale du nom Ingelrannus aussi bien que du nom Jacobus, L'émission de celte monnaie se placerait alors entre l'année 1206, époque du second mariage de Mathilde, et 1210, date de la mort de cette princesse. »
A mon tour, j'ai à mettre en avant une autre attribution qui, cependant, n'est que conditionnelle. M. Cartier dit que lui et M. Lecointre-Dupont ont hésité dans la lecture de l'initiale entre un I et un P, et qu'ils ont, un moment, pensé à Pierre, fils de saint Louis. Si réellement cette lettre était un P, ne pourrait-on pas y voir le nom de Pierre, second fils de Jean I er , duc de Bretagne? Ce prince, né en 1241, est mort en 1268. Il était possesseur de la seigneurie de Nogent-le-Rotrou , ainsi qu'il appert d'un acte du 13 juin 1265, conservé dans le cartulaire des sires de Rays, déposé au château de Serrant. M. Paul Marchegay en a publié , dans la Revue des provinces de VOuest (3 e année, pag. 465) , une analyse que je vais donner en entier :
« 43. 13 juin 1265. Charte de Pierre, fils de Jean, comte de Bretagne, par laquelle , du consentement de sondit père et de son frère aîné Jean , il cède à Anne ou Ame, fille aînée et héritière de défunt Jacques, seigneur de Château-Gontier et de Nogent-le-Rotrou , et femme de Girard Chabbot , seigneur de Rays, par lequel elle est autorisée : 1° la seigneurie de Vue, avec toutes ses dépendances et charges, telle que son père l'a lui a donnée ; 2° la terre de Maumusson , ou , si le retrait en est opéré, 100 I. de rente sur les garennes de Pirmil et une terre dans la châtellenie de Saint-Philiberl-de-Grand-Lieu , laquelle a appartenu à la veuve de Négrier ; le droit maritime, appelé le Gail; en échange desquels il reçoit les château, terre et seigneurie de Nogent-le-Rotrou, dans les comtés du Perche et de Chartres, avec leurs dépendances , notamment le droit de battre monnaie. 217. »
Cette charte est positive. On voit que Jacques de Château-Gontier et ses héritiers possédaient ou , du moins , s'attribuaient le droit de battre monnaie. Peut-être Pierre de Bretagne a-t-il tenté d'exercer ce droit. La seule objection que l'on puisse faire ,
c'est que, en devenant acquéreur de Nogent-le-Rotrou , il n'avait pas le droit de prendre le titre de comte du Perche; mais, comme ses prédécesseurs s'en décoraient, il n'est pas impossible qu'il ait momentanément adopté toutes leurs prétentions.
Pour vider complètement cette question numismatique et historique , il est indispensable que l'on trouve un nouveau denier à ce type , où l'initiale du nom du comte soit bien apparente. D'un autre côté, comme il y a près d'un demi-siècle de différence entre les attributions proposées, un exemplaire bien conservé pourrait, par son style, donner des indications péremptoires.