‹ Monnaies féodales de FranceChapitre 121 sur 275 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

Dès le commencement da ix* siècle , Sens a eu des comtes amovibles. Le premier que l'on connaisse , du nom de Manerius ou Magnerius , mourut en 839. Fromond , par suite des services qu'il avait rendus à Hugues-le-Grand , comte de Bourgogne , fut nommé par lui , en 941 , comte de Sens ou confirmé dans celle dignité. Ce fut la souche des comtes héréditaires. Sa postérité en jouit jusqu'à la mort du comte Hcnaud II , arrivée en 1055. Ce comte ne laissant pas d'enfant, le roi Henri se saisit du comté de Sens et l'unit à la couronne , dont il n'a pas été depuis détaché.

On voit , par ce court exposé , que la numismatique sénonaise est, pour la partie féodale, circonscrite dans une courte période; pourtant elle est fort intéressante et soulève même quelques questions ardues , qui , quoiqu'elles aient été l'objet d'études assez suivies , n'ont pas toutes été complètement résolues; et, malgré tout, les numismalistes ne sont pas d'accord sur les questions principales. Je vais extraire de leurs travaux ce qui me parait acceptable.

L'atelier monétaire de Sens , mentionné dans l'édit de Pistes , eut une grande prépondérance, et son influence se fit sentir dans le voisinage. M. de Barthélémy (Revue, 1860, pag. 372) avance que cette influence fut telle, que des monnaies, quoique portant le nom de cette ville archiépiscopale, n'y ont pas élé toutes fabriquées. Il établit, par des arguments qui ne manquent pas de force, les causes du monnayage à Sens des rois de France, jusqu'à l'époque où le comté devint héréditaire.

A Sens, comme presque .partout ailleurs, l'empreinte carlovingienne fut d'abord utilisée par les comtes. On n'en peut pas douter, en voyant l'extrême dégénérescence des légendes et de la fabrique de quelques-unes des pièces portant le monogramme carolio.

D'après MM. B. Fillon cl Salmon, les évêques de Sens auraient simultanément frappé monnaie avec les comtes. Ils puisent leur conviction dans l'examen du style des monnaies, dont quelques-unes, quoique avec des types divers , leur semblent contemporaines. Je ne crois pas que celte conjecture soit acceptable. Sans y recourir, on peut classer toutes les pièces que nous connaissons.

Je répudie encore l'opinion que, d'après les notes de M. B. Fillon, j'avais acceptée dans ma Description , et qui tendrait à établir que des monnaies comlales auraient été fabriquées à Sens postérieurement à la réunion de celte ville à la couronne. A partir de celle époque, nous avons des monnaies de Henri Ier, Philippe I" et de Louis VI oa VII , qui n'ont aucun rapport avec les pièces que mon collègue aurait voulu déclarer seigneuriales. Pourtant il faudrait nécessairement placer leur émission pendant le règne de ces rois. Admettre, avec M. B. Fillon, que des agents secondaires ont usurpé les droits régaliens est une témérité que rien ne justifie. Malgré l'absence de tout lexte qui puisse éclairer ce poinl litigieux , je crois que, sans torturer l'histoire,

on peut, à la rigueur, opérer une classification acceptable. On doit placer d'abord les monnaies â l'empreinte royale altérée , puis celles qui sont signées par le comte Renaud et les deniers à revers anépigraphe ; enfln , à partir de la réunion , les monnaies sont purement royales , jusqu'à ce que , sous Philippe-Auguste, l'atelier de Sens ait cessé de fonctionner.

Je ne puis pas m'empecher de dire un mot de la controverse qui a eu lieu entre MM. de Longpéricr et Salmon. Les monnaies portant SENNES appartiennent à Sens, d'après M. Salmon ; tandis que M. de Longpérier les donne à Senheim. Comme cela n'importe nullement à mon sujet, puisque ces pièces doivent être données à Charlemagne, je me contenterai de dire qu'à mon avis, les raisons données de part et d'autre ont quelque force mais ne sont pas concluantes, et qu'il pourrait bien se faire que le* Sennes no sortissent ni de Sens ni de Senheim.

M. Salmon a consacré à la monnaie de Sens trois articles étendus , l'un dans In Revue num. fr. (1854, pag. 186), les deux autres dans la Revue num. belge (2e série, tom. v, pag. 373, et 3* série, tom. i", pag. 61). Il y passe en revue toutes les pièces connues , et aborde presque toutes les questions. MM. de Barthélémy et Bretagne , en traitant de la monnaie d'Auxerre , parlent aussi de celle de Sens , qui eut avec elle beaucoup de points de contact. Les observations que je viens de consigner ici sont, pour la plus grande partie, le résumé de leurs travaux.

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