GRENOBLE
C'est à la deuxième moitié du iv« siècle que remonte la création du Pévêché de Grenoble , qui eut Domninus pour premier évêque. Ce siège était d'abord suffrnganl de celui de Vienne. Ce n'est qu'en 1790 qu'il est passé dans le ressort de la province ecclésiastique de Lyon.
Les espérances qne , dans ma Description , je formais sur l'ouvrage de M. Henri Morin n'ont point été déçues. Ce jeune et habile numismatistc apporte non-seulement <les documents inconnus , mais encore toute une série de monnaies qui ouvrent un champ tout nouveau. Ces documents et les monuments monétaires se corroborent les uns par les autres. J'ai été assez heureux pour glaner après lui quelques pièces qui, si elles n'apportent pas de nouvelles lumières, servent au moins à augmenter le fai^rcau >le preuves et à donner plus d'importance a celte rare série.
Voici ce qui ressort des notions historiques fournies par M. Henri Morin. Au x' siècle, la puissance des évêques de Grenoble s'était agrandie aux dépens de celle des rois de Bourgogne. L'origine de celte puissance était due à ce que l'évéquc lsarne, prélat guerrier et entreprenant , était parvenu à chasser une nation païenne , que l'on suppose être les Sarrazins , du territoire qu'elle occupait dans son diocèse. Cette victoire lui avait donné un tel ascendant , que le pouvoir politique qu'il exerçait balançait presque celui des rois de Bourgogne , si bien qu'il n'était soumis qu'en apparence à leur suzeraineté. Cet état de choses dura jusqu'au milieu du xi* siècle. A coite époque, la fin de la dynastie rodolphienne était arrivée, et la féodalité, qui depuis longtemps était en germe, n'avait pas tardé à se constituer. Dès 1040, un seigneur du nom de Guigues prenait le litre de comte de Graisivaudan , disputait aux évéques de Grenoble leurs privilèges, et finissait par les leur enlever les uns après les autres. De cet établissement féodal naquit la branche des comtes de Graisivaudan el d'Albon , tige des seigneurs du Viennois. M. Morin conjecture que la puissance de l'évêque , si restreinte qu'elle fut, se maintint loul entière dans la ville de Grenoble, où les comtes n osèrent ou ne purent pas s'établir.
Voyons maintenant si les monnaies sont d'accord avec ces données historiques. Ce <|oi a eu lieu ailleurs ne pouvait pas manquer de se passer à Grenoble. Là, comme partout, la numismatique est le reflet de l'histoire. Les établissements monétaires suivent toujours le cours des événements qui peuvent influer sur leur création. Du partage de Pautorité entre les comtes et les évéques devait naître une association pour le monnayage. Aucun texte ne vient à l'appui de celte supposition ; mais les monuments monétaires suffisent pour en donner la preuve. Toutefois, celle association n'eut point lieu dès le début de l'affaiblissement du pouvoir des évéques. Nous avons des monnaies frappées évidemment par des prélats postérieurement au milieu du xi* siècle, de même que les espèces sur lesquelles on reconnaît avec certitude les résultats de l'association de pouvoir et de droits ne remontent pas plus haut que le dernier quart du xin* siècle, c'est-à-dire lorsque la puissance des dauphins de Viennois était solidement établie.
La série des monnaies des évéques de Grenoble se divise donc en deux périodes. La première dut commencer au x' siècle, quoique nous n'a y ions jusqu'à présent rencontré aucune monnaie que l'on puisse faire remonter si haut, et qu'aucun texte ne vienne à l'appui de ce monnayage. Nous n'avons que des deniers émis dans le courant du xv siècle. Ils ont pour type une tête de profil à droite, avec le nom de Saint Vincent. C'est donc l'effigie de ce Saint que l'on a voulu représenter. Le type du revers a toujours été le même pendant toute la durée du monnayage.
Ici je dois soulever une question. La tête qui se voit sur ces deniers ofTre-t-elk' réellement le profil de Saint Vincent, et celle léle ne serait-elle pas la copie de celles que l'on trouve sur les monnaies de Vienne? M. Morin semble voir à Grenoble un type traditionnel et particulier aux évéques de celte ville. A l'appui de celle opinion , on peut dire que ce type a élé copié par les évéques de Maurienne et de Genève, et par les seigneurs d'Aiguebcllc ; si tant est que ce type soit réellement né à Grenoble et <|u'il n'3it pas pris son origine dans un des lieux que je viens de citer. Sur les monnaies de Vienne la léle est différemment agencée et tournée d'un autre côté. On peut donc admettre que ces deux types sont distincts l'un de l'antre et qu'ils ont été créé* presque simultanément à Grenoble et à Vienne.
La deuxième série des monnaies de Grenoble n'était pas connue avant la publication de l'ouvrage de M. Morin. En les produisant et eu les déterminant, par des arguments qui semblent sans réplique , le numisaialisle dauphinois a rendu un grand service à la science. Sur ces monnaies , qui sont d'abord anonymes , on voit d'un coté le titre du dauphin de Vienne , et de l'autre côté celui de l'évêquc de Grenoble ; puis viennent des pièces avec le nom et le litre de dauphin et le nom de Saint Vincent au revers.
Cette alliance monélaire dura jusqu'au milieu, ou du moins jusqu'au premier quart du xiv* siècle , puisque nous avons des espèces au nom du dauphin Guigues , et que ,
parmi elles, on en remarque une qui ne peut êlre attribuée qu'à Guigues VIII , qui mourut en 1333.
Les monnaies des évêques de Grenoble , pour les deux périodes , sont également