DAUPHINS DE VIENNOIS
Que les dauphins de Viennois , qui , dès le xi* siècle , prirent lo titre de comtes d'Albon , aient primitivement possédé le château de ce nom, ou qu'ils tirent leur origine des comtes de Graisivaudan , c'est ce qui n'est pas établi d'une manière certaine et ce qui importe assez peu à notre sujet. On s'accorde seulement à leur donner pour chef un comie Guigues qui, dès 1040, aurait contrebalancé la puissance desévêques de Grenoble. Le comté de Viennois resta dans la descendance de Hugues jusqu'en 1349; mais, dès 1343, Humbert II , dauphin , dont les finances étaient en si mauvais état, qu'il lui avait fallu songer, pour sortir d'embarras, à tirer parti de la cession de
•on comté, avait fait avec le roi de France un arrangement par lequel la succession <lu comté était attribuée au second fils du roi ou a tout autre de ses enfants qu'il lui plairait d'y appeler. L'année suivante, cette donation fut transportée à Jean , duc de Normandie, fils aîné du roi ; enfin , en 131'J , eut lieu l'abdication pleine et entière île Humbert en faveur de Charles, fils aîné du duc de Normandie. Depuis lors le Viennois fut toujours dévolu au fils aîné du roi, qui prenait le litre de dauphin.
En confirmant à Guigues, comte de Grenoble, la possession de tous les bénéfices héréditaires de la maison d'Alhon , l'empereur Frédéric , en 1155 , y ajouta les droits de faire battre monnaie. L'empereur Frédéric II confirma ce privilège en 1538.
Nous n'avons de monnaies delphinales qu'à partir du \W siècle. Faut-il en tirer la conséquence que les comtes de Viennois n'ont de leurs droits que postérieurement à la confirmation ? Je crois plulrtl . avec M. Morin , qu'il faut espérer que des espèces plus anciennes nous viendront tôt ou tard.
Les premières espèces que nous ayons sont au type du dauphin. S'il est vrai, comme on le croit, que les comtes d'Alhon n'adoptèrent cet emblème que dans le cours du xnr siècle, les monnaies primitives devraient avoir une autre empreinte. Le type du dauphin fut conservé pendant tout le monnajape comlal ; et même, quand le Viennois vint en possession de la maison de France, tout en copiant les monnaies royales, les dauphins les marquèrent toujours du poisson symbolique.
Par suite des recherches approfondies de M. Morin, la numismatique do Dauphiné s'est singulièrement enrichie. Ayant étendu mes investigations dans toutes les collections de France, j'ai pu ajouter à sa nomenclature un grand nombre de variétés nouvelles dont quelques-unes ne manquent pas d'intérêt. Toutefois , elles ne dérangent rien aux appréciations des numismalisles dauphinois.
M. Morin a fait connaître, en outre, une immense quantité de documents monétaires. Sous peine de composer plus de deux cents volumes , je n'ai pas pu suivre une marche semblable, d'autant plus que, pour sa province seulement, j'aurais pu publier beaucoup de titres qui m'ont été offerts et qu'il n'a pas connus. Il avoue, du reste, luimême qu'il a été obligé de faire un choix des matériaux mis à sa disposition.