ABBAYE DE CLUNY
par M. Lecoinlrc-Dupont dans son Essai sur les monnaies du Poitou. Il en résulte que Guillaume, duc d'Aquitaine, confirma à l'abbaye de Cluny le don des ateliers de Saint- Jean-d'Angély et de Niort, de manière que leurs produits Tussent semblables à ceux que l'on frappait à Poitiers. Si la monnaie de Poitiers change, celle-ci changera ; si à Poitiers on frappe des deniers, ici on en frappera; si on émet des oboles (mediacttlœ), ici on en émettra. M. de Barthélémy fait remarquer l'extrême libéralité du duc, qui, non content, comme on le faisait souvent, de faire participer celui qu'il voulait favoriser aux bénéfices du monnayage, le lui abandonnait tout entier. De la sorte, les abbés de Cluny se trouvèrent de fait fabriquer de la monnaie ducale. Les successeurs de Guillaume augmentèrent encore ces libéralités. Agnès, veuve de Guillaume-le-Grand, et ses fils assurèrent de nouveau à l'abbaye monelam lolam auam habebant in tilta qua Hominatur Angeliacus et in alia villa qua dicitur Mvlgonus. Gui-Geoffroi en fit autant, à son tour, pour l'officine de Niort.
Quelles étaient les espèces que l'on a fabriquées à ces diverses époques à Niort , à Saint-Jean-d'Angély et à Mougon ? J'ai déjà parlé de la monnaie de Niort à l'article du Poitou , et je suis toujours dans les mêmes idées ; c'est-à-dire que , dans ces différents lieux, on a dû émettre des espèces à l'empreinte melloise. Peut-être quelque jour parviendra-t-on à établir les distinctions entre les monnaies de ces ateliers, quoique ces pièces portent le même nom et le même type. Il n'est peut-être pas indifférent de faire observer que l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély et le prieuré de Mougon dépendaient de l'abbaye de Cluny, tandis que je crois que ce monastère ne possédait rien à Niort.
M. de Barthélémy conjecture que l'abbaye de Cluny devait avoir un atelier monétaire à Saint-Gcngoux. Celte petite ville était venue au pouvoir du roi Louis VII en 1164 , par suite du don qu'il s'en était fait faire par l'abbé de Cluny ; elle prit alors le nom de Royal. Ce prince y fa frapper du numéraire, ce qui amena des contestations avec l'abbaye, qui se trouvait entravée dans la circulation de ses produits monétaires, d'autant plus que la monnaie royale était préférée à la sienne. Il résulte d'une charte de HGG, que la monnaie clunisoise courait à Saint-Gengoux conjointement avec la monnaie royale. Par une ordonnance du roi Philippe-le-Hardi , en date du mois de juillet 1281, l'ateUcr de *Sainl-Gengoux fui fermé. On ne connaît point les produits de celle officine.
J'ai dit, dans ma Description, que l'abbaye de Cluny avait des monnaies de valeurs différentes : le denier, le demi-denier et l'obole. Je me suis trompé; je me fondais sur les termes d'une charte inédite de l'abbé Etienne, intitulée : Consuetudines ùllœ Clmiacensis. Je crois utile de les reproduire :
« Art. II. Qui uxorcm duxerit, capellano suo panem, vinum et carnem pro modo facullatum suarum honoriûce dabil. Pro debito isto , capellanus invitus , minimas non accepit , neque is qui uxorem ducit , denarios invitus capellano pro convivio dabit.
■ Art. XV. Qui panes ad vendendum faciant, pro fornagio el debito fornarii majoris et socii sui de panello minimum vel minimatam paste dare debent.
« Art. XVI. Alii qui sibi ad comendendum non ad vendendum paniQcant , pro fornagio et debilo duorum fornarioram de panello obolum vel obolatam pastœ donare debent. »
Je reconnais aujourd'hui que les termes umimas, minimum vel minimatam, obolum vel obolatam , et le mot mediaculœ d'une charte précédente ne sont que des dénominations différentes pour signifier une obole.
Celte fraction du denier a été lente à nous venir ; mais enfin elle a été découverte . et nous ne sommes plus réduits à voir en elle une monnaie de compte. Je crois avoir déjà fait observer que ces petits monuments sont, en général, plus rares à trouver que les deniers, parce que leur extrême fragilité a été une cause de destruction, et qu'ensuite, on négligeait de les recueillir. Aujourd'hui que l'attention s'est portée sur ces objets , si minimes qu'ils soient de taille et de valeur, nous les voyons arriver successivement, et l'on a pu voir, dans le courant de cet ouvrage, combien d'oboles nouvelle* j'ai fait connaître. Dans un temps donné , nous avons l'espérance que presque chaque denier sera accompagné de son obole.
La clef a toujours été le type des monnaies de Cluny. C'était les armes de l'abbaye, qui plus tard y a joint une épée.
Du mot cenobium, qui se lit dans la légende, j'avais tiré la conséquence que la monnaie avait été frappée au nom du monastère. Celte supposition n'csl plus admissible. Nous trouverons bientôt deux deniers signés des abbés de Corbie, avec ce même mol.
A Cluny, aucun abbé n'a mis son nom sur la monnaie. On a lieu de s'en étonner, d'aulanl plus que nous ne connaissons pas de stipulation qui le leur défende, et que leur puissance élail autrement grande que celle des abbés de tant d'autres pelils monastères , qui ont cependant signé leurs espèces.
La tradition populaire place l'officine monétaire de Cluny au château de Lourdon ; cela est croyable. C'était une forteresse peu distante de l'abbaye, où les moines s'empressaient de mettre à l'abri ce qu'ils avaient de plus précieux , chaque fois que les circonstances l'exigeaient; ils en profitaient aussi pour résister au pouvoir. J'ai possédé l'original , aujourd'hui à la Bibliothèque impériale, des lettres d'abolilion données par Henri IV à l'abbé de Cluny (Claude de Guise), pour avoir, dans les guerres de la Ligue , défendu trop longtemps le château de Lourdon contre l'armée royale. Ce fort finit par être démoli et rasé par les ordres du cardinal de Richelieu ce terrible faucheur de châteaux.
5596. * CLVNIACO CENOBIO. Croix. R. PETRVS ET PAVLVS. Dans lt champ , une clef.
DILL. Denier : 1,09. ( Poey d'Avant, n« 1435, et pl. 20, n° i.) Pl. CXX1X, n» 1".
5597. Mêmes légendes et types.
AR. Obole. (Monn. féod. fr. de la coll. Rousseau, n° 761 .) Coll. Ochier, à Cluny. — Pl. CXXIX, n»2.
5598. Mêmes légende et type. à). PETRVw ET PAVLVw. Clef. BILL. Denier : 0,98. flbid., n» 1436, et pl. 20, n9 3.)
Pl. CXXIX, «• 3.
5599. Mêmes légende et type. S droit. La clef est couchée. BILL. Denier. (Revue, 1841, pl. 19, n* 11.)
Pl. CXXIX , n» 4.