‹ Monnaies féodalesChapitre 130 sur 314 · LECTOURE · texte numérisé non relu

LECTOURE

2*77. * SANCTIGINO. Dans le champ un A ou V, un annelet et une cruisette. ^. IIIOTIEL'ITOR. Croix cantonnée d*un point au 1*^^ Billon. Denier. Poids 1».20.

Cabinet de France.

PI. XI, n» 19.

M. de Longpôrier lisait sur ce denier MO^^T^ 1>E LflITOR et au droit il proposait SANCTIGIMO neta. L'étude de cette pièce et la comparaison des caractères nous conduit à la lecture SANCTI GINtV, laissant de côté le dernier signe comme un de ces annelets qu'on rencontre à chaque instant dans la numismatique méridionale; les deux N du droit sont identiques et le deuxième ne peut être assimilé à un M, figuré au revers par trois jambages III.

278. * LECTORAM ou deux A A. Quatre croiseltes dans le champ, fi. CIVITAS EPI. Croix simple.

Biilon. Denier. Cabinet de France.

PI. XI, n«20.

279. * Mômes types au droit et au revers. Biilon. Obole. Poids 0».40.

Cabinet de France et collection Meyer.

PI. XI, n" 21.

J'ai eu la bonne fortune de publier (1) ces trois monnaies qui sont les seules que nous connaissions de Tatelier de Lectoure, aucune de celles publiées par Duby, et d'après lui, par Poey d'Avant, n'ayant été jusqu'à présent retrouvée en nature. Voici ce que j'en disais dans cet article :

Lectoure, une des cités de la Novempopulanie, porte dans les auteurs de la basse latinité et dans les itinéraires le nom de Lactura, Lactora, Lactorates. Eu patois cette ville s'appelait Laytoura, Cette forme existait peut-être très anciennement ; en tous cas, nous la retrouvons dans les coutumes de Lectoure qui n'ont été rédigées par écrit qu'en 1294, mais qui évidemment étaient en vigueur longtemps auparavant.

Dans un des faubourgs de Lectoure s'élevait, dès la plus haute antiquité, l'église de Saint-Génie, quœ pro matre ecclesiarum habebatur prima. Les Bollandistes (2) nous donnent le récit du miracle et du martyre de saint Génie, qu'ils appellent aussi Hygin. C'était sous le règne de Maximien et le proconsulat de Jovinien; trente soldats, chargés d'amener Génie à Auch, se convertirent à sa voix. Le préfet, courroucé, envoya d'autres soldats, et Génie et ses compagnons subirent le martyre.

En 982, Guillaume Sanche, comte de Gascogne, érigea l'église de Saint-Genic en abbaye et la donna à saint Sever. Mais, en 1059, ce monastère fut réduit en cendres; plusieurs hommes, clercs et laïques, des femmes, des enfants à la mamelle furent brûlés, et les moines qui survécurent à ce désastre donnèrent les ruines à l'abbaye de Moissac. En 1068, Tabbaye de Saint*Genie fut supprimée et devint la résidence de Tévéque de Lectoure, vera sedes episcopù Enfin, en 1070,

(1) Annuaire de la Société de Numismatique i882. (i) 4" vol. de mai, p. 384, col. 2.

Raymond, évêque de Lecloure, et Guillaume, archevêque d'Auch, d'accord avec Eudes, vicomte de Lectoure, donnèrent lociim de S. Genii à l'abbaye de Cluny en la personne de l'abbé Hugues (4).

Cet historique concorde parfaitement avec le style de nos monnaies.

Ce fut probablement de 1068 à 1074, pendant que l'évéque habitait l'ancienne abbaye de Saint-Génie, que fut frappée la monnaie qui porte le nom de ce saint. Nous ne prétendons pas cependant que l'inscription de ce nom prouve l'existence de l'atelier iui-môme dans le monastère. La vénération dans laquelle était tenue la mémoire de saint Génie, à Lectoure, expliquerait suiBsamment la présence de son nom sur la monnaie, quand même l'évéque n'eût jamais résidé dans le monastère.

Ce qu'il y a de certain, c'est que cette première monnaie est sensiblement plus ancienne que les deux autres. L'& cunéiforme, M par trois jambages sont du XI'' siècle. La légende du revers porte une abréviation. Après L, on voit un signe (fui remplace l'A de Lactora, Les autres caractères se prêtent-ils bien à la lecture MOT DE. Les trois jambages III qui figurent M peuvent s'interpréter diversement. Le signe qui suit le T ne répond pas parfaitement à un D. Peut-être devrait-on lire L*CTOR...OT...E en négligeant les caractères qu'intercalait souvent l'ignorance du monétaire. Mais, en tout cas, l'attribution à Lectoure est certaine. Elle eut été douteuse, que le nom de Saint-Génie, inscrit au droit, aurait dû nous y conduire. La lecture SANCTI GINO nous parait indiscutable. Celle SANCTI GInii MOneta donnerait des deux côtés la répétition de Moneta. Enfin il ne faut pas penser, bien que la consonnance y amène l'esprit à la ville de Gimont. Il y avait bien une abbaye de ce nom dans le diocèse d'Auch , et sa charte de confirmation (1162) est donnée par Vivien, évêque de Lecloure, mais il n'y eut jamais de saint Gimont et l'abbaye était placée sous la protection de saint Benoit.

Sous le rapport du type, le monnayage dont se rapproche le plus ce denier est celui des évêques de Carcassonne du xi* siècle, Raymond Pierre et Roger (1002-1050), (Poey d'Avant, PI. LXXXIII, n~ 9 à 17), et contemporains de l'évéque Raymond, celui qui résida à Saint-Génie. On a voulu voir dans ce type la dégénérescence du monogramme odonique. Si l'annelet et la croisette sont des

(1) Cette église subsiste encore aujourd'hui, et, d'après le témoignage de M. Castassoles, qui a écrit dans ces derniers temps riiistoire de Lectoure, elle est particulièrement l'objet de la vénération des fidèles. La fête de Lectoure est encore le jour de celle de Saint- Génie.

réminiscences des lettres O et X, on ne sait trop comment expliquer le troisième sigle V qui se trouve dans le champ; on a lu VOX, sans donner l'interprétation de ce mot. Nous avouons n'en avoir aucune à proposer.

Nos numéros 280 et 281 sont le denier et l'obole au même type, et ce type participe de celui de Bordeaux et de Cahors. Il semble même que les légendes tendent à simuler celle de Guillaume, duc d'Aquitaine. Le sigle M qui termine la légende LECTORA n'a pour but que d'imiter la lettre M, d'une forme particulière des monnaies de Guillaume. Ajoutons que le denier a été rencontré avec des deniers de Guillaume. La légende CIVITAS se retrouve sur le monnayage semiépiscopal et municipal de Cahors. Mais nous croyons les produits de l'atelier de Lectoure plus anciens.

Lectoure avait doublement le droit de porter le titre de Civitas, C'était une cité épiscopale, le siège d'un évéchc qu'on prétendait faire remonter à Heulerius, contemporain du martyre de saint Génie. C'était aussi une cité romaine. Elle se glorifiait de ce titre, et une délibération de son conseil municipal de 1788 revendiquait cette ancienne origine. Les privilèges des municipes romains ne cessèrent pas d'y être en usage. Cependant l'évêque était avec le roi le maître de la ville : Vrbis hujus episcopus ejusdem^ cum rege, dominus est. Aussi, lorsqu'après avoir quitté le monastère de Saint-Génie, l'évêque revient dans le sein de la cité, il marque ses monnaies de la légende CIVITAS EPIscopi.

Le tirage à part de cet article a été communiqué par mon confrère et ami M. Taillebois, de Dax, à M. Camoreyt, conservateur du musée de LectouTe, et celui-ci a bien voulu me transmettre ses observations trop intéressantes pour que je ne les fasse pas connaître à mes lecteurs.

Il indique pour le nom de Lectoure les leçons suivantes. La forme antique Lactora (inscriptions et table de Peutinger), se retrouve en 1063, 1273, 1352, Lectora en 1318 et 1371, Laitora ou Laytora en 1270, 1343, Leitora ou Leytora en 1294, 1305 (poids monétiformes) et 1345; la forme actuelle est Litouro. C'est la seule employée par les habitants du pays, qui parlent encon' presque tous la langue de leurs pères. Dans cette même langue Saint-Geny, forme française consacrée à Lectoure, est Sent Ginij et, dans la prononciation, on peut môme entendre Sent Igini. M. Camoreyt nous indique Saint Higinus par /, dans un manuscrit des archives du Gers, compilation savante de vieux manuscrits inédits sur l'histoire ecclésiasiique de la province et dans Oïhenart, le plus savantet le plus justement estimé des historiens de laGascogne, et il propose de lire la légende SANCTo IGIMO. iMais vérification faite, il n'y a aucun intervalle entre leTet 11.

Après nous avoir donné ces précieux éclaircissements sur la forme de la légende, M. Camoreyt relègue au rang des fables Tincendie de l'abbaye dont parle le Gallia Christiana et, avec la connaissance parfaite qu'il a des lieux et des documents historiques, nous donne les renseignements suivants, tant sur Je lieu de saint tienie locum de santi Genii dont nous avons parlé plus haut que sur la cité de Lectoure, civitas dont nous retrouvons le nom sur les monnaies.

Lectoure comprenait la ville romaine de la plaine et celle élevée sur la hauteur au iv^ siècle, qui avait été entourée d'une enceinte pour la protéger contre les invasions répétées des Barbares. La basilique renfermant le tombeau de saint Génie, était à l'extrémité de la ville de la plaine, et devint la cathédrale primitive. A Tendroit du tombeau fut construite une abbaye donnée à celle de Saint-Sever, aux environs de l'an 1 ,000. Bientôt après la confirmation de cette construction et de ce don, l'évéque de Lectoure ou de Lomagne les revendique en 1068, et malgré les protestations de l'abbé de Saint-Sever, le concile passe outre et rétablit le siège vera sedes episcopi en supprimant le monastère fondé sur les ruines et avec les débris de l'ancienne cathedra, le tout temporel et spirituel revenant à l'évéque de Lectoure qui habitait la ville haute où se trouve la cathédrale actuelle appuyée sur les murs de l'enceinte Romaine. La ville de la plaine avait cessé d'exister, et, en 1074, l'évéque fit donation à l'abbaye de Cluny du lieu de saint Génie où avaient été les mornes. Au \uf siècle et sans doute avant, la ville de Lectoure était divisée en trois quartiers, dont un sous la juridiction de l'évéque indemne de tout impôt, renfermait la cathédrale, les cloîtres, le palais épiscopal. C'était laCIVITASEPIscopi, où furent frappés notre denier et notre obole, mais rien, dans les documents du passé, ni dans les traditions du pays, ne rappelle môme diî loin l'existence de Talelier monétaire ; les deux autres quartiers étaient l'un sous la juridiction du roi, roi de France ou d'Angleterre, selon l'époque, Tautre sous celle des vicomtes de Lomagne. L'évéque, le roi et le vicomte étaient les co-seigneurs codomini. Il y avait en outre la juridiction des prud'hommes et des consuls de la ville. Mais nous ne devons pas nous laisser entraîner trop loin par ces détails d'histoire locale, si intéressants qu'ils soient. Il ne nous reste qu'à remercier M. Camoreyt d'avoir rectifié et complété nos appréciations.

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