‹ Monnaies féodalesChapitre 158 sur 314 · ALFONSE JOURDAIN · texte numérisé non relu

ALFONSE JOURDAIN

328 I aNFOco DVX. Croix cantonnée d'un annelet au 1*'. i^. I NARBONE CWI.

Dans le champ quatre annelets.

Argent. Denier. Poids 18.40. Collection Challande. Nous ne donnons cette pièce qui est déjà connue qu'à raison du poids très élevé pour l'époque, qui lui est attribué par M. Challande, dans le Bulletin de la Société archéologique du midi de la France, PI. XIV, n^ 3.

AIHERI III. 1194—1239.

Nous estimons qu*il faut restituer à ce vicomte les pièces frappées en communaulé avec Tarchevêque, attribuées jusqu'à présent à Aimeri IV (1271) et dont voici le type :

329. * AIMERICV(/>. Croix cantonnée d'un anneletau2^ i^. NARBOrC CIVI. Clef dans le champ.

PI. XIV, n° 4.

Un fait historique important nous conduit à cette attribution. Le célèbre Arnaud Amaury, légat du pape pendant la croisade des Albigeois, se fit donner Tarchevôché de Narbonne en 1212, en récompense de ses services. En 1215, il se fit concéder par le vicomte un droit dans la monnaie. Le vicomte de Narbonne était le feudataire du comte de Toulouse et n'était pas resté étranger à la guerre soutenue par son suzerain. Il avait beaucoup à se faire pardonner et Arnaud Amaury n'était pas homme à laisser tomber en désuétude des droits acquis. C'est méconnaître le caractère historique de cette époque que de supposer, comme l'ont faitB. Fillon et Poey d'Avant, qu'il était loisible au vicomte de revenir sur la concession monétaire par lui octroyée. Arnaud Amaury appesantit sa main de fer sur toutes les populations du Midi, jusqu'à sa mort violente en 1229. Ce fut lui qui marqua de la clef les monnaies de Narbonne; si cette clef ne fut pas celle de saint Pierre, dont il était le légal, elle est en tout cas le symbole de la puissance ecclésiastique. La légende AMALRICVS (Poey d'Avant, PI. LXXXII, n** 19), est au nom de l'archevêque (1) et à supposer qu'elle soit le synonyme exact de celle d'AlMERiCVS, elle s'appliquerait à la fois au vicomte Aimeri et à l'archevêque Arnaud Amaury; ne portant aucun des deux titres, elle donnait satisfaction aux deux parties.

L'autorité ecclésiastique maintint sa toute-puissance pendant la seconde période de la guerre des Albigeois, et il serait bien intéressant de retrouver la monnaie frappée avec la double légende ARCblEPISCOPVS NARBO dont les historiens du Languedoc nous indiquent le titre et le poids et dont Duby nous a conservé le dessin. Cette monnaie n'a pas été retrouvée en nature. Mais elle est trop différente de celles connues par son module et la légende extérieure du droit (Ave Maria gracia plena dominus teco) pour que Duby ne l'ait pas eue sous les

(1) Une inscription recueillie dans régliee Saint Alain de Lavaur et portant la date de 1213, porte : Amalriem Nurbont primat, (Mémoires de la Société archéologique du Midi, Tome VU, page 186).

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yeax. Elle serait en tout cas antérieure à la convention monétaire de 1266, dont nous allons parler.

C'est à cette môme période de la suprématie archiépiscopale, que se rapporterait le denier publié par Poey d'Avant, sous le numéro 3769, et qui porte des deux côtés £ S ARCbIfiPS % NARB. II l'indique comme existant dans la collection Challande. Mais il ne Ta pas fait graver et nous ne le retrouvons pas dans le travail de M. Challande sur les monnaies du Languedoc. C'est peut-être une erreur de Poey d'Avant ou bien encore une erreur de frappe.

En 4266, il intervint entre le vicomte Amaury IV et l'archevêque Maurice une sentence arbitrale qui nous a été conservée dans l'inventaire des actes de l'archevêché de Narbonne. Cette sentence établit en commun la fabrication, les bénéfices, les criées et la proclamation de la monnaie, sur laquelle d'une part on devait graver les nom, mitre ou bâton pastoral de l'archevêque et d'autre part le nom du vicomte, le bouclier et la clef. Cet acte est curieux à bien des titres. Il précise la date de la monnaie d'alliance entre le vicomte et l'archevêque. Il prouve que ce qui a été pris pour un cadenas n'est autre chose que l'écu du vicomte. Les consuls de la ville ne restèrent pas étrangers à cette convention. Ils obtinrent la nomination des gardes de la monnaie et comme l'une des prérogatives municipales était de garder les clefs de la cité, il ne manque pas de bons esprits qui voient dans cette clé, non plus le symbole de l'autorité ecclésiastique déjà représentée au droit par le nom de l'archevêque et la mitre, mais l'affirmation des droits de la commune, droits qu'on retrouve si vivaces dans les villes du Midi à côté du pouvoir des seigneurs et des prélats.

CÂRCASSONNE.

Poey d'Avant a doté cette ville d'un monnayage municipal. Il a lu CIVITAT et CIVITATES sur des deniers de Carcassonne celés à tous les regards dans des collections de Montpellier. Il annonce également cette même lecture sur un denier du cabinet de France, qu'il décrit n^ 3778, avec la légende CIVITATES, mais qu'il dessine, PL LXXXIII, n^ 7, avec la légende GRiiTATOIX. Nous n'avons pas été aussi heureux qu'il l'a été, pour vérifier les légendes des deniers de Montpellier, mais nous avons pu étudier à loisir le denier du cabinet de France, et tout d'abord il n'y en a qu'un seul, tandis que Poey d'Avant en donne deux, l'un sous le n"" 3775, avec la légende GR^ATCIX, l'autre sous le n^ 3778^ dont nous venons de parler. La légende du denier du cabinet de France est bien GRi^TATCIX, et le dessin de la planche LXXXIII, n^ 7, est exact. Cette légende est le débris de celle

Gratta dei rex et c^est ainsi qu'elle est énoncée au catalogue manuscrit de la collection nationale. Il n'existe donc pas dans cette collection de denier de Caroassonne avec Civitates. En existe-t*il à Montpellier ? Il eut été désirable pour tous qu'on ait pu faire cette vérification et contrôler ce fait anormal d'une cité battant monnaie au x^ siècle.

II est un fait qu'il importe de bien dégager des explications un peu confuses de Poey d'Avant; c'est le lien féodal qui a relié Carcassonne aux comtes de Toulouse jusqu'en 1067, et depuis cette époque aux comtes de Barcelone, qui inféodèrent le comté de Carcassonne aux anciens propriétaires avec le titre de vicomtes. Bernard- Ratton (1083-1130) est le premier de ces vicomtes dont nous avions des monnaies. Il n'en prit pas moins sur ses monnaies le titre de comte, ainsi que ses successeurs.

M. Tabbé Verguet(l), dans sa monographie postérieure à l'ouvrage de Poey d'Avant, ne nous fait connaître aucune pièce nouvelle et adopte sans restriction toutes les attributions de M. Gayraud de Saint-Benoist (2). Hais il donne sur l'historique de ce comté des explications plus complètes que Poey d'Avant , notamment sur le partage de la monnaie entre le comte et le vicomte ; on peut le consulter utilement.

Une découverte récente nous permet de combler une lacune dans la série de Carcassonne.

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