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DAUPHINÉ

M. Morin et d'après lui Poey d'Avant n'avaient pas fait remonter le monnayage du Dauphiné au-delà d'Humbert P', premier dauphin de la maison de la Tour. C'est à lui qu'ils attribuaient les premiers essais du monnayage mixte anonyme portant d'un côté la légende DALPbiKVS et de l'autre GPS GROROPOL. Mais M. Vallier se croit en droit de faire remonter plus haut le monnayage mixte et même le monnayage indépendant du Dauphiné.

Ce fut, en effet, en 1155 que l'empereur Frédéric P% en confirmant à Guigues V, comte de Grenoble, la jouissance de» bénéfices héréditaires de la maison d'Albon, y ajouta le privilège de frapper monnaie. Ce privilège fut confirmé plus tard, en 1238, par Frédéric II. On ne peut admettre que jusqu'à l'avènement de Ilurabert !•' (1281), c'est-à-dire pendant plus de 125 ans, les dauphins de Viennois, barons essentiellement turbulents et envahissants, aient laissé sans l'utiliser un privilège aussi important que celui de battre monnaie.

Aussi M. Vallier n'hésite-t-il pas à faire remonter à l'origine même de cette concession les deux monnaies dont voici la description :

496. * CO. DALFiNVcn. Dauphin en pal à gauche. ^. * S VlNCENCIVc/>. Croix cantonnée de quatre besants.

Argent. Denier. Poids 1^. Collection Vallier. (Vallier. Revue Numismatique belge 1877^ PL VII j n^ 19)^ PI. XXI, nM.

497. ^ CO DALPlNVc/). Dauphin en pal à gauche avec deux nageoires. ^. « VIENENSIVM. Croix pattée, anglée aux I''et 2' d'un trèfle à longue tige.

Argent. Denier. Poids 0^.70. Collection Lamorte-Félines.

(Vallier. Revue Numismatique belge 1877, PL VIII, n*» SO) PI. XXI, n° 2.

Le dauphin fit-il acte d'indépendance en supprimant la légende fiPS GRANOPOL et en n'inscrivant que le nom de saint Vincent, patron de Grenoble. Il s'affranchit en tout cas de toute participation avec Tévêque par le type franchement indépendant qui porte VIENENSIVM. Nous reconnaissons, avec M. Vallier, qu'il faut placer ces monnaies en tête des monnaies Delphinales connues jusqu'à ce jour, et il nous est impossible de ne pas partager son étonneraenl en voyant Poey d'Avant lire sur notre n® 496 OuigO et Tuttribuer à Guignes VIII. Mais M. Vallier n'a-t-il pas élé trop loin î N'a-t-il pas fait remonter trop haut les monnaies dont s'agit ? C'est l'opinion de M. Roman (I) qui a réfuté un à un les arguments de M. Vallier et ne pense pas que ces monnaies soient antérieures à 1236. En effet, dit-il, à un an près, nous connaissons le moment ou le dauphin fit son apparition dans les armoiries des comtes d'Albon. Avant Guigucs VII, ce symbole élait inconnu en Dauphiné, les sceaux de Hugues de Bourgogne (il 89), ceux de Guigues André représentent d'un côté un cavalier l'épée haute et de l'autre une enceinte de ville et de château. Ce n'est que sur le sceau de Guigonet (1236) qu'apparaît un dauphin sur l'écu du cavalier, et, sous Jean P', que le dauphin commence à envahir le champ et à en chasser le château à trois tours, qui désormais ne reparait plus. Or, vers la môme époque (1238], l'empereur concéda à nouveau au jeune dauphin le droit de battre monnaie. Cette coïncidence parait décisive à M. Roman. Le dauphin n'a pas été figuré sur les monnaies avant de l'être sur les sceaux, et les monnaies qui le portent ont dû éire émises après la confirmation de 1238. M. Roman ajoute qu'en effet la figure du dauphin fut à son apparition plus sobre d'ornements que par la suite et que sur deux sceaux de 1237 le dauphin offre de nombreux rapports avec celui gravé sur les deux deniers dont s'agit.

Quant à la forme DALFINVS avec un F, M. Roman l'a retrouvé sur trois sceaux de Humbert II portant les dates de 1330, 1343 et 1354 et même sur des douzains de Charles VIII, et en conclut qu'elle n'est point une preuve d'ancienneté, non plus que l'S couché qui n'est pas nécessairement un caractère du xii* siècle et qu'on retrouve au contraire fréquemment au xiii*.

Ce n'est pas à dire pour cela que les dauphins n'aient pas battu monnaie avant 1238. Le diplôme de 1155 est trop positif pour en douter; non seulement il

(1) Mélanges de Numismatique 1878, page 158.

accorde rormellement le droit de battre monnaie, mais il concède les mines d'argent à exploiter et détermine l'atelier à Cézanne. Mais ces monnaies ne peuvent selon nous être empreintes d'un dauphin. Elles sont encore à retrouver.

De 1238 à 4281 , avènement de la maison de la Tour, se placent tout naturellement les monnaies indépendantes et anonymes des dauphins qui portent d'un côté Dalphs vien et de l'autre Cornes Albon, et aussi les monnaies mixtes et également anonymes qui portent d'un côté Dalps vieil et de l'autre Eps GronopoL

Ce monnayage appartient à Jean P' ou à son prédécesseur Guignes VII; mais portant la fîgured'un dauphin, il ne peut remonter au-delà de 1236, apparition de ce type héraldique.

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