‹ Monnaies féodalesChapitre 248 sur 314 · EUDES IV · texte numérisé non relu

EUDES IV

Eudes IV est le premier duc de Bourgogne qui ait frappé de la monnaie d'or. On connaît de lui des florins et un écu d'or. Il copia le type tournois et émit à ce type des gros, des demi-gros, des tiers de gros, des deniers et des oboles.

Voici trois deniers, le premier surtout, qui présentent quelque variété, soit comme légende, soit pour la forme de la croix, soit enfin pour celle du chatel.

561 . ^ EVD DEI GRA DV. Chatel tournois surmonté d'une couronné fleurdelisée et au-dessous B G. ^. li^ OORETA BVRGVD. Croix longue et au-dessous un petit écu ?

Billon noir. Denier. Poids 1».

Collection Caron.

PI. XXIII, nMO.

562. * EVDED.. GRÂfilA. Croix longue coupant la légende. ^. BVR..RDia o DVX. Chatel tournois se terminant par une croisette.

Billon. Denier.

(Taille bots. Bulletin de la Société de Borda i883j.

Ce numismatiste a cru voir, sous le chatel tournois, à droite, une crosse dont rien n'expliquerait la présence. C'est évidemment Tun des signes ronds, qui forment la partie basse du type tournois. La forme de la croix est seule inédite.

563. * EVDS DfiR GAOTA. Croix. % * TVRORVS DVGIS. Type tournois. Bilion. Denier. Collection Gariel.

(Trouvaille de Sierck. Mélanges de Numismatique 1878. PL XV , n» 10),

Cette légende DfiR GACnTA s'explique facilement par le déplacement de la lettre R de Gracia. C'est ce même mot qu'il faut lire sur le n^ 5696 de Poey d'Avant et non GRA. NA, où il voit sans motif plausible la syllabe finale d'Auxona. Ces deux exemples prouvent seulement que ce monnayage était peu soigné.

Le roi de France venait d'adopter un type nouveau; dans le champ du droit de ses doubles, il plaçait quatre lettres FRAR entre deux fleurs de lis, au revers on lisait Moneta Duplex et on voyait une croix fleurdelisée à pied coupant la légende. Le duc copia ce type; il mit dans le champ de ses doubles quatre lettres EVDE avec deux trèfles; il poussa même la contrefaçon jusqu'à y mettre deux fleurs de lis, étant de la maison de France.

A Auxone le duc faisait frapper des doubles avec la couronne dans^^ champ du droit et la croix fleurdelisée dans celui du revers. Le n** 16, PI. CXXXIV de Poey d'Avant, est la copie dun®66, PI. XVIII (Hoffmann, monnaies de la S^ race), le n® 14 de la même planche avec sa grande fleur de lis dans le champ pouvait très bien être confondu avec les deniers portant les n"* 31 , 33 et 34 d'Hoffmann.

Aussi les maîtres de la monnaie royale s'émurenl-ils de ces contrefaçons géminées. Le roi fit des remontrances au duc et celui-ci y répondit par l'aveu suivant :

« Nous, Eudes, duc de Bourgogne, comte d'Artois et de Bourgogne, palatin, et sires et sieur de Salins, sçavoir fesons à tous que comme nous avons entendu que notre chier et redoubté seigneur le roy de France se tient mal à paye de nous pour ce que les maîtres de ses monnoies lui ont donné à entendre que nous façons maintenant battre monnoie en nostre ville d' Auxone semblable au bourgeois et à la forme de sa monnoie, que petite différence il y avait entre sa monnoie et la nostre et que moult de gens pouvaient être déçus en prenant nostre monnoie comme la monnoie de nostre dit seigneur. Nous qui pour riens ne voudrions faire chose qui déplut à nostre seigneur, voulons et promettons faire muer le coing et

la forme que nous faisons quant à présent à battre en nostre ville crAuxone et faire en nostre dite monnoie telle différence et telle forme qu'un chacun pourra apertement cognaistre nostre monnoie dissemblable à la monnoie du roy nosln* seigneur, pour tel que nostre dite monnoie ciura cours tant seulement que dans nostre comté de Bourgogne et en la terre d'Empire. »

Ce diplôme était scellé et c'est là ce qui lui donne une véritable importance au point de vue du gros que nous publions.

« En témoignage de laquelle chose nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes lettres faites et données au bois de Vincennes, le 3 octobre 1337. »

Scellé en double queue du grand scel de cire blanche ayant d'un côté : Le prince à cheval bardé de bandes de Bourgogne timbré d'un éventail y ayant une semblable parure sur la teste du cheval sans autre contrescel.

Pour donner plus ample satisfaction au roi, Eudes émit des gros au type du cavalier exactement copié sur son sceau.

564. evoe oei GRATIX DVX BOGVDie. Le duc à cheval courant à droite, coiffé d'un heaume, timbré d'un éventail, il tient de la main gauche un écu aux armes de Bourgogne ancien et de la droite une épée à large garde. Le cheval, dont les pieds dépassent la légende, est également coiffé d'un éventail et bardé de bandes de Bourgogne et non recouvert d'étoffes flottantes comme la plupart des cavaliers de la Flandre et du nord de la France. ^. * îROttSTA nOSTRA. Croix, en légende extérieure *BNDICTV : SUS NCW^fi S DNi:

NRi S oei s les.

Argent. Gros. Poids 3». 10.

Collection Gariel. (Annuaire de la Société de Numismatique i88i,

page 359).

PI. XXIII, n« il.

Cette légende Moneta nostra, qu'elle soit ou non empruntée au monnayage des ducs de Lorraine, semble être une réponse aux incriminations de la chambre des monnaies.

Nous allons voir cependant que ces imitations ne tarderont pas à se renouveler.

A quel duc attribuer le monnayage anonyme que MM. de Barthélémy et Poey d'Avant ont classé à Eudes IV? M. de Saulcj le revendique pour Philippe de Rouvre.

« Le 19 mars 1357, nous apprend-il, Aubin Lhuillier est envoyé par le duc de

Normandie, Charles Dauphin, qui fut Charles V, porteur de lettres closes adressées à Madame la Royne et au duc de Bourgogne à Auxone, et d'une lettre ouverte faisant mention qu'ils fissent émettre en leur monnaie d'Auxonc telle différence qu'on la pust connaître de celle du Royaume, y^

La reine indiquée dans ce passage est Jeanne d'Auvergne, veuve de Philippe de Bourgogne, mère de Philippe de Rouvre, et femme en deuxièmes noces de Jean, roi de France, qu'elle épousa le <9 février 1350, et dont elle n'eut pas d'enfants. C'est par cette union que le roi Jean devint le tuteur du jeune duc Philippe de Rouvre, qui n'avait que quatre ans lors du mariage de sa mère avec le roi et mourut en novembre 1361 d'une chute de cheval, à l'âge de quinze ans. M. de Saulcv estimait que le monnayage anonyme attribué jusqu'à présent à Eudes W appartient à la minorité de Philippe de Rouvre. Il revendiquait pour lui les monnaies dont la description suit :

565. * roOï^fiTA DVX. Chatel tournois surmonté d'un écusson et d'une couronne, bordure de lys. ^. * COORSTA DVPLfiX. Croix simple, deuxième légende BRDICTV, etc.

C'est la plus ancienne de ce type. Poey d'Avant, PI. CXXXII, n° 7.

566. * 0)ORfiT6 DVS. Même type, écu accosté de deux points. ^. CQORflTA DVPL6S. Chacune des branches transversales de la croix sont terminées par un annelet, ce qui indique une émission postérieure, même PI., n° 6.

567. * COOÏîfiTfi DVS. Ecu accosté de deux annelets. i^. Mêmes légendes et la croix est ponctuée à ses quatre extrémités, ce qui indique une troisième émission, même PL, n° 8.

C'est à tort qu'on a donné à ces monnaies le nom de tiers de gros. Ce sont des doubles, ainsi qu'il résulte de la légende Moneta Duplex.

M. de Saulcy revendiquait pareillement pour Philippe de Rouvre le gros tournois avec la légende rOORfi % COIS 5 AVXOR. Poey d'Avant, PL CXXXIV, n^ 3 ; le double aux type et légende si singuliers AVXONA CASTORRO, môme PL, nM5; le double à la fleur de lis, même PL, n** 14.

Il n'hés-itait pas à croire que des florins portant le nom de PbS DVX pouvaient appartenir à Philippe de Rouvre. En effet, Charles V a frappé en Dciuphiné des florins d'or par ordonnance du 30 avril 1353 et du 28 juin 1354. La dernière émission constatée est du 5 avril 1359. Or Philippe de Rouvre ne mourut qu'en 1361 et Philippe-le-Hardi ne fut titulaire du duché que le 2 juin

Il est une autre monnaie fort étrange^ fort diversement expliquée et dont H. de Saulcy a donné la véritable interprétation. On y lit :

568. * ... GENIT... RfiG et dans le champ en deux lignes FRAÏ2 1 CORV et au revers COOROTA BV. Poey d'Avant, PI. CXXXII, n« 49.

Ce double avait d*ahord été attribué à Philippe-le-Hardi ; c'était à tort, puisque Philippe-le-Hardi était non le premier né, mais le quatrième fils du roi Jean. On a ensuite essayé de reconstituer la lacune de la légende par lOhanna, Ducis OEHlTrix, R&Otna^ et dans le champ FRAI2 OORV. M. de Saulcy propose une lecture bien plus simple, c'est Primo OEMTus R&(jtne. En effet Philippe de Rouvres était le premier né de Jeanne d'Auvergne, devenue reine de France par son second mariage.

Après ces restitutions, qui ne sont peut-être pas toutes à l'abri de critique, il en est d'autres, qui ne peuvent être mises en doute, puisqu'elles sont fondées sur l'émission des prototypes royaux. Ce sont encore les travaux de M. de Saulcy mis à profit par M. Gariel, qui ont jeté la lumière sur ce monnayage, que Poey d'Avant a laissé dans la plus grande obscurité par la confusion de son texte et de son impression.

La plus ancienne de ces imitations de monnaies royales (1) est le blanc à la couronne et à la queue imité de celui émis en France et connu sous le nom de Poillevilain.

La fabrication de ces blancs dura en France du 1 1 janvier 1335 au 21 janvier 1 356. Par ordonnance de ce jour, les blancs à la queue émis à douze deniers sont criés à trois deniers. La monnaie bourguignonne correspondante porte au droit une couronnelle PblLiPPVS DVX et en deuxième légende Bndictu sit, etc. Croix à pied coupant la légende. ^. TVROnvS DVGIS. Chatel surmonté d'une couronne dans une bordure de douze lis. Poey d'Avant, PI. CXXXII, n"" 12.

Ce blanc dut être abandonné en Bourgogne en même temps qu'en France, c'est-à-dire en 1356. Ce n'est donc pas à lui, mais plutôt aux monnaies anonymes que nous avons décrites plus haut, que s'appliquent les lettres du 19 mars 1337 enjoignant de faire émettre en la monnaie d'Auxone des différences pouvant en faire reconnaître les produits de la monnaie du royaume.

On sait combien l'autorité du régent était impuissante contre ces imitations.

(1) Pour plus amples détails sur les imitations des monnaies du roi Jean, Toir notre article sur les ducs de Bretagne, pages 46 et suivantes.

La tutrice du jeune duc, qui avait abandonné la cour de France pendant la captivité du roi Jean pour se retirer à Auxone, ne se fit pas faute d'imiter les monnaies royales, au fur et à mesure de leur apparition.

Nous signalerons d'abord le blanc à la fleur de lis, connu vulgairement sous le nom de blanc à la patte d'oie. Le prototype en fut émis dans le royaume le 9 mai 4358, et d'après un mandement du dauphin du 5 août 1358, les blancs royaux devaient avoir un point percé devant les deux bouts de la croix et au revers un petit point percé sous chacun des bras de la fleur de lis. Poey d'Avant a publié un blanc bourguignon qui porte ^ (OOR.. COCOITIS... XORE, fleur de lis, et au revers Bndictu sii, etc. Croix cantonnée de quatre lis et dont la partie supérieure a un point percé. Il annonçait cet exemplaire comme unique et l'attribuait à tort à Eudes IV, mort en 1350, bien avant l'émission du prototype royal. M. Gariel a publié (4) celui de sa collection qui porte trois points percés à trois extrémités de la croix et pèse 3 grammes. Le mien, dont la légende est complète, ne porte que deux points percés, il se rapporte donc à l'ordonnance du 5 août 1358; il pèse 4^.05 et il est antérieur à celui de M. Gariel.

Nous ne croyons pas inutile de le publier.

569. * roORfiTA. Petit écu de Bourgogne ancien. COOOITIS : AVXORfi. Grande fleur de lis accostée de deux annelets dans un entourage de lobes. ^. Petit écu de Bourgogne ancien, Bndictu sit, etc. Croix dont les branches .supérieure et inférieure sont percées d'un annelet et cantonnées de fleurs de lis.

Billon. Blanc. Poids 4«.05.

Collection Caron.

Vint ensuite le blanc à la couronne émis en vertu d'une ordonnance du 22 août 1358, et qui fut modifié par diverses ordonnances jusqu'en juin 1359. Poey d'Avant ^ publié l'imitation bourguignonne, PI. CXXXII, n^ 45, avec BRGVDO RViDVX en deux lignes dans le champ. Le poids des monnaies royales descend du poids théorique de 4^.45 à celui de 1^.90. L'exemplaire de l'imitation bourguignonne, publié par Poey d'Avant, pèse 2».50; celui publié par M. Gariel (2) 4^.855, il doit être de la dernière émission.

Le 25 mai 4359, le dauphin Charles fait frapper des blancs & trois fleurs de

(4] Annuaire delà Société de Numismalique 1874, page 280. (2) Mélanges de Numismatique 1875, page 372.

lis couronnées qui sont immédiatement imitées en Bourgogne. C'est encore â Philippe de Rouvre qu'appartient sans contestation ce blanc.

Il n'y a pas non plus d'hésitation pour le blanc à la fleur de lis sans nombre qui n'eut cours dans le royaume que du 5 décembre 1360 au 3 novembre 4361 et c'est à tort que Poey d'Avant l'a classé à Philippe-le-Hardi, PL CXXXII, n° 10.

Reste un blanc d'un type tout particulier, c'est celai dont le champ est un écu de Bourgogne ancien surmonté d'un heaume, timbré d'une couronne, ayaot pour cimier un oiseau de proie au vol. C'est un type imité des monnaies lorraines et qui parait pour la première fois en Lorraine sous le duc Jean I" (1346-1390). Il peut donc avoir été imité par Philippe de Rouvres, aussi bien que par Philippe-le-Hardi.

En résumé, M. de Barthélémy n'attribuait à Philippe de Rouvre qu'une seule monnaie, un denier au type tournois. Poey d'Avant était également d'avis qu'il n'y avait que cette seule monnaie qu'on put lui donner avec certitude, c'est celle gravée PL CXXXII, n"^ 13. M. de Longpérier lui en attribuait une seconde: c'est le blanc àl'écu couché sous un heaume. Aujourd'hui, gr&ce aux rectifications d'attribution, le monnayage de Philippe de Rouvre est devenu le plus varié de la série bourguignonne.

Au contraire, le monnayage de la deuxième maison de Bourgogne, quelque considérable qu'il dut être eu égard à la puissance de ces ducs, ne prit quelque variété que lors de l'adjonction à leurs domaines de la Flandre, du Hainaut, etc. On ne peut attribuer à Philippe-le-Hardi qu'un seul type, le type tournois. Jeansans-Peur le continua, mais il adopta principalement l'écu écartelé de Bourgogne surmonté ou non d'une couronne. AvecPhilippe-Ié-Bon au contraire apparaissent le cavalier d'or, le blanc aux deux écus de Bourgogne dans le champ, avec la légende PHILIPVS au revers dans le champ, imité des monnaies anglo-françaises, les deniers au lion issant, enfin toute cette série de blancs, demi-blancs et d'angrognes où les armoiries de Bourgogne ancien et nouveau se mêlent au lion de Flandre et sont contenues dans un écu ou remplissent le champ de la monnaie.

Voici deux monnaies inédites qui nous paraissent appartenir â ce dernier duc.

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