ARRAS
Arras fut la première capitale du comté de Flandre, el le système monétaire
flamand se répandit dès le xi* siècle dans tout le nord de la France et même dans des pays qui n'étaient pas arrière-fiefs du comté de Flandre. Ce système a produit une multitude de mailles et de petits deniers, les uns complètement anépigraphes , d'autres à légendes confuses et d'une détermination difficile. Aussi s'est-il élevé sur leur classement des systèmes diamétralement opposés, ei par suite, de longues et savantes discussions, parfois même, des polémiques ardentes. Nous venons déjà d'en relever quelques exemples dans la numismatique d'Amiens. Combien d'autres, n*aIlons-nous pas en rencontrer entre Arras et Saint- Omer. ?i'ayant jamais eu entre les mains de trouvailles complètes de ces pays, il ne nous est pas toujours possible de prendre un parti dans ce conflit d'attributions. I>(ous nous bornerons souvent à exprimer les opinions des deux parties.
Et tout d*abord, à qui appartiennent les monnaies portant les légendes Roberi- VedasiCy Moneta Roberti, Ego sum de Roberti et Roberti majus rem^ publiées par Poey d'Avant, n*»^6747, 6748, 6749 et 6752 et gravées PI. CLVII, n*- 44, 15, 16 et 19? Peu de monnaies ont fait éclore plus de systèmes. MM. Hermand, C.-A. Serrure, C. Piot, deCoster, Leiewel, Dancoisne, Dewismes, R. Serrure fils, et tout récemment M. Deschamps de Pas (1), ont émis leur opinion sur ce monnayage.
Il faut d'abord écarter le système qui ferait du nom de Robert un nom de monétaire, système préconisé par M. Dancoisne (2). Cet éminent numismatisle paraît avoir été amené à ce système par la légende : Ego sum de Roberti, similaire de celle du monétaire Simon : Simon me fecit. Mais on a lu ce denier Ego mm de narius Roberti, et il est bien certain qu'au xi^ siècle un monétaire n'eut jamais osé écrire son nom Denarius Roberti non plus que Moneta Roberti^ s'attribuant ainsi les droits régaliens.
Robert est donc un nom de comte, plusieurs comtes du nom de Robert ont pu battre monnaie à Arras : Robert le Frison (1071-1093) et son successeur Robert de Jérusalem (1093-1111), tous deux comtes de Flandre, et Robert I•^ II et III, comtes d'Artois, de 1236 à 1332. Entre les comtes de la maison de Flandre et Robert I^' de la maison de France, il y a donc un écart de près d'un siècle et demi et cependant M. Hermand classe ces deniers aux comtes d'Artois, tandis que
(1) Revue Numismatique française 1883, pages 172 et suivantes. \l indique en note la nomenclature (les articles dus aux auteurs précités.
(i) Essai sur la Numismatique de l'abbaye de Saint- Vaast, Arras 1869.
MM. C.-A. Serrure ef R. Serrure fils (1) et autres, les revendiquent pour les comtes de Flandre; ce dernier a même classé ces deniers entre Robert le Frison et Robert de Jérusalem. M. Deschamps de Pas, de son côté, se basant sur la similitude du type entre le denier Ego sum de Roberti et un denier de Lens publié plus loin, n'hésite pas à TaLtribuer à Robert le Frison (2).
Il semble au contraire que Poey d'Avant ait épousé le système de M. Hermand, puisque sans énoncer de date il classe ces deniers à Robert II et après les monnaies de Robert I", comte d'Artois, à Técusson fleurdelisé. C'est là une singulière confusion.
L'étude des trouvailles non moins que celle des types ne devrait cependant laisser aucun doute sur le classement de monnaies frappées à 130 ans de distance. M. Dancoisne admettant en principe que Roberti est un nom de monétaire, et trouvant à la fois sur la môme monnaie le nom de Roberti et celui de Vedaste ou Vedastu en conclut que toutes les monnaies qui portent le nom de Roberti sortent de l'atelier de Saint- Vaast.
Aussi a-t-il compris dans sa monographie de la numismatique de celte abbaye diverses pièces, dont l'attribution est très controversable et notamment celle-ci.
634. * MONCTA. Monogramme. ^. * ROBCRTL Croix cantonnée d'un T aux r^ et 4*^ et d'une étoile aux 2* et 3*.
Billon. Denier. Cabinet Octave Hermand, à Paris.
Il lit le monogramme monasterium nobiliacum Wedasti, C'est le même denier que Poey d'Avant a publié PI. XXXXIII, n** 21, et dont M. Hermand traduisait les lettres MVN par Magdunum (Mehun*sur-Yèvre). Mais Robert d'Artois, seigneur de Mehun, vivait à la fin du xiii* siècle, et B. Fillon a fait justement observer que la fabrique de ce denier paraissait être du xi* siècle. Il faut donc le restituer à un des comtes de Flandre du nom de Robert; M. Dancoisne l'attribue au monastère de Saint-Vaast, par la lecture du monogramme. La double crosse qui couronne le monogramme n'indiquerait-elle pas plutôt la fabrication de Saint-Omer, où deux abbayes puissantes ont inscrit sur leur numéniire le nom de leurs patrons.
635. * DeSTeRACO. Main bénissante accostée de l'alpha et l'oméga.
(1) Revue Numismatique belge, 36* année, pages 188 et suivantes.
(2) Revue Numismatique française 1883, pages 173 et suivantes.
^. ii* ROBERTI. Croix palté^; cantonnée des lettres CONOON, peut-être H ou . grand A non lié.
Argent. Denier. Musée de Saint-Omer. (Dancoisne, loco ciialo, n® 8). PL XXVI, n° 4 bis,
Celte monnaie rentre évidemment dans la môme fabrication, mais la main bénissante indique le concours d'une autorité ecclésiastique. Il en est de même de la suivante :
636. 9 DCSTGRA. Main bénissante. ^. B • C » N a £. Les quatre lettres séparées par des doubles crosses qui émargent de la croix centrale, cantonnée des lettres S aux 1^' et 4® et A aux 2* et 3^.
Argent. Denier. Poids 0^.53.
(Dewismes, PL V, ?t^ 80).
PL XXVI, nM9.
637. Huit R en légende, trois poissons dans le cbamp. j^. Croix cantonnée do quatre points. Huit doubles crosses remplacent la légende.
ArgenL Denier. Poids 0^.53.
(Dewismes, PL V, n" 8i).
PL XXVI, n« 20.
M. Dewismes classe ces deux deniers à Robert II, et il voit finiliale de ce nom dans la lettre R huit fois répétée.
Après ces monnaies qui ont soulevé une si grande diversité d*expIications, M. Dancoisne classe encore à Tabbaye de Saint-Vaast une maille qui défie toute certitude d'attribution; elle est complètement anépigraphe et représente un personnage assis entre deux bâtons surmontés d'un lis; elle offre ainsi un type audomarois. Rien ne milite pour la classer à l'un plutôt qu'à l'autre atelier, d'autant que le monnayeur Bertrand de Creuze, en 1212, avait le droit d'ouvrer dans les différentes villes de l'Artois.
On est étonné de ne pas trouver sur les planches de Poey d'Avant le petit denier de Philippe d'Alsace, qui figure dans sa description et qui était déjà connu par Duby.
638. * PHILIPVS. Dans le champ un grand A. ^. * ARAS^O. Croix cantonnée d'un S aux 1*' et 4^ et d'un fer de flèche aux 2* et 3^
Argent. Petit denier. (Hermand. Histoire monétaire de l'Artois, PL III, 71^^31 et 32).
PL XXVI, n^ 5.
On a souvent fait remarquer que l'A, qui est Tinitiale d'Arras, parait inspiré par I*A qui, dans Tatelier de ce même comte, à Amiens, a remplacé le mot PAX. I/annelet final a été imité notamment à Saint-Venant.
L'Artois fut réuni à la France par le mariage de Philippe-Auguste, avec Isabelle de Hainaut, nièce de Philippe d'Alsace, il fut depuis donné en apanage à Robert, frère de saint Louis (1236), et c'est à ce prince ou à ses successeurs du même nom qu'appartiennent sans contestation les mailles qui ne portent pas d'autre légende que le nom de l'atelier ARAS. Leur type est à l'écusson fleurdelisé; il fut continué par Mahaut, qui y inscrivit en outre son nom SncbAYT.
Quant aux trois dernières monnaies classées par Poey d'Avant, à Arras^ n"** 6751, 6752, 6753, PI. CLVII, n**« 18, 19 et 20, aucune ne nous paraît appartenir à cet atelier. La légende DVX, du n® 6751, ne peut s'appliquer au comte de Flandre. M. Deschamps de Pas a donné pour le n® 6752 une lecture très ingénieuse de la légende MAGVSREN et la classe à Saint-Omer, où nous allons la retrouver. Enfin il nous semble que le n® 6753 ne peut être refusé i Eustache de Boulogne et il sort probablement de l'atelier de Lens, ainsi que nous le verrons à cet atelier.