CAHORS
La monnaie de Cahors est l'une des plus communes des monnaies féodales. Elle fut successivement épiscopale, mixte et municipale. Elle fut d'abord exclusivement épiscopale et portait la légende EPISCOPVS avec la crosse entre les deux croisettes. Mais est-elle anonyme, comme le prétend M. Chaudruc de Crazannes, ou doit-on considérer comme l'initiale de Villelmus le V qui cantonne le plus grand nombre de ces monnaies ? Poey d'Avant .adopte cette dernière opinion et
(I) Mémoires de la Société archéologique du Midi, Tome \l, 1" et î' livraisons, pages 56 et suivantes . Le mémoire de M. Compayré contient des détails intéressants sur la vie de Sicard d'Alaman, qui joua un rôle des plus importants sous Raymond VII, Alphonse de France et même après la mort de ce dernier.
les classe à Guillaume IV de Cardailhu- (1208-1234). Nous n'aurions donc aucune monnaie de Cahors antérieure au xiii' siècle, tandis qu'il est certain que ce monnayage remonte à la fin du xi*, et qu'un document de 1090 accorde aux chanoines de la cathédrale la dime de la monnaie épiscopale. Parmi les pièces cantonnées d'un V il en est qui doivent remonter à Guillaume de Calmont (1 113-1130).
En 1224, l'évéque Guillaume IV, moyennant une somme de 600 sous, abandonna la monnaie aux consuls, et c'est à cette concession qui dura jusqu'en 1263, que nous plaçons le monnayage mixte qui porte * CIVITAS, une crosse dans le champ, et au revers CATVRCIS. En 126.5, l'évéque Barthélémy II interdit aux consuls toute faliiication. Ils n'y persistèrent pas moins et frappèrent des monnaies purement municipales. Ce ne fut qu'en 1280 que le droit de monnayage fut exclusivement reconnu aux évéques par arrêt du Parlement. Raymond de Curnil était alors évêque (1280-1293), et frappa monnaie avec la crosse tournée à gauche et la lettre R initiale de son nom cantonnant la croix.
Le cabinet de France possède le pied-fort d'un denier.
343. "i" 3 EPISAOPVS. Crosse entre deux croisettes. k. CATVRCENSIS. Croix cantonnée d'un V au 2*.
Billon. Pied-fort. Poids 6-.O0.
PI. XIV. n" 16.
Kl une variété du denier iimiiiiipal.
344. CATVRCIS. Croix, â. CIVITAS. Dans le champ V, deux croisettes et une croix longue.
Billon. Denier.
PI. XIV. n° 17.
PROVENCE
La numismatique si intéressante de cette province est loin d'avoir été traitée à fond par Poey d'Avant, qui cependant était allé étudier sur place les collections du Midi, et auquel les communications n'avaient pas fait défaut. Car les relations sont aussi cordiales d'un côté du Rhône que peu abondantes de l'autre. La classification de Poey d'Avant manque de méthode surtout pour les monnaies de
Charles I" et n'est pas conforme aux événements historiques. Sa chronologie est souvent défectueuse, ainsi que nous aurons l'occasion de l'observer pour le règne de Jeanne, le monnayage au double nom de Jeanne et de Louis de Tarente, les règnes successifs de Louis 1", d'Anjou Valois, Louis II et Louis III, dont il a confondu les monnaies sous une seule et même rubrique de Louis (1282-1284). Depuis, les articles de MM. Carpentin et Laugier, dans les Revues de numismatique Française et Belge, la monographie de M. Laugier, sur les monnaies de René d'Anjou, roi de Sicile et comte de Provence, les divers travaux de M. Blancard, archiviste du département des Bouches-du-Rhône, et les découvertes récentes de pièces inédites ont singulièrement enrichi celte série et jeté un jour nouveau sur sa classification.
M. Blancard avait d'abord publié (1) un article sur les monnaies ayant eu cours dans le marquisat de Provence et il les dénommait ainsi : 1° royal à la railro; 2° le royal Coronat; 3° le royal Marseillais; 4" le Guillelmin; .5" le royal de Raymond-Béranger; 6° les Raymondins des comtes de Toulouse, marquis de Provence; 7° les Avignonnais. Cet article renvoyait pour la discussion et la justification de certaines allégations à un article postérieur. M. Blancard en a abandonné la continuation pour refondre ses premières données dans son grand ouvrage sur les monnaies de Charles 1", comte de Provence, qui a été couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. Nous ne pouvons que l'en féliciter; car, si intéressant que fût au point de vue économique l'ordre d'idées dans lequel il avait conçu son premier travail, il avait le tort selon nous de jeter une certaine confusion dans les divisions géographiques des ateliers féodaux. .4u contraire M. Blancard, dans son ouvrage, nous a donné les renseignements les plus précieux sur l'existence decertains ateliers inconnus avant sa publication, sur les émissions et les baux monétaires. Nous lui ferons les plus larges emprunts.