‹ Monnaies féodales françaisesChapitre 15 sur 262 · MONNAYAGE ANONYME · texte numérisé non relu

MONNAYAGE ANONYME

« Les monnaies bretonnes, frappées depuis le milieu du ix"" siècle, ont donné, dit-il, matière à tant d'erreurs, que nous allons essayer de mettre un peu d'ordre dans cet assemblage confus de monnaies jetées comme au hasard dans les semblants de classiOcation posés par nos devanciers.

La première chose à constater, en mettant le pied dans ce prétendu dédale, est le point de départ du monnayage féodal de la province.

Ce point de départ fut le type de Charles-le-Chauve, immobilisé aussitôt après le triomphe de la révolte d'Enspoë en 832. A dater de ce moment, il fut seul employé jusqu'au commencement du \f siècle, et les monogrammes des espèces fabriquées pendant cette longue suite d'années ne furent que les i-eproductions de celui du roi franc, reproductions de moins en moins fidèles, à mesure que l'empreinte s'éloigne de son origine et avance sur le chemin de la barbarie.

D'un autre côté, de même que dans beaucoup de provinces, le nom de l'atelier principal de la Bretagne, celui de Rennes, passa à l'état de type régional et fui substitué dans les autres olBcines à leur propre nom. Cette transformation s'accomplit pendant le dernier tiers du l\° siècle et le premier du .x^. Elle prévalut ju.squ'au moment oii Etienne, duc de Penthièvre, émit son déni r de Guingamp. Aussi repoussons-nous de la série bretonne les deux deniers donnés tantôt à

(1) Kous avoas, à rarticle Bretagne, fait une étude comparative des prototypes royaux émis par Jean, et des imitations des ducs Charles de Blois et Jean de Monlforl. On peut s'y reporter pour les imitations du roi de Navarre.

Nantes, tantôt à Vannes (Poey d'Avant, VIII, n'^" 14 et 13) et qui sont en réalité sortis de l'Anjou, ainsi que le prouve la comparaison de ces monnaies avec celles d'émission antérieure appartenant sans contestation à l'Anjou.

Nous élaguons également la pièce d'or et celle d'argent de Louis IV, toutes deux à la tête à gauche, que MM. Thorasen et Poey d'Avant (PI. VIII, n'" 16 et 17] disent être de Nantes et que nous rangeons parmi les produits de l'atelier de Chinon. Nous passons sous silence les prétendus conans nantais, l'erreur est trop évidente pour avoir besoin d'être discutée.

L'officine de Nantes subit la règle commune. Son nom fit place à la légende REDONIS CIVITAS beaucoup avant que l'année 936 lut venue. »

Ces doctrines n'étaient pas nouvelles. Déjà, dans son premier volume, publié en 1858, Poey d'Avant s'était assimilé les idées de son compatriote et ami, M. B. Fillon. Il n'avait admis l'atelier de Nantes qu'en mentionnant les objections de ce dernier contre les pièces au monogramme dégénéré de Eudes, pouvant être reportées à l'Anjou, et contre celles à la légende de LODOVICV qu'il revendique pour Chinon. Mais du moment qu'après la publication des ouvrages dé Bigot et de Poey d'Avant, M. B. Fillon a cru devoir de nouveau, en 1860, émettre les mêmes idées, il y a là preuve d'une persistance qui a réellement sa portée émanant d'un savant aussi compétent. Nous ne sommes pas aussi certain que lui que la légende REDONIS s'appliquât à tous les ateliers. C'est un système pour les numismatistes de l'Ouest de considérer le nom d'une ville comme ayant servi à un type régional, ce qui n'est pas douteux pour Melle et ce qui est vraisemblable pour le Mans, mais ce qui est contestable pour Rennes et ce qui est formellement contesté par M. de Longpérier pour Rouen.

Mais laissons M. B. Fillon continuer :

« L'empreinte de Charles-le-Chauve subit, on le conçoit, en un pareil laps de temps, de nomhreuses modifications. Jusqu'à la seconde moitié du x" siècle, elle se conserva néanmoins presque pure. Mais elle éprouva alors des changements essentiels tout en gardant ses éléments constitutifs. Avant cette époque, quelques points secrets placés, soit dans les cantons de la croix ou du monogramme, soit dans les légendes, la locme particulière donnée à une lettre, servirent seuls de différents aux monnayeurs, tandis qu'alors des intérêts nouveaux s'étant fait jour, au milieu de dissensions intestines continuelles suscitées par les rivalités des divers princes qui se partageaient la Bretagne, toutes choses en subirent le contrecoup, et le type traditionnel ne fut plus respecté ; l'individualité des officines commença à se dessiner sous une uniformité qui ne fut plus qu'apparente ; les

caractères propres à chacune d'elles devinr.Mit de plus en plus visibles. Cette période transitoire dura plus d'un demi-siècle. »

M. B. Fillon propose de diviser en cinq catégories les pièces frappées entre 930 et 1020. Elles constatent, selon lui, l'existence pendant cette période d'au moins quatre à cinq ateliers différents :

I"" C.VTÉGOR[E. ^

I" llenier aux léjjondcs GRATIA D-l RIX. h. RIDONIS CIVIS dont il possédait le dessin. Argent. Poids I-.31- ;

2" Le n" 6, PI. VIII, de Poey d'Avant, dont le monogramme carolin est assez pur et la légende à peu près identique à la précédente ;

3" Variété en hillon, plus barbare et non décrite, de la pièce précédente: GIATAI D- RIX. R. RIDOIIISC. Poids I'. 20, lin du x*" siècle.

•î" GRATIA D-l RIX. Monogramme carolin très complet, il. VRBIto RIDONS Croix. Poey d'Avant, PI. VIII. Denier. Poids 1«.03, n" 7.

•î" MONETA CIVI. Débris de monogramme, n. RIDOIIIi/) ..IV- Billon. Poids ^'.63. Poey d'Avant, PI. VIII, n" H.

Selon M. B. Fillon. ces monnaies auraient été frappées à la suite de l'une de ces tentatives d'émancipation municipale qui ont précédé de longtemps la grande révolution des communes. Le poids élevé de la dernière indique qu'elle n'est pas d'émission féodale et que ceux qui la firent fabriquer avaient intérêt à ce que ce poids fut loyalement établi.

M. B. Fillon n'y classe que pour mémoire le n" 3 de la planche VIII de Poey d'Avant qu'il croit étranger à la Bretagne. La légende du droit et le monogramme sont défigurés. Au revers "î" RDN CIVITAS. Croix cantonnée de quatre points. Collection Thomsen.

Denier inédit presque semblable au n" 4, PI. VIII, de Poey d'Avant, mais d'un faire plus lâché et ayant des points aux I" et 2'' cantons de la croix. Poids 1^.23 de biilou. Milieu de la deuxième moitié du x'' siècle.

•î" BRITANHNE DVX. Monogramme dégénéré, i^. RID»&NIS CIVIT. Croix cantonnée aux 1" et 2" de croissant. Poids 1^.03. Poey d'Avant même planche.

n° 8. Commencement du xi'' siècle, ainsi que la pièce de plomb dessinée n° 10 de la même planche.

Enfin la pièce plus harbare dessinée sous le n" 9. Poids 0'.92 de billon et qu'il considère comme postérieure aux précédentes.

Il y a lieu de l'emarquer que le centre du monogramme est carré tlZ! au lieu d'être en losange <>.

^ BRITONNVii DVX. Monogramme carolin très défiguré. &. REDi^iNIS CIVIT. Croix cantonnée de deux espèces de croissant aux 2" et 4" Billon. Poids 1".16. Dernier tiers du x"" siècle. Celte monnaie porte en germe le type du n° 18, PI. VIII, dePoey d'.\vant.

On a vu que sur toutes les monnaies de la i"" et 5" catégories, la lettre i& était cruciforme. Kous la retrouverons telle sur celles d'Eudon de Penthièvre, frappées dans le nord de la Bretagne. Nous n'hésitons pas, en présence de ce fait et du rapport qui existe entre toutes ces pièces quant au style et à la fabrique, à les attribuer les unes et les autres à la même région. »

Telle est la classification proposée par M. B. Fillon. C'est une classification par ateliers dont les noms sont et resteront toujours ignorés, mais basée sur la similitude des types, des légendes et des monogrammes. Poey d'Avant avait fait son classement par périodes et il n'est pas toujours d'accord avec son compatriote et ami, dont il ne partage les idées qu'en ce qui touche les i" et 5* catégories. Il leur avait déjà reconnu un air de famille avec celles d'Eudon de Penthièvre.

MONNAY.AGE SIGNÉ.

« Nous voici, continue M. B. Fillon, arrivé au moment où comtes et ducs de » Bretagne signent leur numéraire. Nous ignorons si Geoffroi , fils de Conan-le- » Tors, qui régna de 992 à 1008, introduisit sur le sien cette innovation. Nous » ne le pensons pas, et le denier que lui attribue M. Bigot ne porte pas, en tout » cas, son monogramme. » Poey d'Avant qui reproduit ce denier, PI. VIII , n" 20, rejette également cette attribution et M. de Barthélémy, en i-endant compte de l'ouvrage de M. Bigot, dans la Revue de Numismatique, 1858, repousse toutes les attributions, dont M. Bigot a voulu enrichir la numismatique bretonne des IX'' et x" siècles.

La même incertitude ne pèse plus sur le monnayage d'Alain III, 1008 — 1040. Il a signé ses monnaies ; son nionnayeur ignorant, après avoir défigui-é le mono-

gramme carolin, a conservé dans la légende le titre de roi ALEN RIX, et tout le inonde est d'accord pour reconnaître que c'est une imitation de la léfiende Carlovingienne et que c'est à tort que M. Bigot a cru pouvoir faiie remonter ce denier à Alain I" (877—907).

Mais M. B. Fillon refuse à Alain III la pièce à l'étoile. ^Poey d'Avant, IM. Mil. n" 20. ^ ALAMNVS. R. REDONiS. Ktoilo à cinq branches. Poids O'^'.OO); et c'est aussi l'opinion do M. de Barthélémy qui , dans le compte-rendu précédemment cité, les reporte à Alain IV. Selon lui, elle est la copie des deniers de Déols. M. de Longpérier, au contraire, la présente comme le prototype des monnaies DOLEOCIVES qu'il considère comme frappées à Dol, en Bretagne. Nous avons résumé cette discussion à l'article de Déols.

Poursuivons, avec M. B. Fillon, l'examen du premier monnayage signé.

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