‹ Monnaies féodales françaisesChapitre 170 sur 262 · SEYNE · texte numérisé non relu

SEYNE

Le trésor de Rochegude a fait connaître un petit nombre de deniers et oboles au tvpe suivant.

436. * BGRTRÂND'. Croix, û. •i' COMGS i eONG. Kluile à biiit rais.

ISous donnons, PI. XVIII, n" 20, le dessin d'une obole du Caliinet de France, remarquable par la finesse de son travail.

Ce trésor, découvert en 1837, a été analysé par M. de Longpérier (1). Jl contenait plusieurs kilos des deniers anonymes de A'ienne, d'Anduse et de Valence; un nombre plus ou moins considérable de pièces :

D'Alphonse, comte de Provence, 1 167-1 196

De Guillaume VI, comte de Forcalquier, 1 130-1208

De Raymond IV, comte de Toulouse, 1 1 94-1 21 3

De Guillaume IV, prince d'Orange, 1182-1218

et les monnaies avec les légendes Bertrandas et au revers cornes edne.

L'enfouissement est de la On du xii' siècle. M. Blancard estime que l'G lunaire de ces dernières monnaies ne permet pas de les rejeter au-delà du dernier quart de ce siècle. C'est donc à tort à tous les titres que MM. Cartier et Requiea les avaient attribuées à Bertrand, comte de Toulouse, mort en 1125. MM. de Longpérier et Deloye ont proposé Bertrand I", de la maison de Forcalquier, mort en 1150, ou son lîis Bertrand II. Tous deux étaient seigneurs de Seyne. SEDENA et par suppression de la lettre S on obtiendrait la légende EDNE. MM. B. Fillon et Poey d'Avant ont combattu cette attribution et estiment que cette monnaie a du être émise par Bertrand, vicomte de Cadenet, bénéficiaire selon eux d'une charte de Guillaume V, de Sabran, vicomte de Forcalquier, de février 1223. Poey d'Avant n'avait pas vu l'original de cette charte et l'aurait-il eue sous les yeux, il n'en aurait pas (plus du reste que je l'eusse fait moi-même), tiré les enseignements que nous donne M. Blancard (2). Cette charte existe dans les archives des Bouches-du-Rhône (3). Elle ne crée pas un comte, mais un vicomte, et le nom de ce vicomte trois fois répété est R de Cadeneto et non B de Cadeneto. M. Blancard ajoute avec raison qu'il n'est pas moins dilTicile de faire

(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de France. Nouvelle série XX, paje .'fâ, et Revue Numismatique française 1844, page 124.

(2) Essai sur les monnaies de Charles I", comte de Provence. ;3) B. 315.

(le EDNE Cadeneto que Sedena, que dans l'un et l'autre cas il faut admettre la suppression de la consonne initiait'. Il faut remarquer en outre que la légende GDN'e s'écrit le plus souvent avec une virgule abréviative après l'N. Cette virgule n'aurait aucune raison d'être dans l'une ou l'autre lecture.

Après avoir rejeté les diverses attributions de ses prédécesseurs, M. Blaiicard, pour justifier celle qu'il va proposer à son tour, entre dans les considérations historiques suivantes.

Après la mort de Guillaume P^ comte de Provence (1018), l'un de ses fils, Bertrand 1", régit les provinces hautes au nord de la Durance entre les Alpes et le Rhône; l'autre, Geoffroy I", le pays entre la Durance et la mer. Il y eut donc division, non encore de la propriété, mais de l'administration du comté.

Bertrand I" mourut vers 1050, et ses deux fils Guillaume-Bertrand et Geoffroy II, continuant à régner sur la région d'outre -Durance, s'intitulèrent comtes d'Avignon. Leur oncle Geoffroy se qualifia de comte d'Arles, pendant que Raymond IV de Toulouse, héritier de sa mère Euima de Provence, prenait du nom de sa résidence le nom de comte de Saint-Gilles.

Adélaïde III, petite-fille de Guillaume-Bertrand, était comtesse d'Avignon et de Forcalquier pour les trois quarts, le dernier quart appartenant à Bertrand, comte de Toulouse, du chef de son père Raymond de Saint Gilles. C'est le Bertrand auquel on avait dans l'origine attribué les monnaies qui nous occupent. >'ous avons vu que la date de son décès (1125), ne concordait pas avec l'époque de l'enfouissement du trésor de Rochegude, dans lequel les monnaies étaient dans un état d'excellente conservation.

Adélaïde III eutun fils, Guillaume III, qui le premier de sa l'ace prit le titre de comte de Forcalquier et aussi celui de comte d'Embrun, et ce Guillaume eut un fils et un petit-fils portant tous deux le nom de Bertrand et que M. Blancard classe sous les noms de Bei'trand III cl Bertrand IV. Ce dernier reçut par arrangement avec son frèi-e le comté d'Embrun, bien qu'il ne prit que le titre de comte de Forcalquier, notamment dans un acte de 1168. Ce sont avec une numération différente les mômes seigneurs que ceux indiqués par MM. de Longpérier et Deloye, sous le nom de Bertrand I" et Bertrand II de Forcalquier, en faisant abstraction de Guillaume-Bertrand et du Bertrand I", qui, ainsi que nous venons de le dire, no prenaient pas encore le titre de comte de Forcalquier. C'est à eux pareillement que M. Blancard propose d'attribuer les pièces qui nous occupent, mais il les l'ait sortir d'un atelier différent, et à co sujet il donne un argument i|iii n'est pas sans valeur. La branche à lu(juelle appartiennent ces

seigneurs du nom de Bertmnd, n'était pas propriétaire du comlé de Provence et leur comté de Forcalquier était limité au S. par la Durance. Or, Seyne était une ville du comté de Provence. M. Biancard propose donc Embrun qui dépendait de poi'cahpiier, ainsi qu'il résulte de chartes de II 77 et 1202 citées par lui et il lit BERTRANDVS COMES EôreDuHEnsis, l'V étant remplacé par le signe abréviatif comme nous l'avons trouvé dans A'RAC pour AuR^Ciensis.

Le comte Bertrand aurait frappé monnaie à Embrun de 1193 à 1207, pendant (piL' l'archevêque d'Embrun exerçait de son côté les droits monétaires en vertu d'un diplôme de Conrad, de 1 1 47.

Celle nouvelle attribution ne nous satisfait pas plus que les anciennes, bien qu'appuyée sur des documents historiques qui ne manquent pas d'une certaine valeur. Mais la suppression de toute la syllabe b)'e nous paraît bien difficile à admettre et c'est là le premier point à établir par l'exemple d'autres suppressions de même nature.

Là solution de ce problème numismatique nous parait donc encoi-e à trou\cr. Il faut s'en tenir, en attendant, à l'opinion de M. de Longpérier qui se défend bien mieux que celle de Poey d'Avant, il n'est pas impossible en effet que dans l'enchevêtrement si compliqué des fiefs du Midi, les comtes de Forcalquier aient eu des droits sur Seyne, bien que située dans le comté de Provence.

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