MANOSQUE
M. de Longpérier (I) a proposé d'attribuer à la ville de Manosque el aux comtes de Forcalquier le denier suivant.
437. MANUE .". SCC en rétrograde. Croix à six branches, k. iî< MONETA. Croix simple.
Argent. Denier.
Collection Dassy. Imitation de la monnaie du Puy. PI. XVIII, n''2I.
Poey d'Avant a rejeté l'opinion du plus savant de nos numismatisles sans se donner la peine de l'examiner ni de la discuter. « Je ne dois pas oublier, » dit-il à l'article du Puy (2), de mentionner que M. de Longpérier, trompé par » la position rétrograde de la légende, a cru y voir le nom de Manosque. Il n'est
(1) Mémoires des Antiquaires de France. Tome XX, page 2-5.
(2) Monnaies féodales. Tome I^''. page 340.
» plus permis de reconnaître sur cette légende autre chose que les mots de » Sce Marie un peu corrompus ». Entraîné par cette affirmation si péremptoire, nous avons un peu légèrement, page 117, attribué ces deniers au Puy; mais en traitant plus particulièrement la numismatique et l'histoire de la Provence, et en rencontrant ce type du Puy à Orange (voir noire IM. XVIII, n"' 1 et 2), à Gap, à Sainl-Paul-Trois-Châteaux, nous avouons être fortement éliranlé et tout disposé à admettre l'attriliulion de M. de Longpérier.
Nous devons en tout cas faire connaître les motifs de ce retour d'opinion.
La seigneurie de la vallée de Manosque appartenait aux comtes de Forcalquier. Il y avait déjà au \if siècle une ville, deux châteaux et trois bourgs (I). En 1 \ i9 le comte Guy en donne la nue propriété aux Hospitaliei's de Saint-Jean-de- .Icrusalem.
Dono Hospitali Jerosolytano Maiiitesca?n, burgum et castellum et totas auras ciim tcrritoi'io et omnibus ad Manuescam pertinentibus.
Le nom de Manuesca figure aussi dans une charte de 1208.
M. Carpentin a pareillement soutenu l'attribution de ces deniers à Manosque (2). Il fait ]'emarquer que Manosque forme une sorte de quadrilatère avec Gap, Orange et Saint-Paul-Trois-Châteaux, que dans ces trois évêchés ou seigneuries le type du Puy a été imité, et que les comtes de Forcalquier avaient tout intérêt à avoir un type semblable à celui de leurs voisins; ajoutons que la monnaie du Puy était une des plus répandues pendant les croisades. M. Carpentin fait en ' outre connaître une forme du nom de Manosque , d'après deux bulles des Hospitaliers, publiées par M. Blancard (3), et qui porte en légende in dorainatione Maniiasche, la lettre H figurant dans ce mot comme dans Paschalis pour Pascalis, Charitas pour Caritas. Quant aux trois points en triangle .*. qui couperaient la légende MANVE .'. SCE, ce même triangle se retrouve dans PODI .'. ENSIS. Enfin la forme de l'U appartient au Midi.
Il est donc acquis que Manosque portait au xii'^ siècle le nom de Manuesca, que cette ville appartenait à cette époque aux comtes de Forcalquier, qui avaient le droit de battre monnaie, que les monnaies dont l'attribution est contestée remontent certainement à cette époque, tant par leur style (pie par la nature du
(l)Louvet. Histoire de Provence. Tome II, page 2.ji.
(2) Kevue de Numjsmalique française 1865, pago 182.
{^) Iconographie des sceaux du département des Bouclies-du-Rhùne PI. XCV, n»* 8 et 9.
métal et leur poids moyen (n.l3). Toutes ces raisons font pencher pour l'attribution de M. de Longpérier. L'observation des trouvailles en Provence et en Dauphiné pourra fournir un argument de plus.
SAINT-PAUL-TROIS-CHATEAUX (évéciié).
On peut dire que la numismatique très intéressante de cet évèché a été complètement remaniée depuis l'ouvrage de Poey d'Avant par MAI. Roman et Vallier, qui ont également modifié de la manière la plus féconde celle du Dauphiné et de tout le S.-E. de la France.
Pour l'évêché de Saint-Paul-Trois-Cbàteaux, Poey d'Avant a publié quinze monnaies dont une, d'après Duby, qui n'est point encore retrouvée.
MM. Roman et Vallier en possèdent ou en ont publié six complètement inédites. Ils n'en rectifient pas moins de huit, soit dans la lecture des légendes, soit dans la gravure, soit dans les armoiries qui occupent le champ. Grâce à eux, cette partie de la numismatique a changé d'aspect.
438. Eo Po lo So copus. Croix ancrée coupant la légende, r. S PAVLI. Mitre dont les fanons coupent la légende.
Billon. Obole.
(Vallier. Reçue behje 1877, Page 304).
Une obole à peu près semblable a été publiée par Poey d'Avant, PI. Cil, n" 3, mais elle a été gravée à rebours.
439. EjP-IjSj. Croix coupant la légende et dont chaque branche est terminée par des annelets. ^. S PAVU. Mitre dont les fanons coupent la légende.
Billon. Obole. Poids 0?.50 et 0'.30.
(Vallier, Revue beUje 1877, Pi. V, n" '2).
PI. XIX, n" 1 .
Poey d'Avant publie sous le n' 4668, sans la graver, une pièce portant le même type que les deux numéros qui précèdent, mais en dilïérant essentiellement par les légendes EPS SANTI PAVLI et au revers TRiCASTnEKSI, et surtout par le poids qu'il indique comme étant de l°.90. Enfin il l'indique comme faisant partie du cabinet de M. Bovet, à Grenoble. La longueur inusitée des légendes et le poids tout à fait insolite lui donnent une certaine invraisemblance. M. de Bovet a déclaré en outre ne l'avoir jamais possédée, et M. Vallier pense q^u'elle pourrait bien faire double emploi avec le n° 10, PI. CIL
440. ^ ePiSCOPVS. Croix à six branches. Ri. TRICASTRIN». Croix. Argent. Denier. Poids 1«.48.
Collection Roman.
PI. XIX, n" 2.
C'est une imitation de la monnaie du Puy que nous avons déjà retrouvée h Orange, et que nous allons retrouver à Gap. Ce type du reste persista à Saint-Paul-Trois-Chàtcaux. Poey dWvant en a publié une avec des rosaces à sept folioles pour l'évêque Benoit (1288).
441. "î* epiSCOPVS S Crosse tournée à gauche. ^. SCI PA VLLI. Croix longue coupant la légende dans le bas.
Billon. Obole. Poids 0-.60.
(Roman. Description de six monnaies Dauphinoises inédites). PI. XIX, n-S.
Ce type s'était déjà rencontré à Viviers et à Arles. Il y a lieu de noter la forme PAVLLI avec deux L- C'est le seul exemple en numismatique.
442. S lObANNES B. Saint Jean-Baptiste debout. Tour pour différent, i^. *^ FLORo EPo IriQAstrinensis. (Irand lis.
Or. Florin. Collection Roman.
PI. XIX, n" 4.
Ce florin anonyme est antérieur à ceux de Jean Costi, les seuls signés que l'on connaisse.
DRAGONET DE MOINTAUBAN. 1300—1326.
443 RAGO S GPS 3 TCAST. Croix simple. ^. ^ MONETA S S S PAV....
Tête à gauche.
Billon. Obole. Poids 0^.50.
(Vallier. Jîevtie belge 1877, PL V, n" 4). PI. XIX, n«5.
Poey d'Avant a fait graver une pièce semblable, PI. Cil, n" 7, comme étant un petit denier. Il hésite pour la lecture de la légende entre DRAGO et HVGO. M. Vallier se croit autorisé à lire et à dessiner DRAGO, malgré l'état défectueux (le l'exemplaire qu'il avait sous les yeux.
Nous avons entendu critiquer le dessin, même planche n° 8, qui porte comme armoiries de Dragonet de Montauban trois aiglons aux 1" et 4'= et un échiqueté aux â"" et 3% et Poey d'Avant allait au-devant de l'objection en disant que les
armes de ce prélal étaient de trois tours. — Vérification faite au Caiiinet de France, la pièce porte bien trois aiglons. Ce qu'il y a de singulier, c'est que le dessin n" 9 d'un denier appartenant à Guillaume de Cardaillac porte également trois aiglons, liien que la description porte trois croisettes et qu'il n'y aurait rien d'impossible que le n" 14, que nous n'avons pu vérifier, portât également trois aiglons aux 1" et 4, et un échiqueté aux deux autres. 11 en résulterait que ces armoiries seraient celles de l'évêché et non de l'évêque. Cet évéché relevait de l'empire. La concession monétaire a été octroyée par les empereurs et confirmée par Frédéric 1" en 1 154. Les sceaux des évêques de Saint-Paul-Trois-Châteaux ne portent pas leurs armoiries, mais l'aigle impériale regardant à gauche avec ces mots AqViLA IMPCRATORIS S R. J'en possède un de Dragonet de Montauban qui contient son nom écrit en entier DRAGONETI. M. Vallier en a également publié un de Hugues Aimeri avec l'aigle (1).