MONNAYAGE ANOÎS'YME DES ARCHEVÊQUES DE LYON
Jusqu'à pi'ésent on a fait commence!- ce monnayage par les deniers portant dans le champ L G. ÎNous pensons qu'il en existe d'antérieurs qui portent dans le champ L S. La lettre S n'occupe pas la place principale. Elle nous paraît être placée là comme suite de celle qu'on rencontre sur les deniers d'Henri II ou III.
(I) lIofTniann. Le Numismate 1S()2, page 27.
Nous on connaissons tlcux exemplaires variés.
o38. "î" PRIMA SeOeS. Dans le ciianip L S. r. 'î' GALLIARV. Croix paltée. Argonl. Denier un peu ébreché. Poids 1^'. Collection Ferrari, n. XXII, n" 14.
•■i39. ^ PRIMA SeoeS. Dans le champ LS entrelacés, a. «î- GALLIARV. Croix.
Biilon. Denier. Collection Recamier.
Pl.XXII, n° 15.
>"ous croyons devoir donner à nouveau le dessin du n" il, PI. CXHI de Poey d'Avant, tant ce dessin rappelle peu le style très lin du denier du cabinet de France.
340. ^ PRIMA S£D£S. Dans le champ L G paraissant être la dégénérescence de L S. K. GA LL lA RV. Croix coupant la légende. Argent. Denier. Cabinet de France.
Pl.XXII, n° 16.
Les monnaies suivantes présentent quelque variété avec celles connues :
o4l. ^ PRIMA S£DeS. Dans le champ L barrée par un trait à deux crochets. ^. >^ GALLIARV. Croi.x simple.
Argent. Denier. Collection Gariel.
PI. XXII, n» 17.
•342. * PRIMA S6D6S L. Dans le champ cruciforme accosté du soleil et de la lune. il. ^ GALLI I ARVM. Croix longue cantonnée au 2'^ d'un soleil. Biilon. Double. Poids l?.3o.
Cabinet de France.
Pi. XXII, n-'IS.
o43. * Entre trois trèfles PRIMA trèfle SGOSS. Grand L cruciforme entre le soleil et la lune. ^. "î" GALLI | A trèfle RVM trèfle. Croix fichée coupant la légende, cantonnée au 2* d'un soleil, au S"" d'un croissant de lune. Argent. Gros. Poids 2-.7o.
Collection Recamier.
PI. XXII, n°I9.
Il est regreltabie que le monnayage de larchcvéque et du chapitre de Ly<u
n'iiit point encore été l'objet d'une monographie, tandis que les plus petits fiefs ont souvent été étudiés par deux ou trois numismates. Ce travail a été si souvent et depuis si longtemps annoncé (I) qu'il ne faut pas désespérer de le voir aboutir.
L'élude que nous avons faite du numéraire de Lyon dans toutes les grandes collections de Paris, nous permet de formuler les propositions suivantes.
Le monnayage anonyme de Lyon peut se diviser en trois périodes bien distinctes.
Les monnaies les plus anciennes de la première période nous paraissent être celles qui, dans le champ, contiennent les lettres LS et qui font suite aux monnaies de Rodolphe et d'Henri, présentant également la lettre S. On peut en étudier la forme sur notre PI. XXII, n° 14, quiaproduit le monogramme LG, de môme que la forme LS entrelacés de notre n° 15 a produit L barrée.
Cette L barrée caractérise la deuxième période. Elle l'est d'abord par un trait simple, souvenir de la lettre S, puis par un trait se terminant par deux crochets Voir notre PI. XXII, n° 17), et enfin la lettre L devient cruciforme et le bas lend de plus en plus à devenir le pied de la croix. (Voir notre PI. XXII, n° 18). Les signes épigraphiques de cette période sont l'C lunaire, qui s'est maintenu à Lyon beaucoup plus longtemps que nulle part ailleurs et la forme abréviative de rV de Galliarum très accentuée sur notre n" 17.
La transition de la deuxième à la troisième période nous parait indiquée par les n"" 19 à 21 , PI. CXIII, de Poey d'.\vant, qui portent à la l'ois l'C lunaire et l'V abréviatif, et d'autre part le soleil et la lune que nous retrouvons comme signe distinctif de la troisième période.
.\ cette période appartient tout le monnayage portant à droite et à gauche (le l'L cruciforme et dans les cantonnements du revers le soleil et la lune. Outi'c ce signe caractéristique, ce monnayage se distingue par les épicycloïdes, ornement que les rois de France n'ont employé d'abord que sur l'or, mais qui paraît sur les monnaies de billon des seigneurs voisins avec Humbert II, dauphin
(1) B. Fillon annonçait dans le catalogue Rousseau qu'il préparait une monographie et qu'il en avait réuni tous les éléments. M. Recaniier, qui possède certainement la collection la plus complète, se propose d'embrasser tout le monnayage de I.yon ; celle collection a fourni à .M. CM. Lenormand le sujet iTunecimmunication des plus intéressantes pour l'époque Romaine, communication faite à l'académie des inscriptions et belles-lettres. M. Recamier, par le synchronisme des trouvailles qu'il a recueillies et hi comparaison des dilTérfnts monétaires avec les plombs tirés du lit de la Saône, espère arriver à classer à chaque archevêque les monnaies que nous n'avons pu classer que par périodes. M. Morin Pons continue à rechercher les documents pour l'histoire de l'atelier féodal.
de Viennois, au pins tard 1340 et plus souvent dans la seconde moitié du XIV* siècle, sur les espèces des évéques de Valence et Die et des comtes de Valentinois et de Diois. La croix fleurdelisée et renflée dans le bas (Poey d'Avant, PI. CXIV, n" 4), et la croix longue de notre PI. XXII, n" 18, ont leurs similaires sur les monnaies de Philippe VI (1328-1350). (Voir Hoffmann, n"' 23 et 42). La croix fichée de notre n" 19 n'a pas d'équivalent exact dans les monnaies royales. La croix double du n° 8, PI. CXIV de Poey d'Avant, se retrouve sur les monnaies Dauphinoises et peut être rapprochée de notre n" 12, PI. XXI. appartenant à Humbert IL
Xous retrouvons la croix feuillue du u" 9, PI. CXIV de Poey d'.Vvant, sur les gros de Guigue, dauphin de Viennois, de Pasteur et de Raymond, archevêques d'Embrun (^'oir notre PI. XX, n» 8), et d'Aymar de Valentinois, peut-être Aymar V. tous dans la première moitié du xi\' siècle.
Il serait donc bien important de savoir à quelle époque précise le soleil et la lune firent leur apparition sur les monnaies de Lyon et on peut encore espérer le découvrir, puisque certaines ordonnances signalent ces différents comme étant déjà un type plus ancien.
Ces documents, après avoir fait l'objet d'une communication de M. Morin Pons. à l'Académie de Lyon, ont été analysés par M. de Barthélémy (1). Le plus ancien ne remonte pas au-delà de 1350, et trois seulement sont antérieurs à l'archiépiscopat de Charles d'Alençon (13 juillet 1365). Us ne nous donnent malheureusement aucun renseignement sur la taille, ni sur le type de la monnaie. A partir de cette époque, les ordonnances sont plus abondantes et surtout plus précises. Celles des 17 novembre 1368, 9 septembre 1369, 28 avril 1371 et 2 octobre 1373, en même temps qu'elles nomment le maître de la monnaie pour un an, prescrivent le poids et l'aloi de chaque espèce. Nous étudierons plus particulièrement celle du 17 novembre 1368 qui, sauf quelques différences de poids et de taille, est reproduite par les autres.
Elle prescrit la fabrication : 1" De deniers blancs, ayant cours pour six deniers viennois, fabriqués à raison de 7 livres 10 sous viennois au marc d'argent fin. de quatre deniers de loi, 8^ 4**. de poids, et à deux grains de loi et un denier de poids de remède; 2° d'autres deniers blancs, dits forts viennois, ayant cours pour deux deniers viennois, à S"*. 8". de loi, 14". 7''. de poids; 3° de deniers noirs.
(1) Revue Numismatique française 1860, page 140.
ayant cours pour un denier viennois, à 1''. 12'. de loi et 18'. 9'. de poids. L'ordonnance du 28 avril 1371 ordonne la fabrication d'une quatrième espèce do monnaie. Ce sont des gros d'argent ayant cours pour huit deniers, à 8 sous de poids, mais le chiffre de la loi manque.
Essayons d'abord d'identifier les diverses monnaies indiquées dans ces ordonnances avec celles connues.
Les gros d'argent qui avaient cours pour 8 deniers viennois étaient à 8 sous de poids. Il devait y en avoir 8 fois 12, soit 96, dans le poids d'un marc, probablement celui de Paris, qui était de 244 grammes 732. Chaque gros devait donc peser 2".54. Une seule monnaie correspond à ce poids. C'est le n° 5, PI. CXIV, de Poey d'Avant, qu'il indiqua comme étant au cabinet de France, et pesant 2^.8. Le poids vérifie par nous est en réalité de 2°. 30. La fabrication de ce gros, ordonnée en 1371, n'a pas été continuée en 1373; il n'est donc pas étonnant qu'il soit très rare.
Le blanc valant 6 deniers était à la taille de 8'. 4'^. dans l'ordonnance de 1368, c'est-à-dire de 100 pièces par marc. Comme il était à 4''. de loi, c'est-à-dire à un tiers de fin, il fallait 300 de ces pièces pour payer un marc d'argent fin, c'est-à-dire à 12''. de loi. De plus, comme le blanc valait 6'., le prix du marc de fin était de 300 X 6 = 1 ,800 deniers. Or, 1 ,800 deniers, à 12 deniers par sol et 20 sols par livre, soit 240 deniers par livre, donnent bien exactement le chiffi'c de 7 livres 10 sous, qu'indique l'ordonnance de 13G8.
Il faudrait donc que le blanc valant 6 deniers viennois, et à la taille de 8'. 4''., c'est-à-dire de 100 au marc, taille qui n'a été que très légèrement modifiée par les ordonnances suivantes, pesât 2^.44. Nous ne trouvons comme se rapprochant de ce poids qu'un exemplaire du n" 8, PI. CXIV, pesant 2s.30, collection Gariel et l'exemplaire du n" 9, cabinet de France, 2'. 38.
La taille des forts valant 2 deniers viennois, varie de 13*. 8'. à 13^, en passant par 14'. 7. Prenons ce dernier chiffre intermédiaire qui produit 173 pièces au marc, soit 244 divisé par 173 = 1*^.39. Les monnaies approchant de ce poids seraient le n" 6, même planche, poids 18.29, et le n" 1 1 , 1^.30, appartenant toutes deux à Charles d'Alençon, la l'' par les fleurs de lis du cantonnement, la 2° par le nom KROL inscrit dans le champ.
Quant au denier noir correspondant au denier viennois et qui devait être à la taille moyenne de 18'., c'est-à-dire de 216 au marc, il devait peser 1».13. La seule pièce correspondant à ce poids, parmi les monnaies portant les différents du soleil et de la lune, serait le n° 7 indiqué comme pesant 1^.03. Ce denier était
appelé ajuste raison denier noir, car il n'était qu'à un denier de loi, c'est-à-dire qu'il ne contenait qu'un douzième d'argent-le-roi.
Si nous avons autant insisté sur les poids des espèces indiquées par les ordonnances de 1368 à 1373, c'est pour en déduire une conséquence qui nous paraît logique.
Une des plus répandues parmi les monnaies épiscopales de Lyon est un double d'argent ou de billon, à très haut litre, qui ne correspond pas du tout à la taille du numéraire qui précède. Les nombreux exemplaires que nous avons pesés varient de 1^.60 à l?.7o. Il est figuré sous le n° 19, PI. CXIII, de Poey d'Avant, qui en indique une division pesant 0-.82. Ce monnayage porte à la fois l'G lunaire et le soleil et la lune. Il est très cei-taineraent antérieur au monnayage édicté par les ordonnances que nous avons citées. Mais ce dont il faut surtout prendre note. c'est que par son poids et la nature du métal employé, ce denier indique un tout autre système de monnayage.
Examinons maintenant quels enseignements on peut tirer de ces ordonnances au point de vue du type.
L'ordonnance du 17 novembre 1368 permet au maître de la monnaie de frapper avec tels signes qu'il lui plaira ciim omnibus sigtiis, signaciiUs, seii caracteribus , que sibi placuerint et videbuntur opportuna, pourvu qu'il maintienne l'inscription Prima Sedes Galliarum. Cette clause a paru avec juste raison à M. de Barthélémy ouvrir la porte aux contrefaçons, faites par l'archevêque, des monnaies royales et en donner la date. >'ous disons à dessein l'archevêque, car les monnaies signées que nous avons vues de Charles d'Alençon. sont toutes d'un détestable métal.
Cette tolérance est continuée par l'ordonnance du 9 septembre 1369, qui permet au maître des monnaies de choisir le type qui lui conviendrait sub quocumque signo et contrasigno quod eidem placucrit, pourvu qu'il conservât la légende Prima Sedes Galliarum.
Il est évident que cette contrefaçon d'une part et le mauvais aloi des monnaies avaient frappe le chapitre, puisque le 22 avril 1371 il prescrit seul, en l'absence de l'archevêque, le retour aux types anciens et cela dans les termes les plus impératifs: voluerunt et consensiemmt quod scudatur moneta ad signa et formam antiqiiiora, aliter non, et une autre ordonnance du 28 avril 1371 nous dit quels sont ces signes plus anciens. Les monnaies doivent porter la légende Prima Sedes Galliarum avec le type du soleil et de la lune. Le maître pouvait les diminuer ou les augmenter selon les variations des espèces du roi de France.
Celui-ci, de son côté, s'était préoccupé de l'iraitation des monnaies royales par Charles d'Alençon. Deux types en elTet en sont la copie exacte; l'un est la copie du blanc de donne avec la lettre K dans le champ, l'autre celle du denier delphinal avec KROL dans le champ.
En 1373, l'archevêque fut invité à discontinuer la monnaie d'argent qu'il faisait faire et foi-ger, en son château de Bechevilain, depuis quatre ans, et à fabriquer la monnaie que d'ancienneté les arcevesques de Lyon avaient accoiistumé de faire, c'est à savoir des blancs oit il ij a un soleil et une lune, et le 12 juillet 1373 les gens de l'archevêque déclarèrent pour leur maître, en la chambre des monnaies, qu'il ne ferait plus faire ni forger lesd blancs deniers contrefaits à ceux du roij, mais se délaissait de icelle contrefaire et que s'aucuu ouvrage il voulait faire, si le ferait par le conseil du roij, et outre fut dit que le maitre qui avait fait l'ouvrage en lad monnaie l'avait lessiée à cette fête de Saint Jean-Baptiste dernièrement passée (I).
Cet engagement ne fut pas rempli et le 7 août 1373, le chancelier vint en la chambre des Comptes et dit que Monseigneur de Lyon n'avait pas cessé de faire ouvrer en sa monnaie, se il n'avait cessé huit jours devant la date de cette lettre et M. d'Amiens répondit que le vicaire le avait envoyé quérir un tailleur pour ce que le sien était malade et que en vérité il cesserait de faire ouvrer, se n'estait en l'ancienne guise à laquelle il a accoustumé d'ouvrer.
Ces remontrances nous signalent l'ancienneté du type au soleil et à la lune que nous avons déjà vu qualifiée de signa antiquiora dans l'ordonnance de 1 371 .
Ainsi le chapitre d'un côté pour la conservation de ses bénéfices monétaires, le roi pour assurer le cours de sa monnaie, s'opposaient chacun dans son intérêt au monnayage signé par l'archevêque; commencé selon toute vraisemblance par suite de la faculté laissée au maitre des monnaies, le 17 novembre 1368, de faire graver tels signes qu'il lui plairait, ce monnayage ne dui'a pas même quatre ans et fut discontinué par suite des injonctions royales.
Aussi le 2 octobre 1373, ce sont les grands-vicaires et le chapitre qui nomment le maître des monnaies en l'absence de l'archevêque, avec mission de frapper aux mêmes types et légendes que le maître précédent, c'est-à-dire à la légende Prima Sedes Galliariim et au type du soleil et de la lune, le tout au marc de Lyon. Cette énonciation paraît pour la première fois, ce qui fait présumer que les autres indications sont au marc de Pai'is. Les actes suivants : 8 avril 1375, du vivant de
(I) De Saulcy. Documents monélaires, page 321.
Charles d'Alençon, mort seulement le o juillet 1375, 29 mars 1378, 10 décembre 1379, émanent du cliapitre seul. Celui du 13 février 1380, qui nomme Barthélémy Lamberti maître de la monnaie sedes ecclesie lugduni, est signé par Jean de Talaru, archevêque, et le doyen du chapitre. Il est à espéi-er que la monographie si souvent annoncée nous fera connaître d'autres documents et nous fixera sur la fin de ce monnayage que Poey d'Avant place en 1414, date de l'arrêt qui ordonna la translation de l'atelier de Màcon à Lyon; l'archevêque protesta, en disant que l'ouverture d'un atelier royal détruirait les privilèges monétaires concédés à son siège par les empereurs et confirmés par les rois de France. 11 profita sans doute du triste état de la France à cette époque pour continuer son monnayage, ou tout au moins pour en faire usage à diverses reprises ; en tout cas l'atelier royal ne fonctionna elïectivement à Lyon, d'après M. Robert (I), qu'à la fin du xv" siècle.
On a souvent fait remarquer combien les anciens liistoriens de nos provinces avaient une propension marquée à reculer le monnayage particulier, non seulement des prélats et des abbayes, mais encore des seigneurs féodaux. Pour aucune province celte observation n'est plus juste que pour les Bombes. Guichenon (2) raconte que les sires de Villars frappaient monnaie à Trévoux. Aubret (3) écrivait que les princes de Bombes avaient toujours eu le droit de battre monnaie en Bombes. 11 va, dit-il, des informations desquelles il paraît qu'ils en ont fait battre dès l'an 1300. M. Sirand (4), arguant de la déclaration de Guichenon, voudrait faire remonter le monnayage à 1143, date qu'il assigne à tort au décès du dernier des sires de Villars. M. Mantellier (.5) a relevé cette double erreur et fait observer que la première maison de Villai-s ne s'éteignit qu'en 1216 et la seconde qu'en 1413, et qu'ainsi la mention que Guichenon fait de la monnaie des sires de Villars ne reporterait pas le
(1) Revue Numismatique française 1860, page 462.
(2) Histoire de Bresse, part. 3«, page ii'k
(3) Privilèges du pays et de la souveraineté de Bombes. .Manuscrit de la bibliothèque de Trévoux.
(4) Monnaies inédites des Dombes, Bourg en Bresse 1848. (o) Revue >'umismatique française 1849, page 39o.
moins du monde ce monnayage à la date minima de 1145. Mais il admet, sur le témoignage d'Aubret, que ce monnayage a pu commencer vers 1300, époque à laquelle Trévoux l'ut entourée de murailles et à laquelle les sires de Tlioire et Villars, formant la deuxième maison de Villars, ont pu, se dégageant de l'autorité affaiblie des empereurs dans ces contrées, usurper le droit de battre monnaie. En tous cas aucune espèce émanant des sires de Villars-Thoire ne nous est parvenue et c'est à tort que Poey d'Avant écrit que des titres mentionnent l'établissement d'un atelier monétaire à Trévoux, en 1300. Quelque soit la valeur des assertions d'Aubret, que Ducange qualifie d'iiistoriograpbe ('■rudit^ il ne faut pas confondre ce qu'il n'appelle que des informations avec des lilres qu'il n'eut pas manqué de publier.
Mais il est hors de doute que les seigneurs de Dombesde la maison de Bourbon ont battu monnaie. Le fait est certain pour Jean I" (1410-1434). Il résulte : 1" De l'inventaire du trésor des Dombes, qui mentionne les mutations des monnaies et les poids et lois auxquels elles furent faites depuis le 16 juillet 1414 jusqu'en 1422 (1); 2° d'un acte de 1427 retrouvé par Guichenon dans les archives de Savoie, e( ayant trait au différent survenu entre le duc de Savoie et .Ican de Bourbon, au sujet du monnayage de Trévoux. Il n'est pas indifférent de remarquer que dans la réponse faite par la duchesse de Bourbon, pendant la captivité de son mari en Angleterre, elle invoquait les droits de ses prédécesseurs, les sires de Tboire et Villars, qui faisaient battre monnaie à Trévoux, où les coins, dit-elle, se voyaient encore.
Jean I" de Bourbon a donc frappé monnaie. Mais peut-on, avec une certaine vraisemblance, lui attribuer quelques monnaies distinctes de celles appartenant à Jean II, son successeur médiat à quelques années près (1459-1488), nous ne le croyons pas. Au contraire toutes les monnaies publiées jusqu'à présent nous semblent appartenir exclusivement à Jean II.
Ainsi, qu'on rapproche le blanc gravé par Poey d'Avant, PI. CXIY, n" 17, de relui de Charles VII, Hoffmann, PI. XXXIII, n"' 40 à 42; tous deux portent au droit un écusson à trois fleurs de lis dans un cercle à trois lobes et au revers la croix dans un cercle à quatre lobes. Or, cette monnaie royale, dite guenar, n'a été émise au nom du roi par le duc de Bourgogne qu'en 1435, c'est-à-dire après la mort de Jean I". Rapprochons pareillement le n° 15 de Poey d'Avant du n" 47
(1) Cet inventaire fut dressé par ordre de M"' de Moiitpensier en t66i. Manlellier, notices sur I monnaie de Trévoux, p. 18.
(le Charles Vil, le n" 18 du n" 21 de Louis \I (II, l'obole n" 20 à la (leur de lis des types semblables de Charles VII et Louis XI. Le n" 19 de Poey d'Avant, dessiné d'après M. Sirand, rappelle les monnaies de Louis XI par les trilobés qui entourent le champ au droit el au revers la croix de Saint-Michel. Restent les n"M4 et 16; les deniers aux quatre fleurs de lis coupées par un lambel. Il n'y a pas de prototype royal; mais comme ce type est continué par Pierre, on ne peut l'allribuer qu'à Jean II.
Los monnaies de Jean I" qui en émit certainement, de son prédécesseur Louis II il402-lil0), de son successeur Charles (1434-1439), sont donc encore à retrouver. Jean II (1 439-1 482), au conLruire, nous a fourni dans ces derniers temps la preuve d'un monnayage éclatant^ remarquable à la fois par la beauté du type el la Gnesse de l'exécution. Le premier des seigneurs français et avant même la maison royale de France, il frappait sur or au type italien connu sous le nom de Teston, et que Louis XII devait le premier introduire sur ses monnaies d'argent.
544. * lOHES * DVX * BORBONII * TREVORCI : DNS- Tête du duc ceinte d'un bandeau perlé et terminé par une fleur de lis. Il porte au cou le collier de Saint-Michel. &. DEXTERA * DM * EXALTAVIT * ME A- Le duc tenant l'épée haute et montant un cheval caparaçonné aux armes de Bourbon. La tleur de lis qui coiffe le heaume ainsi que les jambes du cheval coupent la légende. La lettre A qui a déjà été observée sur les monnaies de billon parait être un différent monétaire.
Or. Poids 3?.40. Teston
Cabinet de France. Collection Recamier.
PI. XXII, n" 17.
L'ordre de Saint-Michel ayant été établi le I" août 1469 et Jean II étant l'un des quinze chevaliers de la première promotion, cette monnaie ne peut être antérieure à cette date.
C'est donc à tort que Duby avait attribué à Jean I" la médaille suivante sur laquelle le duc de Bourbon porte également le cordon de l'ordre de Saint-Michel.
Bien que cette pièce ne soit pas une monnaie, nous ne pouvons résister au désir de la comprendre dans notre travail pour la rapprocher de celle que nous avons publiée sous le n° 1, PI. XII, pour Gaston de Foix, seigneur du Béarn (1436-1471).
(I) Les n" 47 et 21 sont ceux de l'ouvrage d'Hofi'manii.
54o. >^ 10 - DVX * BORBONI ET ALVERNIE * TREVORCH * DNS. Le duc
Jean debout portant le collier et le manteau de l'ordre de Saint-Michel, tenant son épée nue sur un champ semé de fleurs de lis avec une bande pour brisure. K. lî- DS * NR * REFVGIN * ET * VIRTVS * IN TRVLACOIBVS pour in TR'VvVLAC/O^IBVS. Ecu de Bourbon au centre d'une croix formée par quatre flammes cantonnée de quatre fleurs de lis. Or. Poids 20«.4o.
Cabinet de France. PI. XXII, n" 18.
La même en cuivre frappée avec le même coin. Collection Cliarvet.
5i6. >îf DEVS î IIOSTER l REFVGIV î ET î VIRTVS î III î TBVLACIOIIIBVS. .Même type (pie les précédents. ^. * IbENS î DVS î BORBOIU î ET î ALVERIIII î TREVOCI î DUS î . Même type que les précédents.
Cuivre doré. Cabinet de France.
PILRIli; II. 1482—1503.
547. -i" PETRVS * DVX * BORBONI * TREVOSI * DNS. Tête du duc de profil ceinte d'un bandeau. Il porte un collier (pii rappelle les coquilles de l'ordre de Saint-Michel, i^. DEXTERA * DNl * EXALTA * VIT * ME *. Le duc à cheval coifl'é d'un heaume surmonté d'une fleur de lis coiipant la légende et tenant l'épée. Le cheval est caparaçonné au.\ armes de Bourbon. Or. Poids 38.53.
Cabinet de France. Collections Regnaud et Recamier. PI. XXII, nMO.
iNous connaissons trois exemplaires de ce teslon d'or; tous trois porlenl en légende TREVOSI. La forme des T est le plus souvent le T- cursif; le collier se rapproche plus ou moins du collier de l'ordre de Saint-Michel.
Or, Poey d'Avant publie PI. CXV, n" 4, un essai en argent, poids 5^.40, qu'il attribue à Pierre II et qui porte en légende ^ IR •!« TE li» DRE 'î' SPCRAVI. Tête du duc ceinte d'un bandeau et portant le collier de Saint-Michel, iî. Cavalier à droite et légende des numéros précédents.
Cet essai, dont Duby signale un exemplaire en or, est-il bien de Pierre II. Puisque Jean II s'est cru en droit de frapper la monnaie d'or en son nom, doil-oii
admettre que son successeur aurait hésité à user de la môme prérogative. Nous estimons au contraire que l'essai anonyme a dû précéder la monnaie signée de Jean.
On trouve dans les documents monétaires (I) la description suivante : « Ducat de Bourbon à 23''. 1/2. Une teste; escrit Petrits dux borboniensis. D'autre côté, un duc armé sur un cheval et les armes de Bourbon qui sont les (leurs de lis barrées ». Est-ce une légende mal lue ou une émission différente.
oi8. * PETRVS DVX BORBONI TD. Ecu aux armes de Bourbon dans un cercle à trois ogives contenant chacune une flamme, fk. ^ DISPERSIT DEDIT PAVPERIBVS. Croix cantonnée de flammes aux 1" et i"" et de fleurs de lis aux 2° et 3*, dans un cercle à quatre lobes. Billon blanc. Catalogue Rollin et Feuardent.
Ce blanc est identique comme type au n" 2, PI. CXV de Pocy d'.\vant, qui porte en légende Petnis cornes clarimonds.
Nous ne suivrons pas plus loin la numismatique des Dombes. Pour nous, la période féodale est terminée et le monnayage de la famille de Bourbon xMontpensier appartient par ses types et sa fabrication à la période moderne de notre histoire. Signalons néanmoins un article de M. Morel Fatio (2) qui fait connaître un essai uniface en cuivre d'un sequin, portant en légende S M TREVO DVX G DOM. Saint .^larc était le patron de Trévoux comme de Venise.
Mentionnons également qu'on retrouve avec les testons de Louis II, duc de Bourbon, des testons de Henri II, roi de France, contremarques d'un A lambda. Nous pensons que le duc de Bourbon, remis en 1560 en possession définitive de ses états et de ses droits régaliens, a voulu en user de suite, en contremarquant le numéraire royal du x lambda, signe particulier qu'on retrouve sur sa monnaif après sa réorganisation en |.j74.