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FRANCHE-COMTÉ

Un a beaucoup disserté sur l'origine du nom donné à celte province. C'étail d'abord, dit M. Castan (3), le comté de France ou le franc comté, puis France comté, et en flamand Franche-Comté. Philippe-le-Bel et ses successeurs revendiquèrent lanlôl par les armes, tantôt par la voie diplomatique, le comté de

(1) De Saulcy. Documents monélaires, tome I", page SG. <2) Revue Numismatique française 186-3, page 199.

(.3) Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 111' Série, Tome VI IHtjl, pages 49o-497.

Bourgogne comme province naturellement française, et nous verrons qu'ils y frappèrent des monnaies.

Un numismaliste distingué, M. Morel-Fatio, a propose pour cette province une restitution importante. Jl s'agit du monnayage très considérable des deniers immobilisés à la légende CARLVS REX et au revers BLEDONIS et qu'on avait jusqu'à présent attribués à Blainville.

Il y en a de deux types ; le plus nombreux porte un temple carolingien et dégénère successivement jusqu'à ne plus contenir que le fronton.

o49. * CARLVS REX. Croix cantonnée de quatre points. ^. BLEDONIS. Fronton d'église carolingien, dessous S.

Denier. Poids O'-'.Oo.

Collection Caron.

PI. XXIII, nM.

Cet exemplaire est évidemment d'une émission très basse.

"ioO. ^ CARLVS REX. Croix cantonnée de deux S. ^. BLEDONIS. Tête de face. Denier. Poids 0«.90.

(B. Flllon. Catalogtie Rousseau, PL V, n" 7). PI. XXIII, n" 2.

L'attribution à Blainville ne peut se soutenir, cette localité n'ayant été fondée (pi'au xi" siècle, par un seigneur du nom de Blido. La légende immobilisée d'un roi portant le nom de Cbarles, CARLVS, indique évidemment une origine plus ancienne ; M. B. Fillon disait qu'il fallait chercher ailleurs l'atelier d'émission et il circonsci'ivait la situation de cet atelier dans les régions de l'Est situées depuis la Meurthe jusqu'à la hauteur du lac Léman.

Est-ce guidé par celte indication, ou procédant de sa propre initiative, que M. Morel-Fatio a proposé de lire sur ces monnaies Bnrgiis LEDONIS, comme nous lisons déjà sur les monnaies du comte Renaud LEDONIS VIL/c/. Cette lecture ne paraît pas dénuée de vraisemblance.

L'immobilisation du noin de Charles dura fort longtemps. Ayant eu .son prototype dans le ix° ou x'' siècle, elle se continua pendant tout le xii'^ siècle. Cette perpétuité du type carolingien expliquerait la rareté des monnaies signées par les premiers comtes de Bourgogne. On n'en connaît que deux types, dont un à un seul exemplaire. Il est vraisemblable que les monnaies, au nom de CARLVS immobilisé, étaient plus en faveur qu'un type nouveau.

Je no puis partager l'opinion de MM. Planlet et Jeannez, adoptée par Poev d'Avant, et donner à Philippe II, seigneur de Vienne, les monnaies à lui attribuées par mes devanciers.

Je ne vois pas très bien pourquoi Philippe-le-Bel, devenu acquéreur du comté en 1295, ou Philippe-le-Long, qui en resta possesseur jusqu'en 1321, n'auraient pas frappé monnaie dans leur nouvelle possession. Il est même certain que Philippe-le-Bel usa de ce droit, puisque sur la réclamation de l'archevêque de Besançon, il lui délivra le 12 avril 1306 des lettres de non préjudice, sans reconnaître néanmoins qu'il eut besoin de l'autorisation de l'arclievêque pour battre monnaie (1). Des deux monnaies connues, l'une est au nom royal, l'autre au type royal du tournois. On y lit :

Sur l'une, "i" PbiLLIPVS REX. Croi.x. à. PTHOMARTIR. Main bénissante.

Sur l'autre, TVRONVS CIVIS. Chatel. fi. -î" BISVNTIVMCI. Croix.

Ces deux deniers, selon les auteurs précités, seraient des produits des ateliers de Philippe II de Vienne, imitant les monnaies royales et archiépiscopales. Pourquoi aller chercher si loin des explications, quand il s'en présente qui dérivent de la nature même des faits.

Les rois de France furent possesseurs de la Franche-Comté de 1295 à 1330. Ils y trouvèrent un type très répandu, celui de la main bénissante, et ils l'adoptèrent. Je ne suis pas très touché de l'argument, tiré de ce que la légende PTHOMARTIR serait essentiellement ecclésiastique, puisque j'en ai signalé la copie par les princes d'Orange à cette même époque. Je suis plus embarrassé pour expliquer la légende BISVNTIVMCI. Besançon était aux archevêques et ces prélats avaient une grande puissance. Ils prétendaient avoir seuls le droit de frapper monnaie dans toute la Comté. Aussi se pourvurent-ils contre cette fabrication et se firent-ils délivrer, comme nous venons de le dire, des lettres de non préjudice.

Ouant au denier 5270 de Poey d'Avant, PI. CXIX, n° 15, qui porte en légende PbS DVX BV COMES, croix, et au revers TVRONVS DVCIS, chàtel, il n'était pas connu de MM. Plantet et Jeannez et c'est à Poey d'Avant que revient toute la responsabilité de l'attribution à Philippe II de A'ienne. On ne sait vraiment ce qui l'a déterminé a. mettre en avant cette hypothèse.

(I) Recherches sur les anciennes monnaies du comté de Bourgogne par un bénédictin de Saint- Vanne. Paris 1782.

Après la mort de Jeanne de France (1 330), sa fille aînée Jeanne, mariée à Eudes, duc de Bourgogne , recueillit dans son héritage le comté de Bourgogne et l'apporta à son mari. Philippe de Rouvre, leur fils et successeur (1350-1361), lut donc duc et comte de Bourgogne, et c'est à lui qu'appartient ce denier. Il continue la légende TVRONVS DVCIS qu'avait inaugurée Eudes et il suffit de rapprocher cette monnaie du numéro 13, PI. CXXXII, de Poey d'Avant, attrihué par M. de Longpérier à Philippe de Rouvre, pour être convaincu que ces deux monnaies appartiennent au même personnage, qui avait seul le droit de les émettre, et qu'il n'y a pas lieu de recourir pour les expliquer à des agissements irréguliers de Philippe de Vienne usurpant le titre de DVX.

On trouvera à l'atelier d'Auxonne les monnaies frappées dans cette ville par les ducs de la deuxième maison de Bourgogne.

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