TROYES ET MEAUX
« L'apparition des monnaies communes entre deux villes date au moins de la; première moitié du x"^ siècle. »
Ainsi s'exprimait B. Fillon dan.s le Catalogue Rousseau, page 105, et voict qu'un denier carolingien vient lui donner raison.
."}83. "i" TRICCAtrtME en légende rétrograde. Croix simple. ^. 'i< DltolDAC-O A.
Monogramme carolin très régulier par K.
Argent. Denier. Collection Gariel.
(Annuaire de la Société de Numismatique 1867 , PL X . IM.XXIV,n"o.
La légende Médis se trouve coupée en deux parties.
Ce denier faisait partie de la trouvaille de Glisy, dont notre regrettable ami Gariel a fait connaître avec un si grand soin la composition intégrale et dont les monnaies les plus récentes étaient du roi Eudes, décédé en 898 ; l'enfouissement ne peut donc dépasser la fin du ix" siècle ou les premières années du x^.
Ainsi il y avait dès cette époque une monnaie commune entre Meaux et Troyes, cl il faut renoncera l'explication historique qu'en avait donnée M. de Longpérier(l). Cette explication nous avait séduit et nous étions très disposé à admettre avec notre illustre maître, qu'Herbert de Vermandots, comte de Troyes et premier comte de Meaux, avait à la lin du x"" siècle fait frapper une monnaie portant le nom de ses deux comtés, en y joignant le monogramme de son gendre Charles de Lori-aîne, qu'il reconnaissait pour roi de France à rencontre de Hugues Capet. Sous étions d'autant plus disposé à l'admettre, qu'avant Eudes de Blois (1019) les comtes ne portaient que le titre de comtes de Troyes et Meaux. La présence d'une monnaie d'alliance au trésor de Glisy rend cette hypothèse inadmissible.
Il faut admettre aujourd'hui la raison commerciale patronée par B. Fillon et
(i) Revue Numismatique 1840.
lui emprunter ce qu'il a écrit sur les causes de cette fabrication el les ateliers d'émission (I).
« Les légendes des pièces de Ciiiuon, dit-il. ont cela de singulier que le nom de la cité est au nominatif. TVRONES CIVITAS et celui du ïwn de falirication au datif, CAINONI CASTRO- Les monnaies de Provins, PRVINIS CASTRO qui ont au revers le nom de Sens. SENONES CIVI, olTrent la même particularité, tandis que les inscriptions des espèces communes entre les villes de Meaux et de Reiras et celle de Troyes, MELDIS CIVITAO — RHEMIS CIVITAO — et au revers TRECAS CIVI, sont l'une et l'autre au nominatif. La cause de cette dilîérence vient de ce que, sur la plupart des pièces des deux premières races, le nominatif était employé, lorsqu'il s'agissait d'une cité, tandis que le datif et parfois l'ablatif s'appliquaient aux localités d'un ordre inférieur. Les besoins du commerce ayant engagé diverses villes voisines à frapper des monnaies communes, les deux noms y furent simultanément inscrits et afin de concilier la coutume établie avec l'obligation d'indiquer l'atelier d'émission, on plaça un O à la suite de celui-ci, toutes les fois qu'il appartient à une cité, conservant de la sorte la tournure apparente du datif. «
B. Fillon ajoute au Catalof/iie Rousseau.
« Les monnaies communes furent un moyen de remédier à la dislocation de l'empire et au fractionnement du royaume en petites circonscriptions territoriales, divisées d'intérêts politiques, mais non par ceux du commerce. »
Les monnaies de Troyes et Meaux ne paraissent pas avoir été frappées au-delà du XI'' siècle. Leur poids est généralement élevé (1^.30).