MEAUX
Depuis la publication de l'ouvrage de Poey d'.\vant, M. le comte Grimoard de Longpérier a fait paraître une Notice historique, héraldique et numismatique sur les évèques de Meaux{2}. Cette notice nenous a révélé aucune pièce nouvelle.
>'ous avons été plus heureux et nous avons publié une monnaie capitale dans la série meldoise.
o84. TCBALDVS- Main bénissante. iî« MELTIS CIVIT- Croix simple. Billon. Denier. Poids 1^. Collection Hcrmerel. Unique.
(1) Considérations sur les monnaies de France, | Ci) Meaux 1876.
(Annuaire de la Société Numismatique française 1879, p. 184 à 191]. PI. XXIV, n" 6.
Ce denier faisait partie du trésor de Corhie enfoui entre les années 1 120, date de la consécration de Burcard, évêque de Meaux, dont il contenait des deniers, et l'année 1138, date de l'avènement de Louis VII, roi de France, dont aucune monnaie ne s'y est rencontrée, tandis que celles de Louis VI y étaient en abondance.
Il ne peut être postérieur à Tliiliaut II, comte de Champagne et de Brie (M 25-1 132), peut-être même appartient-il à Thibaut I" (1048-1089), cari! est une contrefaçon du denier de Gautier I", évêque de Meaux (1045-1082), à la main bénissante.
Si l'on fait remonter aussi loin cette fabrication, il faut admi'llre qu'elle se continua longtemps. Car en 1163 l'évêque Etienne se plaignait de la contrefaçon (les monnaies meldoises, et Henri I", comte de Troyes, promettait de n'en plus émettre nec bonam nec falsam.
Vers ce même temps et peut-être pour différencier sa monnaie, l'évêque Renaud (1158-1161) adoptait le type des deux crosses, que seul il a employé à Meaux. Que signifie ce type? M. Grimoarddc Longpérier(l) estimequ'il symbolise un double gouvernement ecclésiastique et que Renaud y avait droit, parce (ju'avant d'être évêque de Meaux, il avait été abbé de Jouy, diocèse de Sens.
On n'a retrouvé aucune monnaie signée des évoques de Meaux, postérieure à i'ierre (1172-1174), celle de Simon (1177-1184) ne nous est connue que par le dessin de Duby. Il est certain cependant que l'atelier de Meaux fut loin d'être inactif après cette époque, à en juger par les titres nombreux qui en font mention.
Il y eut notamment des conventions de toute nature entre le comte et l'évêque de Meaux. Ainsi Henri accorda à l'évêque que sa monnaie courût dans les comtés de Troyes et de Provins. Ce dut être le préliminaire de la société commencée entre Blanche (mère et tutrice du comte Thibaut IV) et tieoffroy, évêque de Meaux en 1208, société que confirma Guillaume, son successeur, en 1214 (2).
En 1 223, l'évêque fait faire à Meaux une monnaie nouvelle, vetere reprobata, et il s'engage à ne plus en changer sans prévenir le roi quatre mois à l'avance, à moins, dit-il, que notre seigneur le comte de Champagne ne la change lui-même (3).
({) Loco citato, page 23.
("2) D Brussel. De usu feudalorio, pa^e 19'j.
(3) Conslans. De la cour des monnoies. Preuves.
Maigri' tous ces textes, les monnaies épiscopales de Meaux s'airêtent à Pierre ou tout au moins à Simon (1 184). Ne faudrait-il pas en conclure qu'à la suite de la contrefaçon par le comte du type épiscopal et des réclamations formulées par l'évêque, le comte commença par lui accorder une circulation réciproque des monnaies dans les comtés de Troyes et de Provins, et qu'ensuite les parties contractantes trouvèrent plus avantageux de n'en plus faire frapper qu'à un seul type et de s'en partager le bénéfice. Telle serait l'origine des conventions de 1208 et \2\o. Le type adopté fut naturellement le plus répandu, le type champenois. Nous trouvons un argument à l'appui de cette thèse dans l'acte de 1223.
Cet acte nous appi-end que l'évoque de Meaux, Pierre III, fabriqua une monnaie nouvelle et décria l'ancienne. Or, c'est précisément à cette date que le comte Thibaut IV inaugure à Provins un type nouveau, le type du peigne au chatel, et qu'apparaît dans les chartes le nom âc Provinois nouveaux. Continuons, l'analy-se de l'acte de 1225 et les conséquences à en tirer. L'évêque s'engage à prévenir le roi quatre mois à l'avance de tout changement de type, à moins que son seigneur le comte de Champagne ne le change lui-même. Il pourra donc changer le type sans prévenir le roi, si le comte de Champagne change le sien. IN'en résulte-t-il pas évidemment que ces deux types étaient les mêmes et que l'évêque se réservait de suivre le comte dans ses modifications et ne devait prévenir le roi (]ue s'il adoptait un nouveau type à lui propre.
Nous expliquons donc l'absence des monnaies épiscopales de Meaux, depuis 1174, par les conventions d'un monnayage au même lype commun entre l'évêque et le comte et l'adoption du type champenois.
Cependant le monnayage épiscopal survécut au moins en droit, sinon en fait, au monnayage des comtes de Champagne, qui s'arrête à Thibaut V (1270). Eu effet, en 1307, l'évêque Nicolas de Chàlons rend hommage du droit de monnayage à Philippe-le-Bel, qui le lui retire quelques mois après, et l'évêque de Meaux figure à l'ordonnance de 1315 parmi les barons et prélats qui se disent avoir le droit de battre monnaie.