‹ Monnaies féodales françaisesChapitre 228 sur 262 · SAINT-MÉDÂRD-DE-SOISSONS · texte numérisé non relu

SAINT-MÉDÂRD-DE-SOISSONS

Nous intervertissons à dessein l'ordre adopté par Poey d'Avant, non seulement parce que le monnayage de rabi)aye de Saint-Médard est de beaucoup plus ancien que celui de Soissons, mais surtout parce que l'étude de ce numéraire est de nature à jeter quelque lumière sur les problèmes, que soulèvent les monnaies attribuées jusqu'à présent aux évéques de Soissons.

Et tout d'abord, je suis bien tenté de rejeter du monnayage de Saint-Médard et même de Soissons, les deux deniers qui lui ont été attribués par M. de Longpérier (1) et qui ont été publiés par Poey d'Avant, PI. CLl, n"' 18 et 19.

Le premier n'a pour le rattacher à la numismatique soissonnaise que la présence des lettres liées et les S qui se trouvent à la fois dans le champ du droit et dans les cantonnements de la croix. Quant au second, il m'est impossible de reconnaître le mot de SVESSIO dans les lettres SOVOVIIISS. Le champ du droit contient deux croisetles et deux annelets formant la croix ; j'ai rencontré identiquement le même type avec des légendes différentes, mais inexplicaldes pouimoi, dans la trouvaille de Corbie.

Je publierai aux incertaines ces monnaies qui par leur lype et leurs légendes appartiennent aux mômes contrées.

La pièce suivante de Poey d'Avant, n" 6504, a été mal lue et mal décrite. M. Bretagne croyait y voir les traces du nom de HENRICVS et l'attribuait à Henri I". Le dessin était plus clairvoyant, PI. CLl, n" 20, et on peut y lire en rétrograde IVE * ... * ... Ci-VS.

(I) Revue Numismatique IS.jO, PI. XXI, n»> i et 2).

Un exemplaire à peu près semhialilc nous donne une lecture beaucoup plus complète.

607. 'h Ne >if D....'î'RD. Croix dans un grenetis cantonnée au 1''' d'un besant, au

y d'un V. R. TN'î'. Etendard éployé à gauche, dessous trois annelels

l'ormant triangle.

Billon. Denier. Collection Frédéric Moreau. PI. XXV, n" 5.

Ce denier a été trouvé dans une tombe de pierre à Arcy-Sainte-Reslilutc i.^isne) et m'a été obligeamment communiqué par M. Moreau, l'infatigable et heureux explorateur des tombes de Caranda et autres nécropoles voisines; je n'ai pas hésité à l'attribuer à l'abbaye de Saint- .Médard et à le rapprocher du denier mal lu par Poey d'.^vant. Les deux lettres du revers TN peuvent faire partie du mot Sebasjiatius. M. Maxe-Werly (1) préfère y lire S^NcTî/s en rétrograde.

Xous sommes en tous cas tous deux d'accord pour refuser ce denier à Henri 1".

L'étendard éployé à droite dans le denier de M. Bretagne, à gauche dans celui de M. Moreau, appartient évidemment à Saint-Médard. Xous le retrouvons sur les deniers qui portent en légende SIGNVM SEBSTN et au revers une tète informe de profil à droite avec la légende SCI MEDARDI CAPVT.

Or, M. Maxe-AVerly signale ce même étendard sur la monnaie suivante :

608. ...L...V3E— COE. Etendard développé à gauche, au-dessus et à droite un globule, au-dessous une croisette pattée accostée à gauche d'un globule. R. .... E....LCOEa. Croix évidée au centre cantonnée de quatre besants.

Billon. Obole. Collection Meyer.

PI. XXV, n'^ 6.

Cette obole est inédite, mais dès I8il MM. .Mallet et Rigollot avaient publié le denier d'après un dessin de M. de Longpérier sous le n" 76 de leur Découverte (le monnaies picardes.

On ne peut distinguer sur ces monnaies ni le nom de Saint-Médard ni celui de Soissons. Xous allons voir cependant quelles conséquences en tire M. Maxc- Werly.

SOISSONS (ÉvÉQUES de).

Les évéques de Soissons ont-ils battu monnaie: c'est un droit que leur refuse

(1) Revue Numismatique française 1884, page 92.

calégoriquemenl M. Ma\e-W'erly, contrairement à l'opinion de tous les numismatistes et des historiens, qui se sont occupés de la ville de Soissons. Je reconnais avec lui qu'aucun texte certain ne leur confère ce privilège et que les légendes des monnaies qui leur sont attribuées sont bien peu probantes. Mais je ne puis le suivre dans une opinion aussi absolue, et tout d'abord M. Maxe-Werly fait justice de la légende >îf VGO VTLNTOT que M. Voillemier avait cru pouvoir attribuer à Huiiues de Pierrefonds, évéque de Soissons (1092-1103). Il a prouvé raatériellemimt que la lettre G avait disparu au lavage de la pièce et que ce denier était à peu près le même que celui où d'autres numismatistes lisaient GVLENV.

Il ne reste donc plus à l'actif des évoques de Soissons que les monnaies aux légendes indéchiffrables EDEDPEDE ou Œ E Œ C; nous en faisons graver une variété, dont les lettres liées sont un peu différentes de celles reproduites ju.squ'alors.

()00. 3D 1 ED EP NE.... Temple à quatre colonnes dont deux torses, surmonté d'une croix remplaçant la croisette de la légende. ^. Mêmes caractères liés ou l'E domine avec les lettres B F Œ- Ci'oix évidée au centre, cantonnée d'une croisette au 4''.

Argent. Denier. Collection Hoffmann.

PI. XXV, n°7.

610 DN. Temple.^ E Œ E Œ. Croix évidée au centre.

Billon. Obole. Cabinet de France.

Ce temple à deux, colonnes torses figurées par des globules, parait être particulier à Soissons; il existe déjà sur les deniers de la deuxième race frappés dans cette ville. On a donc été porté à attribuer au même atelier les deniers plus récents qui portent le même temple. Ces deniers portent également au revers une croix d'une nature particulière, évidée au centre.

Or, se demande M. Maxe-NVerly, en puldiant l'obole de la collection Meyer qui porte notre numéro 608, cet étendard ne serait-il pas la dégénérescence du temple primitif soissonnais, dont une des colonnes torses a déjà disparu du denier où l'on lisait VGO. Ce denier porte la croi\ évidée particulière à l'atelier de Soissons.

Quant à moi, je pense que l'étendard de Saint-Médard a été contemporain du temple soissonnais et n'en est pas le dérivatif, et je vois dans l'obole n" 608 un produit de l'atelier de Saint-Médard.

Est-ce à dire pour cela que les deniers à légendes inexplicables EDEDED on

EPEP iippartionnent également à Sainl-Médard, nous ne le croyons pas. L'abbaye de Saint Médard tenait aux noms de ses deux patrons Sainl-Médard et Saint- Sébastien, qu'elle inscrivait en même temps sur sa monnaie et à son étendard SlGNVM SEBSTN. Les deniers à la tète de Saint-Médard et les deniers ui temple et à la croix évidéé sont contemporains du xi'' siècle. M. Rigollot, qui eu a examiné un assez grand nombre, a constaté sur les mieux conservés des deniers au temple le poids de 1^.20, et ils ont comme signe d'alTinité les lettres liées et onclievétrées qui sont coraplèteraenl inexplicables. Il faut pourtant bien attribuer ce monnayage, et étant donné que le temple similaire se trouve sur les deniers royaux de Soissons, qu'une croix évidée identique se voit sur des monnaies qui portent l'étendard de Saint-Médard, on est conduit à en induire que le temple h colonnes torses et la croix évidée au centre sont des signes caractéristiques de l'atelier de Soissons et à les donner aux évèques. bien qu'aucun document ériit du xi"^ siècle ne consacre ce droit.

Oue faire cependant du denier que M. Maxe-\Verl\ a justement enlevé à l'évèque Hugues de Pierrefonds ? et de ceux où les uns ont lu GVLENV (Il et où B. Fillon retrouve les vestiges de Carias rex fr. Ils portent au revers le nom de la cité de Soissons SVESSIO CIVl l't le temple à colonnes torses plus ou moins dégénéré.

La lecture GVLENV est loin d'être ac([uise et ces deniers pouri'aient bien être des deniei's épiscopaux.

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