JEAN IH
Un fait nuniisniati(]UL' de la plus baute importance se passe sous Jean III ; en 1338, les maîtres des monnaies du roi prétendent que les monnaies royales sont imitées à Limoges et à Nantes et ils envoient des commissaires pour s'emparer des coins. Or, jusqu'à présent M. Bigot et, d'après lui, M. Poey d'Avant, n'ont attribué à Jean III que des monnaies écartelées de Dreux et de Bretagne, qui certes n'ont pu éveiller la susceptibilité des maîtres des monnaies. D'autres pièces, classées jusqu'à présent à Jean IV, appartiennent donc à Jean III.
La procédure instruite contre Jean III commença en 1338(1). Elle nous apprenti (jue la monnaie incriminée est un double ; qu'il n'y a entre elle et le coimj du roi si petite différence que le commun peuple ne la peut connaître ; que cette fabrication remontait à trois ans, c'est-à-dire à 1333 ; qu'il en avait été monnayé pour 130,000 livres, ce qui, même en faisant la part de l'exagération de l'accusation, donnerait un nombre si considérable de pièces qu'il serait invraisemblable qu'aucune d'elles ne fut parvenue jusqu'à nous.
Or, nous savons d'ailleurs que les ateliers royaux cbômèrent, faute de billon, de 1334 à 1336. Le type imité serait donc antérieur à 1334 ou des premiers mois de 1336. M. Robert (Revue Numismatique 1869, page 'iSS) a pensé que les monnaies, objet de cette proc('dure, pouvaient être les pièces de Limoges portant toutes deux le nom de LEMOVIC, gravées par Poey d'.Avanl PI. LI, n™ 2 et 22, et dont l'une est un pied-fort et l'autre un double.
Nous croyons, d'après l'examen de la procédure, qu'il en avait aussi été émis à Nantes, puisqu'il est mention de la monnaie de Bretaingne et qu'il est dit ailleurs
(1) Voir Conslans, IHMoire des Monnaies.
au temps qu'ils pouvaient faire monnaie à Limoges. En recliercliant un type présentant une similitude avec les types royaux existant à cette époque et pouvant donner lieu à une procédure aussi rigoureuse, nous trouvons la pièce suivante :
42. * IOhÂR....BR et dans le champ BRÂH | OORV en deux lignes. b! iî" mORETA DVPLEX. Croix fleurdelisée.
Billon. Double denier. Poids 1°.45.
Collection Gariel.
PI. II, n" 12.
.M. de Saulcy possède également un certain nombre de ces pièces, mais aucune n'est d'une aussi bonne conservation. Il y a lieu de remarquer notamment que le C de la 2*^ ligne n'a pas le relief des autres lettres, et que les gens du duc pouvaient soutenir que la légende du champ faisait BRAR et ORV. M. de Saulcy, auquel nous avions soumis cette attribution, l'avait acceptée. Du reste il sufBl de voir cette pièce pour y reconnaître une contrefaçon.
M. Maxe Verly ne partage pas mon attribution de ces pièces à la Bretagne. Il les revendique pour Yolande de Bar. C'est en tout cas dans les doubles à légende bilinéaire dans le champ qu'il faut chercher les monnaies incriminées. C'est à cette époque que nous croyons pouvoir classer le pied-fort suivant, inédit jusqu'à présent, et dont la monnaie nous est inconnue :
43. >b lObÂNNQ DVX. Le champ écartelé de Bretagne et de Dreux. Trois mouchetures par 1 et 2. ^. iî< S BRITANI. Croix fleurdelisée.
Pied-fort. Poids 8^.12.
Collection Caron, provenant de la collection Kergariou. PI. II,n''13.
Cette pièce est évidemment une pièce de transition entre les deniers aux armoiries de Bretagne et Dreux qui jusqu'à présent ont été attribuées aux trois premiers ducs du nom de Jean et les pièces d'imitation française qui ont été classées à Jean IV. La croix fleurdelisée parait pour la première fois et le revers imite la monnaie royale.