SAINT-MARTIN-DE-TOURS
103. -i- SARCTV 5 MARTINV. Croix. En .seconde légende : BHDICTV s SIT
NOfOes oni RRI DEI IbV XPI. §>. TVRONVS CIVIS. Cliatel tournois, le
tout dans une bordure de treize lis.
Argent. Gros tournois. Poids S^-oO.
Collection Gariel.
PI. V, n^.a.
MM. de Sauicy et de Barthélémy, en publiant dans les Annales de Nvmismatiqites 1875, page SS4, ce gros, alors unique, n'ont pas hésité à le déclarer antérieur à toute fabrication royale.
Leblanc avait déjà affirmé que le sous-effectif existait sous Philippe-Auguste, ce qui avait été révoqué en doute par tous les numismatistes, MM. Cartier, de Lombardy et de Longpérier.
Partant du même principe que Leblanc, MM. de Sauicy et de Barthélémy ont pensé que les gros tournois à treize fleurs de lis ont précédé ceux à douze et ils ont attribué à Philippe-Auguste un gros à treize fleurs de lis appartenant à la Société de Numismatique, et à Louis VIII d'autres gros assez rares portant également treize fleurs de lis.
r.elte doctrine nouvelle fondée sur l'apparition du gros tournois de Saint- Marlin-de-Toui's était appelée à renverser bien des attributions monétaires féodales basées uniquement sur ce que le prototype du gros tournois appartenant à Saint-Louis, les imitations n'ont pu être que contemporaines ou postérieures.
Emise par deux savants aussi autorisés elle avait d'abord causé quelque surprise, mais elle avait été généralement admise sans discussion, lorscpie M. Maxe Werl y découvrit un autre gros tournois au même type.
105-. "î- SANCTVS MARTIN'. Crnix en légende extérieure >î< BHDICTV SIT NOf^e DNI NRI Dei IbV XPI lî. TVRONVS CIVIS. ChiUH dans uir. bordure de douze lis.
Argent. Gros tournois.
Collection Maxe Werly. (Bulletin des Antiquaires de Fraïue ISSO . PI. IV, n» 6.
Comme on le voit, ce sont les mêmes légendes, les mêmes lettres, sauf l'abréviation de Martin' pour Martinu.
Mais la bordure n'a plus que douze lis et tout le système basé sur le treizième lis est ébranlé. M. de Saulcy avait assis son opinion sur un manuscrit de la Bibliothèque nationale, n° 5324, page 34, contenant le renseignement suivant: En H 80, Philippe-.\uguste estant à Paris, ordonne quant au faict de ses monnoyes faire ce que s'en suit ; que ses monnoyes tant d'or que d'argent ou billon, seraient continuées en cours, poix et loy comme du tems de son prédécesseur, sauf le nom et au nombre de ces monnaies le manuscrit cite le gros tournois d'argent à XIP. de loy argent le roy. M. Maxe Werly discute la valeur scientifique de ce manuscrit qui n'est écrit que vers le milieu du \\f siècle et qui fourmille d'attributions erronées. Il n'a pas grande confiance non plus dans l'ordonnance que l'auteur de ce même manuscrit rapporte à la date du 20 novembre 1226, aux termes de laquelle Philippe-.\uguste aurait fait faire des gros tournois d'argent lin ayant les uns au haut cercle du côté de la pile treize fleurs de lis, les autres douze seulement.
En effet, M. de Wailly doute que le gros tournois soit antérieur à Saint-Louis. M. Ad. Vuitry dit que Saint-Louis commença sa réforme monétaire en 1238, mais il n'indique point en quelle année fut créé le gi'os tournois. [Etudes sur le Régime financier de la France, page 440.) Enfin M. A. de Barthélémy, revenant sur l'opinion qu'il partageait d'abord avec M. de Saulcy, fixe l'apparition de cette monnaie au 1" Août 1266 [Vie de Saint-Louis, par Wallon, page o03 et
planche 1 , numéro 3). C'est seulement en 1267, que M. Maxe Werly rencontre la première mention du gros tournois.
Ce qu'il importe d'établir, c'est que l'atelier de Saint-Murtin-de-Tours ne fut pas fermé par Philippe-Auguste, et M. Maxe Werly l'établit ainsi.
Far un acte du mois d'août 1233, rappelé par Duby, mais qui a disparu aujourd'hui, Saint-Louis aurait permis à l'Eglise et au Chapitre de Saint-Martinde-Tours, de faire battre monnaie par Pierre de Chablis, à la charge que la moitié du revenu appartiendrait au seigneur Roi, la permission étant volontaire et tant qu'il plaira à iceiui Seigneur. Cette concession ne paraît pas avoir été de longue durée, puisqu'en 124-2, le seigneur de Preuiliy, avoué du chapitre de Saint- Martin-de-Tours, se plaignait à Saint-Louis de ce que la suppression du monnayage de l'abbaye lui avait fait perdre une partie de ses revenus. Si la suppression avait eu lieu en 1203 lors de la conquête de la Touraine, il eût été un peu tard en 1242, pour réclamer.
L'ordonnance de 1315, ne fait pas mention des abbés de Saint-Martin-de-Tours au nombre des barons et prélats qui se disent avoir le droit de faire monnaie. Le chapitre de Saint-Martin réclame et obtient la lettre du 12 mai 1316, citée dans l'ouvrage intitulé : La Touraine, page 369, par laquelle le roi Louis X, prescrit aux gens de ses comptes de ne point troubler les doyen, trésorier et chapitre de Saint-Martin, dans l'exercice du droit de frapper une certaine monnaie, droit qui leur avait été concédé par les rois ses prédécesseurs et confirmé par son père, malgré que depuis longtemps ils n'en aient point usé.
Enfin, le style de la pièce, la forme des lettres ne pei-met pas de faii-e remonter son émission à la fin du xii^ siècle.
Elle appartiendrait plutôt à la fin du xiii" et si la lettre du 12 mai 1316 est bien authentique, nous ne verrions aucune difficulté à fixer à cette époque l'émission du gros à la légende Sanctu Martinu, d'autant que l'exemplaire de M. Maxe Werly lui provient de la trouvaille de Sierck, enfouie vers 1326, et que cet exemplaire est à fleur de coin, ce qui n'aurait pas lieu s'il avait circulé avant 1203, c'est-à-dire pendant plus de 120 ans.