‹ Monnaies féodales françaisesChapitre 87 sur 262 · Mêmes types et légendes · texte numérisé non relu

Mêmes types et légendes

Billon. Obole. Dessin communiiiué par B. Fillon. PI. YIII, n°2l.

19(). ^ oRoVICeC... Dans le champ un V entre deux annelets et deux croissants. R. ^ ,TVR... Croix cantonnée de deux annelets aux 2"^ et 3^ Billon. Obole. Poids Oe.32.

Collection Caron.

Le poids très faible de cette obole ne vient pas de sa conservation, qui est assez bonne. M. Pau (loco citato) publie un denier qui ne pèse que 0".6o. PI. VIIL n" 22.

Le V prend dans le champ la place de l'A . Jl se retrouve dans le cantonnement de l'obole qui va suivre. Ne serait-ce pas l'initiale du prieur Humbert, auquel Baymond II avait, en 1190, au moment de son départ pour la terre Sainte, .u'cordé la dîme de sa monnaie.

.M. Cbarvet a proposé d'attribuer à Boson II (1121-1 Ii31, une obole (ju'il décrit ainsi.

I9T. ^ B, VICECOMES. Croisette au centre entre deux annelets et deux croissants, ri. ^ TVRENNE. Croix cantonnée d'un V ou d'un A renversé au 2'= et d'un annelet au 3'\

■Catalogue Charvet, n" '■J49, PL III).

PI. VIII, n" 20.

M. Charvet ajoute : « M. B. Fillon n'ayant vu que les deniers de Baymond eu conclut que les vicomtes de Turenne copièrent leuis monnaies sur celles de Limoges. Cette monnaie nouvelle et antérieure à Raymond me ferait supposer (jue le type primitif lut calqué sur celui d'AngouIéme dont les monnaies étaient 1res répandues et que le type odonique ne vint qu'ensuite ». M. Charvet ne nous a jamais communiqué cette pièce et il n'en donne pas le poids ; les lettres B et R sont souvent si peu dissemblables sur les monnaies féodales qu'il faudrait un exemplaire bien admirablement conservé pour consacrer une pareille attribution et renverser toutis les idées admises.

D'un autre coté il n'est pas admissible que l'imitation du type odonique ait commencé à Turenne en plein xu" siècle, alors qu'il disparaissait de Limoges et de toute la France. Aussi nous croyons-nous autorisé à affirmer que cette obole est postérieure au t)"pe ancien des Raimundus. Nous irons plus loin et nous la

considérons comnie postérieure à 1190. Car elle porte en cantonnement une lettre qui est un signe certain de la participation de l'abbé de Beaulieu, dans le monnayage de Turenne, que cette lettre soit un A, initiale de Abbas ou un V, initiale du nom du prieur Vmbertui.

Nous rejetons donc absolument l'attribution à Boson II (1 1 21-1 1431.

Mais le nom de Boson se rencontre fréquemment dans la maison de Turenne. Les auteurs de l'Art de vérifier les dates signalent un Boson qui aurait été associé par son père Raymond III à la vicomte de Turenne. Il mourut avant lui et même avant 1209. Car on trouve dans Justel (1), à cette date, une fondation faite pour le repos de son âme. Cet écrivain lui donne, dans sa généalogie, le nom de Boson III, et il en fait le père de Marguerite de Turenne, vicomtesse de Comborn et de Daupbine de Turenne, dame de Roquefeuil, qui prétendaient avoir des droits dans la vicomte de Turenne au détriment de Raymond VI, leur cousin-germain.

Cette conte.station fut soumise à l'arbitrage de saint Louis et terminée par sa sentence d'août 12S6, rapportée par Justel. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si c'est bien du cbef de ce Boson III, mort depuis près de 50 ans, que les réclamantes tiraient leurs droits. Mais si le denier publié par M. Cbarvet porte bien B et non R, ou s'il s'en trouve d'autres au même type, il faut les attribuer à ce Boson, mort ver.s 1209, et contemporain du type créé lors de la donation faite à l'abbaye de Beaulieu.

Le type odonique s'est-il brusquement arrêté en 1190? La fabi'ication en a-t-elle cessé? Ou bien a-t-il coexisté avec le type nouveau, au moins comme circulation? C'est ce que peut nous apprendre l'observation des trouvailles du pays.

Quant au denier qui porte dans le cbanip du revers O^S entre deux traits et deux croisettes (Poey d'Avant, PI. LU, n° 3), M. Cartier, qui le possédait et l'a publié (2), le dit imité des deniers de la Marche et l'attribue à Raymond VI (1 245-1 285). Je n'ai jamais vu ce denier en nature, mais je suis porté à le rapprocher des deniers d'Edouard I", roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, qui porte dans le champ ANGL entre deux traits et deux croisettes (3). En effet, le 22 avril 1 263 (4),

(I) Histoire généalogique de la maison de Turenne faisant suite à celle de la maison d'Auvergne, Paris, Ifii-'i.

(i) Revue Numismatique Française 1841, page 36.

(.i) Voir notre planche X, et Poey d'Avant, PI. LX,

('+) Justel, preuves.

il iiilorvint un acte entro Henri II, roi d'Angleterre, et Raymond VI de Turenne, par lequel ce dernier, après s'y être longtemps refusé, mais sur les instances ad preces du roi de France saint Louis, transférait au roi d'Angleterre l'hommage qu'il devait directement au roi de France pour ses châteaux, ses fiefs, et etiam pro monetà sud et jure ludeiidieam. Il est donc rationnel d'admettre que vassal du roi d'Angleterre, seigneur de domaines limitrophes à l'Aquitaine, le vicomte de Turenne ait imité les espèces circulant dans cette province.

Il reste à retrouver le type à l'écu triangulaire publié par Duliy d'après un dessin que de Boze et Ducange avaient trouvé dans l'ouvrage de Juste!. Il esta remarquer que cet ouvrage remonte à '1643, que Justel alfirme que de son temps il se voyait encore des deniers tels qu'il les représ.'ntait et qu'enfin la l'orme des fO des fi et des G donne beaucoup de vraisemblance à l'authenticité de ce dessin. .Nous pouvons donc espérer que ce denier se produira tôt ou tard, comme bien d'autres donnés par Duby et que Poey d'Avant n'avait pas retrouvés en nature. Il convient de le rapprocher du même type émis à Limoges par Arthur (1275-13011 ce qui classerait le denier de Turenne au même Raymond VI, ou peut être à son successeur Raymond VII (!28o-I304'.

Le monnayage de Turenne peut donc être classé plus utilement que ne l'a fait Poey d'Avant. 11 est probable que ce denier à l'écu triangulaire fut la dernière manifestation de cet atelier.

M. de Barthélémy (1) avait écrit que les droits monétaires des vicomtes de Turenne avaient été confirmés par la reine Blanche en 123! ; par Philippe-le- Hardi en 1 280 ; par le roi Jean en 1 331 ; et par Louis, duc d'Anjou, comme régent, en 1380; Poey d'Avant reproduit ces lignes et ajoute : Leur monnaie eut donc un cours très prolongé. M. l'abbé Pau, qui a le dernier écrit sur les monnaies de Turenne et les a étudiées avec compétence, accepte aussi l'ordonnance de 1331, comme conférant au vicomte de Turenne le droit de battre monnaie.

Cependant les vicomtes de Turenne ne figurent pas à l'ordonnance de 1313 (2), et il semble anormal qu'à une époque où les rois tendaient par tous les moyens possibles, rachats, confiscations, poursuites de toute nature à faire disparaître la

(1) Manuel de Numismatique moderne, page iîi.

(J) Le texte de Tordonnancede I3t'i présente, il eii vrai, une lacune. Mais nous l'avons de nouveau coUationnée aux archives nationales dans le registre, dit entre deux ais ; la lacune qui se trouve après ces mots; la monnoye au duc de Burgon ne comporte que la place réservée aux monnaies de ce prince. Il n'y a pas place pour les monnaies d'un autre seigneur.

iuonnaie des barons, Jean, au moment le plus tranquille de son rogne, ait en eiïet conlirnié un droit de monnayage. Nous avons donc voulu recourir au texte des ordonnances. Les lettres de Philippe-le-Hardy contiennent bien la confirmation expresse du droit de monnayage, Nec non jus cudendi monetam tam albain qïinm nigram legis et valoris approbatorum qiiani dicti duces (Aquitanie) tpnentui- sibi facere admit ti per Lemovicensem, Petrorjoricensein et Caturrensem diœceses. Mais l'ordonnance de 1330, est bien moins explicite. Guillaume (ie Beaufort, vicomte de Turenne, s'adresse au roi Jean; il expose très longuement tous les privilèges de la vicomte de Turenne et il se garde bien d'omettre le droit de monnayage; à ce sujet il emploie exactement les mêmes expressions que l'ordonnance de Philippe-le-Hardy, nec non jus cudendi monetam, etc. Après cet exposé vient la confirmation du roi dans cette phraséologie redondante qui est le propre de la chancellerie du moyen-âge, et en voici les termes : Prœdictas Ubertatcs et immunitates et franchisias universas et singulas eidem vicecomiti hominibus que et prœdictis subditis ejusdem vicecomitatus salvanuts et ri))ixerramus et confinnamus. Il n'est pas question des droits jura, ni surtout de celui de battre monn lie, et cei tes les légistes de cette époque, si minutieux dan^ leurs controverses, n'auraient pas manqué de faire remarquer que ce droit régalien ne pouvait rentrer dans aucune des expressions employées libertates immunitates et franchisias.

En 1372, Louis, duc d'Anjou, lieutenant du roi en Aquitaine, rend une. ordonnance à propos des libertés de la vicomte de Turenne, où il n'est pas ({ucstion de la monnaie. Mais son ordonnance de 1380, alors qu'il était régent du royaume sous Charles VI, rapporte en entier les deux chartes des rois Philippele-Hardy et Jean, et son ordonnance de' 1372, et contient ces expressions: Nos litteras prœdictas et omnia en eis contexta rata habentes et grata. Du moment, dira-t-on, où il ratifie tout ce qui est contenu dans les lettres précitées, il ratifie le droit de monnayage; mais appartenait-il bien à un régent, à un tuteur de conférer à nouveau un droit qui était refusé en 1313.

Si, d'ailleurs, on attribue à l'ordonnance de 1380 toute cette portée et la confirmation du droit de monnayage, il faudrait ajouter que ce droit n'a pas cessé d'exister sous l'ancienne monarchie. Car les vicomtes de Turenne ont fait renouveler et confirmer leurs privilèges par tous nos rois (I) : par Charles VII, iMi 1 ii-t); par Louis XI, en I iol : par Charles VIII, dans une charte qui relate en-

[\] Libertés et francliises du >icomlé de Turenne, Paris, l6o8.

entier les lettres de Philippc-le-Hardy, de .fean-le-Boii et de Louis, dm- d'Anjou, par Louis XU, en 1499; par François I", en Io;22; Henri II, en loi": Charles IX, en 1564; Henri III, en 1574.

Mais la plus reman[ualde de ces confirmations est celle de Henri IV, du 22 octobre 1o93. Elle ne se contente pas de viser les cliarles originaires de Pliilippe-le-Hardy, du roi Jean et du duc d'Anjou. Elle en fait collationner des copies sur les originaux et les anne.\e sous le conlresceau aux lettres patentes délivrées au vicomte de Turenne, Henri de la Tour, duc de Bouillon. Il faudi-ait en conclure, pour être conséquent avec le système admis plus haut, qu'Henri IV a confirmé le droit de monnayage à Henri de la Tour, duc de Bouillon. Or, si celui-ci a battu monnaie, ce n'est pas comme vicomte de Turenne, mais comme duc de Bouillon, et prince de Sedan, et exerçant du chef de sa femme Charlotte de la Marck les droits du monnayage inhérent à ces seigneuries.

ÎVous répétons donc que le dernier type du monnayage de Turenne est le type à l'écu triangulaire, gui est contemporain de la fin du xm'' siècle ou du commencement du xiv% et qu'aucune des monnaies que nous possédons n'est contemporaine des lettres patentes du roi Jean (1330), et moins encore de celles du duc d'Anjou (1380).

Page 1