POITOU
La numismatique féodale du Poitou a été Tune des premières et des plus sérieusement étudiées. C'est à M. Lecointre-Duponl qu'appartient l'honneur d'en avoir posé les bases par ses deux articles parus dans la Revue de Numismatique frajiçaise 1834, page 99, et 1840, page 39, et enfin dans une brochui'e traitant in extenso de tout le monnayage de cette province.
Par application des principes de Lelewel, M. Lecointre-Dupont avait reconnu en Poitou la loi de l'immobilisation des types. Il en a démontré la persistance et prouvé que le nom de Charles-le-Chauve s'était perpétué jusqu'à Richard Cœur-de-Lion, c'est-à-dire pendant trois siècles et demi. D'un autre côté B. Fillon, en analysant (1) la découverte de Bonnevaux faite en 1834, a fait connaître les premiers types du monnayage féodal poitevin et les a rapprochés du
(1) Etuiies Nuniismatiques. Souvenirs d'un voyage en Poitou.
monnayage de Chartes-lo-Cliauve, comme M. Lecointrc-Dupont s'était étudié à démontrer que les derniers exemplaires étaient contemporains de Richard Cœurde-Lion ; on a même été jusqu'à dire que certains produits étaient contemporains de Jean-sans-Terre. Une autre découverte importante faite en Angleterre, le Trésor de Cuerdale (1), est venue fournir un nouvel argument aux partisans de l'immobilisation des types.
l'oey-d'Avant a connu tous ces travaux et les a mis largement à contrilniiion. Il annonçait en outre le traité approfondi et complet que M. B. Fillon préparait sur les monnaies du Poitou et dans lequel il pouvait entrer dans de larges développements. Ce travail n'a malheureusement pas abouti. Il s'est borné à quelques lignes dans le catalogue Rousseau. M. Lecointre-Dupont non plus n'a pas complété son premier ouvrage en le mettant au coui-ant des découvertes nou^ velles; il n'a pas achevé son œuvre si magistralement commencée qu'après plus de 40 ans, c'est encore à lui qu'il faut recourir pour poser les principes du monnayage poitevin. Nous ne pouvons que le regretter. Mais en numismatique il serait plus long de faire la liste des ouvrages annoncés que la bibliographie de ceux produits.
N'ayant pas de nouveautés à signaler dans cette mine si soigneusement exploitée, nous nous bornerons à rappeler les grandes divisions, qui résultent de ces différents travaux et que B. Fillon a si nettement tracées.
Malgré sa longue persistance, le monnayage poitevin n'a produit que quatre types qui peuvent être ramenés à deux périodes :
1" CARLVS REX avec la légende circulaire METii"VLLO et le monogramme carolin.
2" L'obole avec le monogramme KROLS dans le champ et la légende circulaire MET'î'VLLO.
'i*^ PÉRIODE.
3" CARLVS REX avec la légende bilinéaire MET | ALO. 4" L'obole avec CARLVS en légende bilinéaire la légende METALO circulaire au revers.
Trois grandes trouvailles, celles de Bonnevaux, de Mourlieu en Angoumois, de
(1) Brilish Numlsmatic Clironicle, années ISi2-18i3. pages I à lil.
Cuerdale en Angleterre et une plus petite faite à Thouars, ont fourni les premiers exemplaires du monnayage indépendant des comtes de Poitou.
Un certain nombre d'autres faites à Saint-Saviol, à Aubigné, à Confolens, contenant à la fois des deniers au nom de Ricbard Cœur-de-Lion et des deniers avec Metalo bilinéaire eu ont donné les derniers produits. Nous avons analysé à l'article de Turenne la trouvaille de Saint-Saviol publiée par M. Lecointre-Dupont dans le Bulletin des Antiquaires de l'Ouest. Nous avons vu qu'elle avait été enfouie sous le règne de Richard Cœur-de-Lion, c'est-à-dire avant 1199.
Les deniers qu'elle contenait à la légende bilinéaire Metalo avec les deniers de Richard n'y étaient pas le numéraire dominant (95 pièces sur 1122); sur ces 95 deniers 9 portaient la légende CARLVS REX I, tous les autres la légende CARLVS REX R ; 7 seulement ne portaient aucune marque monétaire, ni point, ni annelet, ni croissant, ni étoile; 44 portaient dans la légende METALo un point, 4, deux points, 16, des annelets; 8 étaient marqués du croissant et 8 de l'étoile, et dans chacune de ces catégories une pièce était usée ; il y avait des différences notables de poids.
C'est un fait qu'il est bon de retenir et sur lequel nous reviendrons en parlant de l'attribution de ces deniers à Jean-sans-Terre. Jamais trouvaille n'a été analysée avec plus de soin. M. Lecointre-Dupont a fait suivre son travail d'un tableau faisant ressortir les légendes et signes monétaires, la pesée de chaque pièce et son aloi.
La trouvaille faite à Aubigné a été recueillie par M. Rondier. de .Melle. Elle contenait également deux deniers de Richard Cœur-de-Lion. M. Rondier, sans donner une analyse aussi méthodique, avait noté les deniers provenant de cette découverte et nous relevons plus tard les types de sa collection soigneusement conservée au musée de Niort, dans l'état oii il l'a classée et avec les étiquettes du donateur.
Enfin nous trouvons dans la découverte de Confolens (1) des deniers de Richard Cœur-de-Lion, concurremment avec des deniers au nom de Carlus rex r et au revers à la légende bilinéaire Metalo. Voici les variétés que signalait M. SLiurice Ardent, dans la lettre écrite par lui à M. Lecointre-Dupont. De ces monnaies, les unes ont le point au dessus du mot Metalo, les autres au dessous, d'autres entre l'A et L. Plusieurs ont l'o plus petit que les lettres précédentes, deux ont une étoile à huit rayons au-dessus de l'O et deux enfin à la place de l'R
(I) Revue Numismatique ISiU, page 4.'!.
qui suit le mot rex ont un ); on voit quelle similitude il existe entre ces deux (rouvailles; leur enfouissement est évidemment contemporain.
Voici donc les deux points extrêmes bien déterminés par les trouvailles. \x commencement du monnayage par les trouvailles de Bonnevaux, de Mourlieu el de Cuerdalc. La fin par celles de Saint-Saviol, d'Aubigné et de Confolens. Il est une autre date intermédiaire (pii nous est fournie par la trouvaille de Javarzay cl qui ouvre la 2° période (1).
Sur les 225 monnaies de cette trouvaille une seule était au premier type C'a;'/«<.s rex f %\, au revers, monogramme altéré de Charles-le-Chauve avec la légende circulaire IV!ET>i<VLLO. Deux étaient des deniers de Charles-le-Gros, frappés à Bourges; tout le surplus, c'est-à-dire 222 deniers, portaient la légende bilinéaire METALO.
Charles-le-Gros a régné de 884 à 887. L'enfouissement est donc postérieur à cette date. Mais on a peut-être été trop loin en le reculant jusqu'à la deuxième moitié du x'' siècle. Ce qu'il y a de certain c'est que lorsque le type bilinéaire Metalo apparut, le type au MetuUo circulaire tendit à disparaître et qu'il ne se rencontre plus qu'accidentellement.
M. Lecointre-Dupont signale en outre diverses trouvailles :
I" Celle faite à la Souterraine (2), qui contenaitsix exemplaires variés du Metalo bilinéaire et une obole avec la croisette sous Metalo. L'époque d'enfouissement de cette trouvaille est assez dilTicile à déterminer parce qu'elle ne contient que des monnaies anonymes ou de seigneurs homonymes. Mais elle doit être postérieure à 1160, puisqu'elle contenait un denier de Raoul de Déols, que nous croyons devoir attriliuer à Raoul VI (1160) (3).
2" La découverte de Saint-Araand-sur-Cher; celle-ci a été plus minutieusement étudiée; sur 448 pièces il y avait 3 deniers de Philippe I", 3 deniers et 4 oboles de Louis VI, 20 deniers de Louis VI ou Louis VII, frappés à Orléans, et 18 oboles à la légende bilinéaire Metalo, avec la croisette. La date de l'enfouissement est i-eculée jusqu'à 1152, par la présence du denier d'Etienne, comte de Sancerre (1152-1191):
3" Une découverte faite à Rome, où figuraient des deniers à la légende
(\) Revue Numismatique 1840, page -50.
(2) Bulletin de la Société des sciences naturelles et antiquités delà Creuse I8.1S, page W, planchs 1.
(3) Voir page 8S.
hilinéairc Metalo, avec des deniers du Mans, au type immobilisé d'Herbert et sans que les autres pièces puissent fournir une date précise.
M. Rondier avait encore recueilli une trouvaille faite à Puyrefaud et qui ligure dans les cartons du musée de ^'iort sans autre indication ni mention des monnaies pouvant se trouver dans le même dépôt. Le signe distinctif de cette trouvaille est la parfaite rotondité des O et leur place au dessous Lq- Elle se rapproche assez, des n"' 1 et 2, PI. LIV de Poey d'Avant.
Poey d'Avant ne signale nommément aucune autre trouvaille. ]l se contente de dire que les variétés sont nombreuses, qu'il est rare que les dépôts du Poitou n'en contiennent pas quelques-unes et que plusieurs trouvailles considérables en ont été faites. Ainsi de 9-50, date extrême de la trouvaille de Javarzay, à 1160. date approximative de celles de la Souterraine et de Saint-Amand-sur-Cher, nous n'avons aucun point de repère certain.
Il est donc à désirer que les découvertes nouvelles soient observées à ce point de vue particulier. De ce que ces deniers sont devenus extrêmement communs, ce n'est pas une raison pour ne pas tâcher d'arriver à une classification basée sur le synchronisme de pièces ayant date certaine et nous appelons sur cet examen toute l'attention des numismatistes du Poitou.
Etudions maintenant les quatre types dont nous avons parlé, non point d'après des spécimens inédits, mais en faisant connaître quelques variétés et classons les autant que possible d'après leur présence dans les diverses trouvailles ci-dessus analysées.