Débris d'une légende : ...BANN Croix semblable à la
précédente.
Cf. Calice à deux anses surmonté d'une croix et accosté de HO, initiales de HOANNACIACO, ou de HOABALORVM.
Coll. de More. — PI. I, n° 24.
La croix nous semble donner un caractère religieux à la représentation du revers de ces monnaies. La coupe crucigère ou chrétienne ne peut être ici que l'instrument du sacriflce chrétien, puisque ce sacriflce consiste dans la transsubstantiation du vin que le prêtre boit et distribue aux fidèles. Ou cette image n'a aucun sens ou elle rappelle la parole du Christ : Celui qui boit mon sang aura la vie. Les deux anses considérées comme de simples ornements d'une pièce d'orfèvrerie n'auraient également aucune raison d'être, et ne feraient que rendre la coupe fragile et d'un usage incommode ; c'est par le pied, évidemment, et non par l'une des anses qu'on aurait toujours pris une semblable coupe, et nous croyons qu'il faut attribuer un sens allégorique ou mystique, et encore un sens religieux, à ces deux appendices latéraux. On rencontre dans une foule de monuments chrétiens, et notamment sur les monnaies de Cahors, la représentation de deux oiseaux becquetant une grappe de raisin ou buvant dm s un calice; certes on ne peut pas nier que cette représentation, un des plus anciens symboles de l'Eucharistie, soit une allégorie chrétienne! Aussi n'hésitons-nous pas avoir dans le type qui
3i MONNAIES MÉROVINGIENNES DU GÉVAUDAN.
nous occupe le calice eucharistique, et dans les deux anses une allusion aux âmes figurées ailleurs par deux colombes, posées sur les lèvres de la coupe et puisant la vie dans le mystique breuvage. Si l'épigraphie chrétienne avait voulu donner une légende pour expliquer un pareil type, il nous semble qu'elle aurait inscrit le mot SALVS. puisque le salut est le fruit du sacrifice delà croix : Salutaris hostia. Au moment oii se formaient la langue ecclésiastique et la symbolique chrétienne, le paganisme définissait, par le même mot, un symbole presque semblable qui exprimait la même pensée ; l'art païen multipliait sur les monnaies la figure d'Hygie, déesse de la force et de la santé, qui tenait une coupe, dans laquelle un serpent venait puiser la vie; une légende invariable, SALVS, accompagnait cette représentation. Le calice du Gévaudan oii s'abreuvent deux serpents, comme le calice de Cahors oii boivent deux colombes, ne sont-ils pas la traduction chrétienne du type d'Hygie?
Quant aux lettres placées à droite et à gauche du cahce, nous croyons qu'elles indiquent l'atelier de Bannassac. Sur le triens n» 10, ces lettres sont V. A; du n° 11 au n" 21 elles subissent diverses modifications, causées par la négligence ou l'ignurance des graveurs, et au n° 2.^ elles seront B. A; or, il n'y a pas de raison pour que leur signification ait changée. Aujourd'hui encore, en Espngne, la syllabe VA a la même valeur que BA; donnez à lire le mot BANNACIACO à un Espagnol, il prononcera VANNACIACO; les monnayeurs inscrivaient indifféremment GAVALORVM et GABALORVM.Seulementla maladresse et l'ignorance des graveurs a modifié le prototype VA, que présente le tiers du sol n" 10; sur le n" 1 1 , on lit AV parce que le graveur de coin a négligé de renverser la formule en la copiant; le n° 13 donne simplement A, les n"' 14 à 18 suppriment ces deux lettres, dont le graveur illettré ne comprenait plus le sens ; le n" 19 donne AA, le n" 20 les reprend dans l'ordre du n°ll : AV, le n''21 donne AV ou VAV, mais le graveur du coin n° 24, plus avisé, rétablit l'initiale de BANNA- CIACO dans le style de sa manière barbare de la prononcer, il écrit HO qui est T'^'-uivalent de HV ou de W, comme nous l'avons
MONNAIES MÉROVI.NGIENiNES DU GÉVAUDAN. 3o
remarqué à propos des formes OAVALORVM et HVAVALORVM (voy. n°* 3 et G). Nous convenons que ces explications pourraient paraître hasardées si la monnaie qui commencera notre description du troisième groupe, et qui succède immédiatement à celles du deuxième dans l'ordre des émissions, ne tranchait complètement la Question, en indiquant l'atelier de Bannassac par les lettres BA, qui resteront la forme définitive de la première syllabe de ce mot ; c'est par une réaction du même genre qu'on écrivait le nom de Benevent BENEBENTVM.
Une des particularités les plus remarquables des six premières monnaies du second groupe est la grosseur de la guirlande de feuillage, et en comparant cette couronne à celle qui, sur le n" G (premier groupe), entoure le monogramme de BANACIACO, nous établissons la contemporanéité des deux groupes, au moins pendant la période du monogramme, mais la monnaie n° 11) ne présente plus de guirlande et frappe notre attention par les nombreux globules dont elle est ornée ; elle est intermédiaire entre le n° iS, où déjà nous voyons deux globules servant d'attache inférieure à la double guirlande qui compose la couronne, et le n° 25 011 nous allons voir, en même temps que la continuation de la guirlande, l'emploi progressif et beaucoup p'us affecté des globules.
Un autre indice de contemporanéité est la manière dont sont traitées les têtes aux n°^ 7 et 8 du premier groupe et au n" 22 du second groupe. Ces têtes sont complètement séparées des épaules.
Nous avons terminé la description de la première division générale des monnaies gabales, celle des espèces frappées avant l'usage d inscrire les noms des monétaires, et du second et dernier groupe de cette division, le groupe des premières monnaies au type du calice. Le troisième groupe sera inauguré par une monnaie qui ne fait que continuer, par son style, la série précédente, mais qui se distingue par un nouvel élément extrêmement considérable, l'apparition incontestable d'un nom de monétaire.
Dans la première partie de ce. travail nous avons rencontré constamment la légende GABALORVM. Ce nom.désigne évidem-
ment Javols dont la forme actuelle, dérivée de GAVALOS, nous ré\èie l'antique capitale des Gabales, Anderitum^ au nom de laquelle s'est substitué, suivant l'usage, le nom du peuple. C'est ainsi qu'Anicium est devenu Vellavos (Le Puy) ; Augustonemetum, Arver?iis (Clerraont); Segodunum, Rutenis (Rodez); Avaricum, Beturigas (Bourges); Mediolanum, Sanctonas (Saintes); Lemoiium, Pectavis (Poitiers); Augustoritum, Liniovecas (Limoges), etc.
Cependant un monogramme, une légende complète, BANA- CIACO, et divers indices nous ont révélé un autre atelier du pays des Gabales.
Désormais nous ne rencontrerons plus que le nom de cette localité, sur l'orthographe duquel les autres monétaires ne se mettront guère d'accord, car tantôt ils l'écriront BANNACIACO ou BANNACACO, tantôt BANNIACIACO.
iSous présumons que chaque monétaire avait au moins sa manière particulière et constante de l'écrire, et nous ne croirons pas être téméraires, quand, trouvant sur quelques espèces la forme BANNIACIACO sans nom de monétaire, nous attribuerons ces espèces au monétaire qui à l'habitude d'écrire BANNIACIACO, tandis que nous donnerons, à ceiui qui écrivait BANNACIACO, les espèces sans nom de monétaire dont le nom d'ateher est ainsi formulé.
INotre premier soin doit être de rechercher quelle est la localité désignée par les monétaires sous les noms de Banaciaco^ Bannaciaco et Banniaciaco . C'est, sans qu'il soit possible d'en douter : (( Banassac » (Lozère), H 88 habitants, arrondissement de Mar- \éjols, canton de La Canourgue, ayant pour bureau de poste La Canourgue, village de 1669 habitants. Le Dictionnaire des Postes écrit ce noni avec im seul ??, mais la forme Bannassac est tellement consacrée par les légeudes monétaires et les traditions des numismatistes, que nous ne pouvons nous décider à adopter la forme officielle.
Le sol de Bannassac est çouserl de débris anciens sur une (itendue tellerr'^" ' f'onsidérableque le territoire même de La Ca-
nourgue, petite ville située à un ou deux kilomètres de ce lieu, n'a dû faire qu'une seule ville avec colle dont Bannassac a conservé le nom. Bannassac et La Canourgue étaient autrefois deux quartiers d'une même ville.
Or l'existence de monnaies ayant d'un côté pour légende BANNACIACO et de l'autre SCI MARTINI confirme pleinement ce fait.
L'étymologie de Bannassac, BANNAC-AC ou VANNAC-AC, est indifférente à la numismatique, ce sont deux mots gaulois dont nous n'avons pas à nous occuper pour notre travail, mais celle de la Caïiourgue nous conduit à une identification parfaite avec une abb !ye de Saint-Martin située dans l'ancien Bannassac. La Canourgue est un nom dérivé du latin canonica, illa canonica; la philologie en donne des preuves irrécusables, et M. Houzé, l'éminent explorateur des noms de lieux, a consacré l'une de ses pages intéressantes à cette démonstration. Or, il y avait à Bannassac une très ancienne église, dédiée à saint Martin, et du Saussay, qui rapportece fait, nous apprend que cette église est celle de La Canourgue, près de Bannassac. Voici au surplus le texte oXUi par du Saussay [Mart. Gall. , suppl. n° 1 070), et re})roduit par les Bollandistes: « in oppido Banacensi, in aulâ sancti Martini, revelatio sancti
Firmini episcopi Mimatensis hodie recolitur. Corpus vero in
ecclesia sancti Martini, ad aram sancti Juliani magna veneratione observatur ubi et crebis .... rutilât miraculis » ; ailleurs La Canourgue est indiquée comme un monastère célèbre situé dans la vigueriede Bannassac; ainsi une charte de J 060 {Gah. Christ. \ 33), contenant la donation deLa Canourgue à saint Victor de Marseille, s'exprime ainsi : « Extat in territorio Gabalitano quœdam nobilis ecclesia in honore sancti Martini confessoris constructa, in pago Bearnecensi (lisez Bannacense) posita, in episcopatu Mimatense
sita atque maximis miraculis ibi a deo perpetratis decorata
sed nunc laïcorum hominum dominationi videtur redacta {GalL Christ., p. 33) (Voy. du Chalais, Bev. de Numism. 1839, p. 1.^2 etBullet. de la Soc. Bibl. hist. 1837-1838, 3" tiimestre, p. 27).
Du Chalais a d'abord découvert en 1837 la véritable attribution
des monnaies à la légende BAN, el BANNACIACO; avant lui, on attribuait les premières à Javuls à cause de la légende complémentaire GAVALETANO, et les secondes à Bagneux près Paris, à Bannes ou à Bagnols [loc. citât.), et M. de Longpérier, en développant la légende BAN. GAVALETANO (C«^a/. de la coll. Rousseau p. 83), en a donné la véritable explication; on trouve du reste la forme adjective Gavaletanus dans Sidoine Appolinaire {liv. VI, ép. 7), dans Grégoire de Tours {Hist., liv. X, chap. 8), dans Usuard [MartyroL, Anvers, 1714, p. 226), dans Réginon, etc.
Une charte de 1058 fait mention de la viguerie de Bannassac, Vicaria Bannacense^ qu'une autre charte de 1000 désigne sous la forme Vicaria Bannacensis (D. Vaissette, Hist. du Languedoc, II, 2 et 228).
Si kl li'gende GAVALORVM disparaît^il ne faut pas nous étonner de voir persister la forme GAVALETANO. Ce n'est plus un nom de lieu, c'est une désignation géographique indiquant l'ensemble d'un territoire, et les noms de territoires et de pagi, inscrits dans les répertoires topographiques des légendes de monnaies mérovingiennes, deviennent de plus en plus nombreux : qu'il nous suffise de citer Buteno (le Rouergue), Albiviense (l'Albigeois), Maurienna (la Maurienne), Darantasia (la Tarantaise), Alsegaudia (l'Elsgaw), Sornegaudia (le Zorngau), Barretise (le Barrois), Henegauctia (le Hainaut), Frisia (la Frise), Austrebante (l'Ostrevent), Sitliiu (îe Sithieu), Poiitio (le Ponf.hieu), Viminao (te \iineux), Tellao (le Tellau), Cal (le pays de Caux), Velcassino (le Yexin), etc.