GARIBERT II, ROI D'AQUITAINE
Le Monétaire Leudegisèle.
Quand Elafius quitta l'atelier de Bannassac, la fabrication qu'il abandonnait se perpétua, comme nous Tavons dit, avec sa marque, c'est-à-dire avec son nom désormais frappé d'immobilisation et par conséquent destiné à être altéré à bref délai par l'ignorance ou l'incurie des copistes. A ce moment nous voyons s'étaler sur les monnaies le nom d'un personnage franc, un nom modifié, lui aussi, mais par une cause différente, un nom défiguré par le vulgarisme du langage, un vocable tudesque romanisé d'abord, puis aussitôtbarbariséparrinfluenced'unesortedepatoisromano-franc qui corrompt déjà le latin et contre lequel l'érudition des moines ne réagit pas encore. Cette langue populaire déforme surtout les types des mots nouveaux importés delà Germanie par les compagnons de Clovis L Le mot Leut-Gesel, romanisé en Leudegise/?« signifie « compagnon des hommes du roi, — compagnon des leude?. » Dans le plus vieux français, ce nom immobilisé dans la forme de l'ablatif ou du datif : « Leudegiselo » a produit Leudille^ comme Bertegiselo a produit Bertille^ Baldegiselo^ Baudille, etc. Mais au vu" siècle, il paraît, d'après les légendes
des monnaies que nous allons décrire, que le peuple l'exprimait par une prononciation dont la véritable forme graphique aujourd'hui serait : m Léouèdgisolous, » car l'artiste gabalc qui fut chargé de l'écrire sur les monnaies lui a donné la forme LEVEDGISOLVS, absolument équivalente à cette expression. Nous ne nous faisons aucun scrupule de lui restituer sa forme correcte et de désigner ce monétaire sous son vrai nom de Leudegesilus.
Nous disons qu'il est arrivé à Bannassac au moment oîi Elafîus a quitté cette ville, et nous en avons pour preuve ce fait qu'aussitôt après le départ d'Elafîus les monnaies portant la signature de ce monétaire ont subi une modification épigraphique dans laquelle le mot MON ET devint MON ETAT avec la liaison des lettres NE, et que les trois seules monnaies sur lesquelles nous lisons le nom de Leudegiselus indiquent sa qualité de monétaire exactement dans la même forme. Elles reproduisent non seulement la liai-on des lettres NE, mais même ce T final absurde qui a pu induire en erreur les esprit les plus perspicaces en leur faisant croire que le premier monétaire connu du Gévaudan s'appelait Telafius et non pas Elafîus. Il est donc parfaitement certain que Leudegisèle a émis ses monnaies en même temps qu'on commençait à frapper celles au nom d'Elafius immobilisé et devenu Telafius.
Leudegisèle était monétaire royal comme nous en aurons la preuve en décrivant ses monnaies ; c'est, comme nous l'avons dit plus haut, le représentant de l'autorité franque qui vient se mettre en face du représentant des traditions romaines. Notre description des monnaies d'Elafius nous a révélé la situation critique et indécise de ce monétaire, sa lutte inégale, le pacte qui la suivit et finalement son départ et la cession ou l'abandon de sa signature. Leudegisèle s'installe donc dans uns partie de l'atelier délaissé par Elafîus, et se sert de ses meilleurs ouvriers pour frapper les jolies espèces que nous allons décrire.