MONNAIES FRAPPÉES PAR ELAFIVS HORS DU GÉVAUDAN
Nous devons compléter cette monographie des espèces signés par Elafius dans le Gévaudan en mentionnant d'autres spécimens de monnaies qui sans doute feront connaître les pérégrinations de ce personnage après son départ de Bannassac.
Elafius a dirigé d'autres ateliers que celui de Bannassac, et il est certain qu'il ne s'y est transporté qu'après avoir quitté le Gévaudan, car il y a porté avec lui le type du calice dont il n'était pas l'inventeur, et qu'il n'a pu s'approprier que pendant son séjour à Bannassac.
lia r#idé à Soissons. Le savant Lelewel, véritable père de la numismatique mérovingienne, a publié dès 183G, dans la Revue
de la Numismatique française, un tiers de sol qui était alors dans la collectioa de M. Chalon, à Mons.
SO. — tSVESSIONIS F (rétrograde). Tête à gauche.
JÇf. ELAFIVCO MONET (rétrograde). Calice à deux anses surmonté d'une croix et cantonné de quatre globules.
Collection Châlon. — PI. VII, n° âfi. — Publié par Lelewel, Revue de Nu insmatique, IS'^G, p. 323, pi. IX, n" 3.
Il est évident que le revers de cette monnaie a été copié sur celui de notre numéro 25 et d'après l'ordre d'Elafius, par un graveur fort peu habile, qui n'a pas même songé à renverser son dessin pour obtenir des copies faites dans le même sens que le modèle. Celd donne à supposer qu'Elaûus ne gravait pas les coins de ses propre» mains. Un monétaire orfèvre, comme saint Eloi, aurait évité de mettre la légende à l'envers. Les circonstances dans lesquelles a ététiouvé la monnaie décrite par Lelewel donnent pleinement raison aux arguments sur lesquels nous nous appuyons pour déterminer la date des monnaies d'Elafius. Ce savant pense qu'elle n'est pas postérieure à l'an 6i0, parce qu'elle a fait partie d'un petit trésor découvert à Mons en 1820, et composé de monnaies de Phocas (602-610), d'IIéraclius (610-641), de Suintila, roi Goth ((i2 1-631) et de Vendémius de Rodez qu'on croyait alors être un monétaire de Trêves, à cause de la fausse interprétation de monogramme de RVTENÎS qu'on traduisait par TREVIRIS. Il résulte au moins des dates du règne de Suintila que le trésor n'a pas pu être enfoui avant 621. Nous adoptons les dates 628 à 631 ; on voit qu'il est difGcile de mieux se trouver d'accord, et la meilleure manière de prouver l'exactitude d'un calcul est de montrer qu'en opérant par des procédés divers, on arrive au même résultat.
M. Tintendant général Robert possède une monnaie qui offre une grande aflinité avec celle de Soissons, quoiqu'il soit difficile
d'y lire le nom de celte ville. Voici sa description d'après le savant collectionneur lui-même.
51. — IMEtOHIC FI (SVESSIONIS F?). Tête diadéméeà droite. La croisette qui coupe la légende est placée au sommet du diadème et en forme pour ainsi dire rornement supérieur.
jy. ELAFIVCO MONET. Calice à deux anses surmonté d'une croix et accosté de deux globules placés sous les anses.
Collection Robert ; poids 1 ,30. — PI. VII , n" 27. — Publié par M. Robert, loc. iaud., p. 64, pi. X, %. 3i{.
Cette monnaie, au point de vue de l'art, est très supérieure à la précédente. Son revers a été copié non plus sur le numéro 25, mais sur le numéro 2G, avec deux globules seulement dans le champ.
Les deux pièces probablement extra-gaixiles que nous venons de décrire prouvent surabondamment ce que nous avons établi au sujet du nom de notre monétaire; ce nom est bien ELAFIVS et non pas TE LFIVS.
Ces monnaies nous suggèrent une autre remarque dont la numismatique tirera peut-être quelque profit. Elafîus, avons-nous dit, s'est abstenu, dans le Gévaudan, d'inscrire le nom du peuple et de la ville pour lesquels il exerçait sa profession ; à peine a-t-il glissé sur ses monnaies l'initiale B ou les deux lettres BA ; c'est par le style général, par le type du calice et par une infinité de détails que l'attribution se révèle; il n'y a pas un trait de burin qui ne crie le nom de Bannassac. Hors de Bannassac, Elafius rompt le silence sur le nom de l'atelier, l'effigie est entourée d'une légende qui indique le lieu d'émission ; pourquoi cette différence dans sa manière de procéder? Éiait-il dispensé à Bannassac d'une formalité imposée ailleurs ? Nous faisons cette remarque sans en chercher l'explication, car nous voilà sortis du Gévaudan et nous avons hâte d'y rentrer.
6i MONNAIES MÉROVINGIENNES DU GÉVAUDAN.
Autre remarque : rapparition d'Elafîus à Soissons coïncide avec sa disparition de Bannassac. La monnaie qu'il réédite à Soissons est l'imitation flagrante des dernières espèces émises en sa présence à Bannassac; non seulement son nom n'y est pas altéré, mais rs final est couchée comme elle l'a été à Bannassac tant qu'Elaflus a résidé dans le Gévaudan.
Un évêque nommé Elafius (saint Elaphe) occupa le siège de Châ'ons presqu'au moment où notre monétaire révélait sa présence à Soissons. Il apporta d'Espagne des reliques de sainte Eulalie. JN'ous nous abstenons d'identifier ces deux personnages. L'évêque paraît un peu plus ancien que le monétaire.