EH ►t ARIBERTVS REX. Tête à droite; diadème simple
décrivant une courbe opposée à la convexité du crâne; cou à tranche />er/ee; couronne de feuillage au peurtour.
Rc. BANNACIACO FUT. Calice à deux anses surmonté d'une croix; filet circulaire entre la tête et la légende. Couronne de feuillage au pourtour.
Collection de France, 37, poids : 1,20. — Collection d'Amécourt, poids l,2o, provenant de la collection Gouaux, adjugée au prix de 246 fr. en 18.57 (v, Rev. Num., 1857, p. 76). Publié par M. Robert {loc. laud., pi. X, n" 3). — PL XI, n° 20.
73. — CHXARIBERTVS REX.Téteà droite; diadème simple à courbure inverse ; cou à tranche lisse,
^. BANNACIACO FUT. Galice à deux anses surmonté d'une croix.
Collection Gariel. — PL XI, n° 21.
Nous n'avons pas fini de décrire la très intéressante série des monnaies frappées par Maximinus, mais nous avons terminé la description des pièces absolument parallèles à celles de Leudegisèle, nous avons trouvé exactement les trois combinaisons binaires de légendes produites par les trois mômes données, le nom du monétaire, le nom de l'atelier, et le nom du roi. Nous devons suspendre un moment notre travail descriptif pour signaler quelquesunes des nombreuses observations que cet inventaire nous suggère au point oii nous l'avons conduit.
1° Aussi bien que Leudegisèle, Maximinus est un monétaire royal. Son nom nous indique qu'il est d'origine romaine, mais, selon toute apparence, il n'est venu en Gévaudan qu'à l'occasion de la fondation du royaume d'Aquitaine et surtout de la grande refonte monétaire, à la différence d'Elafius qui était établi à Bannassac avant l'avènement de Caribert.
Le nom de Maximinus était répandu depuis longtemps dans toute la Gaule; un Maximinus, Saint-Mesmin, avait été l'ami de Clovis et son nom était devenu si populaire que des églises avaient été placées sous son invocation, des localités avaient pris son nom ;
on a même des monnaies dont la légende topographique est SCIMAXIMINI.
2" L'une des plus intéressantes de toutes les monnaies de Maximinus est celle où le nom de ce personnage étant inscrit d'une manière fugitive et presque illisible autour d'une effigie à peine indiquée, le nom du roi Caribert écrit en caractères très saillants est suivi de la formule immobilisée qui rappelle le monétaire Elafius. Il semble qu'en lançant dans le public une monnaie à l'eftigie du fils de Clotaire II, Maximinus ait jugé prudent de placer cette innovation sous la sauvegarde d'un nom de monétaire parfaitement accrédité chez les Gabales. Ce fait, unique jusqu'à ce jour, de l'association du nom de Caribert avec celui d Elafius, fait absolument étranger à la participation d'ElafiuSy comme nous l'avons péremptoirement démontré, et l'autre fait, de Tassociation du nom de Maximinus à un nom d'emprunt, soit pour la raison que ce nom jouissait chez les Gabales de plus de crédit que le sien, soit pour faire peser sur la mémoire du monétaire absent les conséquences de l'introduction sur la monnaie du nom d'un roi franc, en cas d'insurrection populaire ou de réaction triomphante de l'esprit romain, sont des symptômes sur lesquels nous ne pouvons nous dispenser d'appeler l'attention des numismatistes. Nous laissons chacun libre d'apprécier l'importance historique qu'on doit y attacher.
3" Maximinus, comme Leudegisèle, continua ses émissions de monnaies royales, et cessa de mettre ses produits sous la sauvegarde du nom d'Elafius. Les deux séries que nous venons de décrire nous donnent le tableau complet des combinaisons binaires de légendes que les deux monétaires royaux ont pu appliquer aux trois noms du roi, de la ville et du fonctionnaire pendant le règne de Caribert II, c'est à dire de l'année 628 à l'année 631. Comme nous le ferons remarquer tout à l'heure, c'est seulement quand ils s'abstiennent d'inscrire leur propre nom qu'ils donnent libre essor à leurs tendances, et francisent complètement la monnaie en plaçant le nom royal autour de l'effigie.
4" Il résulte de l'ordre chronologique auquel nous nous som-
mes conformés autant que nous l'avons pu, à l'aide des moyens de critique à notre disposition, que le piot FIT, inscrit d'abord à la suite du nom de l'atelier comme forme correcte de la troisième personne du verbe /?o, s'est altéré d'abord en Fil, le T perdant sa barre horizontale, puis en Fil t par l'addition d'une croisette initiale, et enfin en FUT, sans préjudice de la croix placée au-dessus du calice, qui pouvait encore suppléer à la croisette initiale. C'est logique; les formes altérées sont toujours postérieures aux formes correctes; dans l'art, comme dans la nature, la décomposition suit l'organisation et la vie, et ne saurait les précéder. A l'ordre peut succéder le désordre, mais ce n'est pas avec le désordre qu'on fait l'ordre. On voit constamment renaître des organismes dans les débris des vies éteintes, mais ce sont des créations nouvelles dans lesquelles intervient une puissance génératrice; cette puissance, dans l'art, c'est l'inspiration de l'artiste, le génie créateur qui de la mort fait surgir la vie ; dans la nature, c'est un germe qui convie toutes les forces physiques à favoriser une renaissance; mais le vieux ne se rajeunit pas; son sort est de devenir cendre pour servir d'habitat aux vies nouvelles, et fumier pour faire une couche à un nouvel anneau de la chaîne des générations. On nous reprochera peut-être de nous élever à des considérations philosophiques hors de proportion avec les minutieuses observations que nous récoltons sur notre route; en apparence on aura raison, mais nos théories sont tellement vraies que nous ne saurions nous lasser de les exposer. La numismatique est au premier chef une science d'observation et on ne la possédera jamais si l'on ne se pénètre pas des lois fondamentales de la filiation des types, lois dont l'application se rencontre à chaque pas.
5° C'est en vertu de ces lois que la forme >h CHARIBERTVS doit être con^idérée comme antérieure à ses immobilisations : CH^i^ ARIBERTVS, CHXARIBERTVS, NTARIBERTVS, etc., lesquelles, tout en révélant l'ignorance ou la maladresse des graveurs de coins, ont pourtant sinon leur justification, au moins leur explication. (Jn y voit :
a. Que la ressemblance du T et de la croix fut une cause constante d'erreurs et de confusions. TARIBERTVS est à <^ ARIBERTVS ce que TELAFIVS était à + ELAFIVS.
h. Que les monétaires comme les historiens n'ont pas été d'accord sur la véritable forme du nom du roi d'Aquitaine, puisque les premiers comme les seconds, l'ont appelé tantôt Aribert, tantôt Charibert.
c. Qu'une des causes qui ont déterminé l'altération des légendes a été la double préoccupation qui s'était emparée de l'esprit des graveurs au sujet de la place que devait occuper la croisette de la légende. Pour les uns, cette croisette devait occuper le sommet du type; pour la plupart elle devait précéder la première lettre de la légende ; tout allait bien quand la légende commençait en haut du type et adroite de la croisette, mais dans les autres cas, certains graveurs cédaient à la première préoccupation et ne craignaient pas de couper la légende au risque de l'altérer, comme cela est arrivé dans la forme NTARIBERTVS, dégénérescence de H «î^ ARIBERTVS.
d. Que la forme CH * ARIBERTVS pour ►i^ CHARIBERTVS nous fournit l'exemple d'un cas oii le graveur de coins a mieux aimé mettre deux lettres en dehors du nom que de ne pas placer la croisette au sommet de l'axe vertical de la monnaie.
e. Que les lettres CH paraissaient à peu près inutiles et que les graveurs et le public trouvaient le nom suffisamment complet dans la forme Aribertus.
f. Que néanmoins une partie de la population jugeait autrement, puisque, loin de supprimer les deux lettres parasites, un graveur a éprouvé le besoin de les doubler de leur équivalent en remplaçant la croix par un X {chi grec), sic : CHXARIBERTVS.
g. Qu'il y avait peut-être là un des quatre exemples signalés par les historiens de lettres de l'alphabet sur lesquelles les Francs et les Romains ne pouvaient pas se mettre d'accord, au point, qu'au dire de Grégoire de Tours, Chilpéric voulait décréter l'addition à l'alphabet romain de quatre nouveaux caractères.
h. Que la substitution de N à H dans la forme NTARIBERTVS
nous autorise à penser que cette dernière lettre n'avait plus d'importance et était plutôt muette qu'aspirée. Nous avons maintes fois répété cet axiome : ^immobilisation^ c'estlamort. Le H s'immobilise en N, donc le H est lettre morte.
i. Que le franc Leudegisèle avait moins que le romain Maximinus le sentiment de la valeur de CH, puisque c'est lui qui fait écrire NTARIBERTVS, tandis que c'est le romain Maximinus qui va jusqu'à doubler Taspiration dans CHXARIBERTVS; de quoi l'on pourrait induire qu'au vu' siècle les hommes du Nord avaient tellement l'habitude d'aspirer les mots que les H leur paraissaient muettes même quand elles étaient doublement aspirées pour les Romains. Que cependant la légende ARIBERTVS TELA VS donnerait un démenti à cette observation.
j. Que, dans tous les cas, le nom de Caribert ne se prononçait pas comme nous le prononçons aujourd'hui ; que le C dur était adouci par le H ; que jamais les monétaires n'ont supprimé le H en laissant subsister le C, tandis qu'ils ont supprimé le C pour laisser subsister le H. Que des phénomènes semblables se constatent dans les CH de Chlodovius et de Chlotarins qui ont abouti aux formes Elodovius et Louis, Hlotharius et Lothaire, à l'inverse des C durs de Carolus qui se sont écrits Karolus, mais jamais Char dus avant le xv* siècle.
6°. Si l'on compare la série caribertine à la série élafiennepour y examiner certains détails qui en se manifestant dans les deux séries comme des indices de contemporanéité, ont dû apparaître dans le même ordre chronologique, on constate que les n°' 42, 44 et 57, 60, 62, ont été émis à la même époque puisqu'ils offrent les particularités du cou perlé et de la calotte avec bouton occipital ; on voit encore que les n°' 45 à 49 sont contemporains des n"* 61, 62 et 69, parce qu'ils présentent le même globule placé sous le cou; que les n°' 33 à 48, avec la liaison de la syllabe NE, sont contemporains des n°' S2, 53 et 54 qui offrent la même particularité ; que par conséquent ces diverses émissions ont été simultanées et non pas successives.
T C'est ici que, chronologiquement, semblerait devoir se pla-
cer le triens de Scaurus que nous avons décrit à la suite du premier groupe, et dont les légendes sont : DANACIACO FIT — SCA t VRO. Nous l'avons placé à la suite du premier groupe, parce qu'il n'a pas à son revers le type du calice, mais les C carrés des légendes sont bien contemporains des émissions de Leudegisèie. Il convient de remarquer en outre que la substitution de D à B dans la forme DANACIACO s'explique par la forme même qu'affecte le B de BANNACIACO sur deux des monnaies que nous venons de décrire n°' 65 et G6. Sur la monnaie de M. de More, le B est un D barré, et sur la monnaie de M. Feuardent la même lettre est un simple D comme sur la pièce du monétaire Scaurus.
8° On ne voit devant les profils caribertins aucun des emblèmes que nous avons rencontrés dans le champ des monnaies élafîennes. On peut en conclure que leur raison d'être n'existait pas; mais alors ils avaient donc ailleurs une raison d'être, et quelle était-elle? Nous avons formulé une hypothèse au sujet du mot PAX. Devons-nous pousser plus loin nos investigations au risque de nous égarer dans l'hypothèse? Que signifient donc les croix, les divers rameaux placés devant les proGls? Quelle est leur relation avec le mot PAX dont ces figures viennent occuper la place? Sans doute on le saura plus tard; attendons.
9° L'examen de l'ensemble des monnaies caribertines nous suggère encore une observation que nous ne pouvons nous abstenir de signaler.
Trois formules de légendes, avons-nous dit, peuvent composer trois combinaisons binaires et n'en peuvent composer que trois. Mais il convient d'ajouter que comme chaque monnaie a deux faces, chaque combinaison binaire peut se présenter de deux manières, parce que chacun de ses deux éléments peut être placé du côté de Teffîgie. On arrive donc ainsi, en réalité, à pouvoir faire six combinaisons de légendes avec trois formules binaires.
D'un autre côté, il semble qu'une légende inscrite autour de de l'effigie occupe une place d'honneur, et qu'à ce point de vue il devrait exister une hiérarchie et des règles de préséances, car le nom du roi devraitprimer celui de la ville, et les noms du roi et de
la ville devraient primer le nom du monétaire ; en un mot, l'ordre hiérarchique des six combinaisons devrait être celui-ci :
1° Au droit
: le roi ;
au revers
: la ville ;
le roi ;
le monétaire ;
•la ville ;
le roi ;
la ville ;
le monétaire ;
le monétaire ;
le roi;
le monétaire ;
la ville.
Or les monnaies ne laissent voir aucune trace de cette hiérarchie.
Si l'agencement des légendes avait été abandonné au hasard, on trouverait les six combinaisons.
On n'en trouve que trois, donc le hasard n'est pas le coefficient des résultats que nous avons inventoriés; donc il y a eu choix, il y a eu intention formelle. Les trois seules combinaisons que nous ayons rencontrées, dans la série de Leudegisèle, nous les retrouvons dans la série de Maximinus; ce sont la première, la cinquième et la sixième^ c'est-à-dire que nous trouvons bien un des deux types de chaque combinaison binaire, mais qu'il n'est tenu aucun compte des préséances puisque le nom du monétaire prime celui de la ville et celui du roi. En outre, ces trois formules ont fait leur appaiition dans l'ordre chronologique suivant :
1° Au droit : le monétaire; au revers : la ville; 2° — le monétaire; — le roi; 30 — le roi; — la ville.
Les conclusions à tirer de ce fait sont les suivantes :
a. Le peuple persistait à voir dans l'effigie l'image sacrée de l'empereur; le nom du roi n'entrait que subrepticement dans la composition des types, comme nous l'avons déjà fait remarquer;
b. Le monétaire se dérobait quand il était contraint d'inscrire le nom du roi au pourtour de l'effigie ; il craignait qu'un change-
ment politique, une insurrection populaire, une resvauration de l'Empire ne vinssent l'exposer aux châtiments terriûlcs dont les lois romaines frappaient les criminels convaincus d'actes sacrilèges : il jugeait prudent, dans ce cas, de ne pas compromettre son nom et de faire endosser au nom de la ville et môme à celui d'un monétaire absent ou disparu, comme Elafîus, l'effet des haines populaires en cas de revirement politique;
c. Et, dans le cas où la monnaie devait porter à la fois le nom du roi et celui du monétaire, ce dernier se gardait de placer la légende royale autour de l'effigie, afin de pouvoir dire : « J'ai mis d'un côté l'effigie de l'empereur, et j'ai relégué au second plan le nom du roi » .
10° C'est ici le cas de signaler un autre fait qui appelle aussi notre attention : Quand le nom du roi forme la légende du droit, la tête n'est plus la même. 11 semble qu'avec le nom du monétaire disparaît même son burin, si t-mt est qu'il ait gravé ses coins de sa propre main. L'effigie royale est une petite tête à diidème simple, d'un art plus correct et plus antique, mais qui ne tarde pas à s'imprégner de l'att local en adoptant la calotte avec bouton occipital et les perles brochant sur la tranche du cou.