SIGEBERT III (LE SAINT), ROI D'AUSTRASIE
Le monétaire Maximinus, comme nous l'avons vu, a émis à lui seul la plus grande partie des espèces qui composent le quatrième groupe, mais nous n'avons pas encore terminé notre inventaire des produits de sa fabrication, parce que l'une des monnaies sur lesquelles il a inscrit son nom appartient au cinquième groupe, et nous avons réservé cette précieuse monnaie pour la décrire en tête du groupe très considérable dont l'étude doit clore à peu près notre monographie. Nous proposons de désigner sous le nom de Sé/ie Sigebertine l'ensemble des monnaies qui composent ce cinquième groupe.
9i MO.N.NAIES MÉROVINGIENNES DU GÉVaUDAN.
La monnaie de Maximinus que nous avons encore à décrire n'est sans doute pas la plus ancienne des monnaies du cinquième groupe; elle ne doit pas être présentée comme un prototype. Si nous lui donnons les honneurs du premier rang, c'est pour achever la description de l'œuvre de Maximinus, signaler en lui le seul monétaire dont le nom se révèle sur les monnaies du cinquième groupe, donner un spécimen complet des monnaies Sigebertines, et enfin montrer immédiatement dans le nom de Maximinus le trait d'union qui lie la série Caribertine à la série Sigebertine.
78. — MAXIMIN VS • MO. Buste diadème à droite. Devant le profil, un globule; au pourtour, une couronne de feuillage composée de deux guirlandes ou palmes qui se rejoignent au sommet. Le diadème est surmonté d'un bijou d'orfèvrerie composé d'une grosse gemme enchâssée dans un croissant, la chevelure est indiquée par des cordons de perles étages depuis le diadème jusqu'à l'occiput et est surmontée du boulon occipital. Le manteau a la forme d'un large trapèze bordé ou orlé de globules et orné de hachures obliques inclinées de gauche à droite. Une gemme assez grosse occupe l'angle supérieur du côté gauche où d'ordinaire l'épitoge a son point d'attache. Le trait qui marque le contour inférieur du nez se prolonge vers la joue comme s'il indiquait une moustaci}e et donne un peu à ce nez l'aspect d'un bec d'oiseau de proie.
1>". GAVALETANO F. à l'exergue : BAN. Calice à deux anses posé sur un trait horizontal. Pas de croix ni d'autre emblème sur le calice ; au pourtour, une couronne de feuillage.
Collection de France, poids : J,3o. — PI. XIV, n. 1.
Nous avons décrit cette monnaie en signalant les moindres détails de ses types afin de faire saisir tous les points par les-
MONNAIES MÉROVINGIENNES DU GtVAUDAN. 95
quels elle diffère de celles qui ont été décrites et étudiées dans les premières séries.
Les détails nouveaux sur lesquel nous insistons parce qu'ils sont communs h. tout le cinquième groupe et eu forment pour ainsi dire les caractères spéciaux, sont les suivants :
Du côté de V effigie : le profil aquilin, peu sensible d'abord, mais qui va toujours en s'accentuant ;
Bu côté du calice : un trait horizontal placé sous le calice et séparant du reste du type l'arc de cercle occupé par l'exergue ; l'absence de croix sur le calice;
Dans ragencement des légendes : l'emploi de la forme GAVA- LETANO complétée par BAN et FIT ou FUT; ce qui donne, en développant la formule, BANinaciaco] GAVALETANO FIT « est fabriqué à Bannassac le Gabalitain ».
Aucune monnaie des quatre séries précédemment décrites ne donne ce genre de légende; seule la monnaie de Dagobert I, dans la forme CANTOLIANO ou GANTOVIANO, nous en offre une maladroite imitation.
Celte imitation faite sous Dagobert prouve péremptoirement que les espèces appartenant à notre cinquième groupe avaient déjà cours au temps de Dagobert. On n'imite pas ce qui n'existe pas.
Nous n'avions pour ainsi dire trouvé que des tètes dans les séries Elafienne et Caribertine; voici un buste complet; mais hâtons-nous de dire que le buste n'est pas un des indices généraux des monnaies du cinquième groupe; il est seulement la marque caractéristique d'une subdivision de ce groupe. Des monnaies à simple tête et des monnaies à buste ont été frappées simultanément avec tous les détails accessoires dont l'ensemble donne au cinquième groupe sa physionomie propre, et ce double courant d'émissions a duré tant que les fourneaux du cinquième groupe ont été allumés. 11 en résulte que ce groupe se compose de deux séries, la séiie des bustes et la série des têtes. Nous donnerons une planche de bustes et une planche de têtes ; nous démontrerons le parallélisme et la contemporanéité de cette double fabrication en décrivant les deux suites l'une après l'autre. C'est
une monnaie de la série des bustes qui vient de nous apprendre que Maximinus était le monétaire du cinquième groupe ; c'est seulement dans la série des têtes que nous rencontrons le nom roval et le profil de saint Sigebert, et c'est a cause de ce fait dominant que nous désignons la double série par le nom de groupe Sigebertin de Bannassac.
D'oii vient cette affectation de fabriquer simultanément et avec persévérance une série de têtes et une série de bustes ? Assurément les monnayeurs ont eu une intention en faisant cela ; quelle était cette intention ? Pourquoi les monnaies de saint Sigebert appartiennent-elles toutes à la série des têtes et pas à la série des bustes? Pourquoi avon?-nous vu Leudegisèle mettre un buste, sur sa monnaie quand il n'inscrit pas le nom du roi Caribert et mettre une simple tête sur les espèces qui portent le nom du même roi? Pourquoi ne voit-on pas une seule des monnaies au nom de Caribert ^quatrième groupe) présenter une autre effigie qu'une simple tête? Pourquoi la monnaie de Justin 11 offre- t-elle un buste, et celle de Dagobert seulement une tête? N'aurait-on pas le droit de supposer que dans les idées reçues en Gévaudan et exprimées par l'art local, le buste indiquait l'effigie impériale, et la simple tête l'effigie royale? Nous nous contentons de poser ces questions. L'histoire nous apprend quel prestige avait conservé en France la dignité impériale jusqu'à la chute de l'Empire, en 1453 ; l'empereur de Constantinople, alors qu'il ne possédait plus que la banlieue de l'ancienne Byzance était encore réputé le premier souverain du monde et le chef des rois. Nous avons exposé déià jusqu'à quel point le midi de la Gaule était resté romain. L'empire y avait perdu ses domaines, les rois barbares avaient mis la main sur les caisses du fisc, mais Rome n'avait pas été dépouillée de la souveraineté morale, l'effigie impériale n'avait pas perdu le caractère sacré que les lois et une tradition six fois séculaire lui avaient conféré. Nous avons lu le nom de Childebert 11 au revers d'une monnaie à la légende GAVALORVM dont l'effigie est un buste ; mais il n'est pas douteux pour nous que ce buste était encore aux yeux du peuple celui de l'Empereur et que le nom du roi
venait seulement se placer là modestement et au second plan^ comme celui d'un haut fonctionnaire de l'Empire. En soumettant ces réflexions au lecteur, nous nous faisons un devoir de reconnaître que les autres cités du midi de la Gaule ne paraissent pas avoir refusé les honneurs du buste aux rois barbares, on en trouve la preuve dans les riches séries de Marseille etdesroisWisigoths.
La couronne de feuillage qui entoure l'effigie de la monnaie de Maximinus aux types du cinquième groupe, a conservé l'ampleur de celle qu'on \oit sur les monnaies du deuxième groupe avec la plus ancienne représentation du calice et la légende GAVA- LORVM, et pourtant l'agencement du nom du monétaire : MAXIMIN VS • MO, la forme du calice, et jusqu'au petit détail du bouton occipital, tout révèle d'une manière précise la main du même graveur, par conséquent le même lieu d'émission et probablement le même fourneau.
La série Elafîenne n'avait pas de légende au droit et donnait, au revers, le nom d'Elafius, un nom de monétaire. La série Sigebertine n'aura pas plus de légende au droit, sauf dans le cas que nous venons de présenter au lecteur et dans le cas oîi le nom royal de Sigebert sera inscrit; mais elle donnera, au revers, au lieu d'un nom de morxétaire, l'expression très complète du nom de l'atelier, ville et province. Il en résulte que dans cette série qui est extrêmement considérable, peut-être la plus considérable de toutes les suites de monnaies Mérovingiennes, un seul nom de monétaire est exprimé, un, pas deux, et encore ne le rencontre-t-on que sur un spécimen unique jusqu'à présent; ce nom est celui de Maximinus.
Ainsi pour qui aurait voulu s'enquérir de l'origine d'une de ces monnaies, lumière complète sur l'atelier, silence presque absolu sur le fonctionnaire.
Par quel privilège ■ ce monétaire du roi s'est-il dispensé de signer ses monnaies comme cela avait été imposé à Elafîijs, et a-t-il repris les pratiques de l'époque romaine et de la période de transition? Sans doute parceque la durée du royaume d'Aquitaine n'avait pas été assez longue pour rompre l'ancienne tradition et
détruire les habitudes de confiance que le public avait conservées. La si<^nature du monétaire est la garantie du bon aloi des monnaies • c'est le public qui a droit à cette garantie, et si le public est confiant, s'il n'a pas été trompé, si la monnaie conserve pour lui un caractère sacré, s'il se contente du type local si bien déterminé à Bannassac, le type du calice, quelle nécessité s'impose au monétaire de livrer sa signature et d'encourir des responsabilités qu'on ne réclame pas de lui?
Le monétaire royal avait-il besoin du public? Il travaillait pour le trésor du roi « imhlkam monetœ fisci officinam gerebat » , il convertissait l'or de l'impôt en monnaies nouvelles, il, ne comptait qu'avec le roi ou plutôt avec l'homme de la maison du roi, domesticus, qui surveillait sa fabrication. Le roi avait pour l'exercice de son contrôle particulier le nom de l'atelier ; il savait bien quel chiffre d'impôts son monétaire et son domestique devaient verser dans le trésor en monnaies neuves. « Solidos ex radianti
métallo expiiblicamoneta (((Audoen,VzV. S. Eligii.ll, lxxiv.)
— aCensuspublicus régis thesauro exigebatur inferendus,
sedcum domesticiis simulet monetarins adhuc aurum ipsitm
fornacis cociione pur gare vellent iit juxta ritum purissimum ac rutilum aulœ régis prœsentaretur metallum » [id. I, xv.)
Une fois que le roi avait accepté le versement, le monétaire était déchargé de toute re.^ponsabillté, et quand le roi n'exigeait pas sa signature il n'avait aucun motif pour la livrer au public et s'exposer gratuitement aux contrefaçons des faussaires ou aux malédictions de leurs victimes.
Nous dirons à la fin de cette notice toute notre pensée sur l'or de Gévaudan, nous croyons que Dagobert, mis en goût par le trésor de Caribert qu'il fit apporter à Paris après la mort de son frère continua à drainer l'or de Gévaudan au profit de son trésor, et que cette petite province fut une sorte de Pérou ou de Californie pour la caisse des derniers rois Mérovingiens, comme le fut Melle en Poitou pour remplir d'argent les coffres des rois Carlovingiens.
Toutes les monnaies que nous allons décrire maintenant pou
MONNAIES MliUOVlNGIENNKS DU OKVAUD.W. f'O
terminer le catalog-ue des espèces d'or du Gévaudan ne sont que des variétés de celle que nous venons de signaler. Nous essayerons d'en établir l'ordre chronologique à l'aide de l'étude des causes et des effets, autrement dit par l'examen de la filiation des types ; ce critérium serait infaillible si l'abondance des émissions simultanées et la minutie des détails à observer ne nous exposaient pas à de fréquentes méprises. Nous rencontrerons un certain nombre de signes tran.->itoires que nous avons signalés déjà dans les deux séries précédentes, et si l'appaparition de ces signes se produit dans l'ordre oîi nous les avons déjà constatés, nous en pourrons conclure que nous aurons réussi dans la délicate opération du classement et que l'ensemble de notre système est solide. Quand les synchronismes concordent avec Tordre chronologique, quand les mêmes incidents se manifestent à la même heure, sans que ces laits collatéraux contredisent l'ordre de succession indiqué par la filiation des types, on trouve dans le domaine des sciences historiques une sécurité égale à celle que les sciences mathématiques procurent à leurs adeptes.