DAGOBERT I", ROI DE TOUTE LA MONARCHIE FRANQUE
Bien que nous n'ayons pas fini la description des monnaies de IMaximinus, il nous tant ouvrirune longue parenthèse pour décrire une monnaie dont l'importance est considérable; nous ne pouvons en composer un groupe spécial puisqu'elle y figurerait seule ; d'ailleurs sa place ne saurait se trouver ailleurs qu'ici.
Aucun des monuments numismatiques du Gévaudan ne nous a autant préoccupés que le Dagobert au revers du calice, depuis longtemps connu et attribué par les anciens numismaiistes à la ville de Gand. Cette monnaie, publiée par Le Blanc [Traité..., p. 50, n'' i2) d'après Bouteroue, et dont tous les numismatistes se sont occupés, ne se trouve qu'au musée impérial et royal de Vienne; nous nous en sommes procuré une excellente empreinte que nous devons à la gracieuse obligeance de M. Kenner, conservateur de ce musée.
76. — DAGOBERTVCO REX. Têtediadémée à droite ; le diadème forme une courbe opposée à la convexité du crâne et détache, à l'arrière de la tête, une section ovoïdale formant calotte avec bouton occipital; ce diadème se termine par deux' rubans au sommet delà tête et à lo nuque. Le front est très protubérant ; la section du cou est perlée; le profil n'a rien du caractère aquilin qui distingue les monnaies du cinquième groupe ; le menton saillant et les lèvres rentrantes donnent à la composition de l'avers l'aspect d'une tête de vieillard édenté,
ÇT. LANTOYIANO.... CaHce à deux anses surmonté d'une croix.
Musée de Vienne (Autriche). — Publié par M. Robert [loc. lamL, p. 03, pi. X, fîg. 1). - M. XI, n" 24.
Que cette monnaie appartienne au Gévaudan, cela n'est pas douteux; quand même le calice de Bannassac ne trancherait pas la question, les détuils de la compositioTi, la forme du diadème, la calotte ornée du bouton occipital, la tranche perlée du cou, tout enfin interdirait la moindre hésitation.
L'attribution à Gand, qui a tourné la tête à tant de numismatistes, est donc aussi fausse qu'est erronée la lecture : GANDO FIACO, cause de cette méprise.
La monnaie est parfaitement Cabale.
Mais dans quel groupe la ranger? Ici commencent les difficultés.
Ses légendes ne ressemblent en rien à tout ce que nous avons rencontré jusqu'ici; ses types ne ressemblent pas à ce qui nous reste à explorer. Nous ne trouverons plus de croix au-dessus des calices; cette croix estla marquecaractéristique des troisième etquatrième groupes ; dans toutes les monnaies du cinquième groupe, la croix est absente ou remplacée par un globule ou par un sarment de vigne. Et pourtant nous verrons plus loin que, par ses légendes, le curieux monument appartient au cinquième groupe. Nous pourrions même presque indiquer sa place et son rang chronologique; mais alors pourquoi ne lui faisons-nous pas occuper cette place dans notre description? parce que ce serait une place usurpée. Notre monnaie n'appartient pas au cinquième groupe; elle fait partie du quatrième, elle sort des ateliers qui ont produit le quatrième groupe, elle trahit le burin illettré qui obéissait à Leudegisèle, enfin, elle semble n'être qu'une maladroite concurrence à la fabrication du cinquième groupe qui était inféodé à Maximinus, comme nous le constaterons plus loin.
Cherchons d'abord ce que signifie la légende LANTOYI ANO
Deux lettres sont douteuses; deux ou trois, ou même quatre, sont incomplètes.
La première lettre se lit L, mais comme la partie supérieure
MONNAIES MiiROVINGIENiVES DU GÉVAUDAN. 85
est rognée, on peut choisir entre L et C (le C carré du graveur de Leudegi-èle). — La sixième lettre sans forme lîien définie peut être prise pour T, pour F, pour L, pour V; aussi les nombreux numismatistes qui se sont évertués à trouver le sens de celte légende, prévenus en faveur de CANTO ou GANDO pour l'interprétation des deux premières syllabes et à peu près d'accord sur ce point, ont-ils essayé des quatre versions CANTOTIANO, CAN- TOFIANO, CANTOLIANO et CANTOVIANO pour l'intelligence de l'ensemble. Us n'ont pas trouvé de solution satisfaisante. Les traces de lettres placées à la suite de ce nom consistent en quatre bases de hastes dont la première et la quatrième sont plus apparentes que les deux du milieu; il était rationnel de dire : Si la légende est le nom d'un homme, les quatre fragments indiquent es lettres MN [monetario) ; si c'est le nom d'une ville, il faut restituer les quatre fragments par FUT.
Il fallait donc se poser la première question : est-ce une ville, est-ce un monétaire?
Les noms géographiques en anum^ s'il en existe, ne sont pas communs ; c'est généralement le suffixe acum qui s'est attaché aux noms de lieux. On trouve cependant au moins un exemple de nom de lieu en anum^ le seul que nous connaissions, et par une série de fortuites coïncidences, non seulement c'est sur une monnaie mérovingienne qu'il est écrit, mais encore il présente une forme identique à celle que nous redcontrons en Gévaudan ; ce nom, véritable trompe l'œil, mystification du hasard, est CANTO- LIANO; il est inscrit, suivi du mot FET, sur une monnaie du Dauphiné que M. d'Amécourt a attribuée, non sans hésitation, à Chantilin, petite localité de l'Isère, commune de Saint-Jean-de- Soudin, canton de la Tour-du-Pin. [Ann. de la Soc. de ?ium., t. 1". Excur. imm. dans h Bourgogne du vii° siècle). Yoici cette monnaie :
LEODVLFO. Buste diadème à droite.
I^'. CANTOLIANO FET. Croix latine sur un globe, accosté des initiales VI ( Vienne) dans une couronne de perles.
Collection d'Amécourt; poids 1,20.
Les lettres VI, d'accord avec le style, indiquent que la monnaie appartient à la Viennoise et est absolument étrangère au Gévaudan. 11 faut donc se hâter d'écarter un rapprochement qui ne peut qu'obscurcir le problème à résoudre.
Cependant nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer que les E de LEODVLFO et de FET sont traités comme ceux de LEVEDGISOLVS sur le n° 33; ils ont la forme de G carrés; le graveur des coins du Leudegisèle aurait-il travaillé dans la Viennoise et rapporté à Bannassac le souvenir do la formule CANTO- LIANO qu'il aurait cru pouvoir applique)' en Gévaudan? Nous examinerons cela plus loin.
Passons vite, et, pour l'acquit de notre conscience, examinons l'hypothèse bien préférable d'un nom d'homme.
Point n'était besoin d'inscrire le nom du lieu, Bannassac; le calice >uffisait pour l'indiquer.
Les noms d'hommes en tia}io sont très fréquents : Domilia- JiuSf MartianuSj Plaiitianus, Mauritianus, Sepotiamis^ Pacatiaiius, etc. Ils font partie d'une vaste gamme de terminaisons qui s'appliquent aux radicaux des noms romains : tus, tins, tinno, tianus, tinianus, etc.
Mais quel peut être le nom primitif qui justifierait la forme LANTOTIANO? Nous ne le trouvons pas. Faut-il voir là une forme incomplète et chercher la syllabe absente dans les fragments de lettres qui précèdent le L? Ce n^est pas impossible. Les quatre débris qui subsistent peuvent servir à reconstituer la forme ^î-AT, et d(^nner le type assez bizarre mais peut-être acceptable Hh ATLANTOTIANO. "AiXavro; est le génitif du mot grec '^VTXav;; on suit combien le grec était en faseur en Gaule depuis
le 111^ siècle. Le nom àWtl'intogène (flls d'Atla?) s'appliquait à Mercure et à Hermaphrodite. Aurait-on tiré du grec 'ÂTXavxo; les formes Atlantotius, Atlantolianus? C'est une hypothèse peu attrayante et que nous livrons pour ce qu'elle vaut, persuadés que le lecteur va, comme nous, se ranger à l'opinion formulée par M. du Chalais.
Ce savant (Voy. Rev. num., 184", p. 429) nous fait descendre des hautes spéculations philologiques pour nous montrer dans une explication toute simple la vérité qu'il était inutile d'aller chercher si loin, vérité invraisemblable et pourtant naïve et vraie, comme le lecteui va le reconnaître, quand nous l'aurons dépouillée de ses voiles :
CANTOYIANO FUT, dit M. du Chalais, c'est l'immobilisation deGAVALETANOFIIT.
Nous avons plus d'une fois exposé la théorie de l'immobilisation dans l'art qui se transforme en industrie, et notamment dans les types des monnaies, mais nous convenons que le fait qui est sous nos yeux dépasse tout ce qu'on peut citer en faits du même genre. Nous avons vu le mot Elafius mettre au moins deux étapes à devenir Tela/ius^ le verbe Fit. en mettre quatre à devenir Fiit; mais Gavaletaui devenir Cantoviano non pas en dix ou vingt ans, mais d'un seul bond, sans transition, sans dégénérescence, sans intervalle de temps ni d'espace; cela paraît inexplicable, et pourtant cela est.
C'est à Bannassac même, dans l'atelier du quatrième groupe, au moment où les orfèvres du cinquième groupe émettaient leurs monnaies fleuries, ornées de palmes et de sarments, avec les légendes BAN • GA\AL£TANO FUT, qu'un iraititeur monnayant au nom du roi Dagobert, remplaçant BAN par DAGOBERTVS REX, a commis l'incroyable bévue de copier le mot GAVALGTANO [lar l'autre mol CANTOYIANO. Comme cette dernière forme est assez correctement écrite, nous croirions volontiers que le copiste a cru corriger les imperfections de son modèle et mieux faire que celui qu'on l'avait chargé d'imiter.
Cet épigraphiste connaissait à peu près les lettres mais ne
savait pas assez lire pour comprendre que la forme GANALGTANO était parfaitement correcte et indiquait la province ou Gévaudan. 11 copiait sans comprendre, et il n'avait pas la notion de la valeur de TG lunaire; il pratiquait le C carré comme le graveur qui préparait les coins de Leudegisèle. Dans ces conditions d'intelligence, voici comment il traduisit la formule à copier :
Il exprima la première lettre G par un E carré. La seconde, A, fut reproduite sans modification. La ligature \A fut prise pour N et reproduite sous cette forme. Voilà GAVA changé en CAN.
Prenons maintenant la fin du mot à copier : TANO; il est probable que l'exemplaire pris pour modèle était rogné et que le T privé de sa barre transversale était devenu un I, le copiste reproduisit fidèlement lANO, soit CAN....IANO pour GAVA.. TANO; reste la portion intermédiaire, L€ sur le modèle, TOY sur la copie, pour laquelle il est moins facile d'expliquer la balourdise du copiste; mais ce qui l'a évidemment égaré c'est son ignorance de la valeur de l'G lunaire et la disposition particulière des lettres Le entre les deux anses et dans l'espèce de croissant formé par le profil supérieur du calice. L'G lunaire qui occupe cet espace y prend des proportions plus grandes que les autres lettres. Le L qui le précède est gêné par Tanse de gauche, et le copiste ayant assurément un modèle incomplet, a vu dans le L un T couché qu'il a redressé, et dans l'G lunaire les fragments de deux lettres, u, la partie inférieure, qu'il a restituée par O, et F, la partie supérieure, qu'il a exprimée par Y; ainsi s'explique la transformation subite et complète de la formule GAVALGTANO en CANTO- YIANO. Ajoutons que par la suppression du substantif BAN, l'adjectif GAVALETANO qui le qualifiait se trouve n'avoir plus de sens.
Les incrédules pourront dire : comment est-ce possible qu'un fait «erablable se soit produit à Bannassac même, au cœur du Gévaudan, à côté de l'atelier oiî le nom de cette province s'écrivait correctement sur une quantité prodigieuse de monnaies, au moment de la plus grande fécondité de cet atelier et longtemps avant sa décadence? Nous répondrons que lorsqu'un fait est
constaté, il faut y chercher plutôt de l'instruction que des sujets d'étonnement; que les copistes brillaient souvent par leur maladresse; que le nombre des lettrés était extrêmement restreint; que Leudegisèle et son graveur de coins avaient donné déjà la mesure de leur ignorance dans la manière d'écrire le propre nom de ce monétaire ; qu'on avait peut-être des motifs pour rendre le plagiat méconnaissable ; que l'imitateur maladroit avait peut-être travaillé dans le Dauphiné et gardé mémoire du mot CANTO- LIANO inscrit sur certaines monnaies de Leodulfus. Pour nous, la lumière est faite par l'explication de du Chalais et si le lecteur ne parvient pas à faire la conquête d'une meilleure solution, il se résignera à faire son profit de celle que nous regardons comme acquise.
Evidemment, une si brusque altération de légende n'aurait jamais pu se produire dans l'atelier même où se frappaient les monnaies du cinquième groupe; un pareil acte d'émancipation n'est pas possible; un atelier est, comme une école, sous l'empire d'un ensemble de traditions qui enveloppent l'individu comme dans un filet, serrent leurs mailles à chaque tentative d'évasion, et ne permettent pas plus les chutes rapides que les nobles écarts du génie. Ce n'est qu'à la suite d'innombrables étapes et après une période de temps relativement longue que l'intelligence d'un type ou le sens d'une légende peuvent se perdre. Nous verrons plus loin que l'immobilisation et la dégénérescence ont gravé leurs stigmates sur les produits du cinquième groupe comme sur toutes les œuvres du travail humain; l'art s'y est éteint, comme ailleurs, dans le dernier soufflede ladécrépitude, mais la déchéance a suivi son cours normal. Au contraire, le cas que nous venons d'examiner est en dehors des lois ordinaires de la décadence ; c'est une destruction subite suivie d'une reconstitution immédiate, un changement à vue; ce n'est pas une dégénérescence, c'est une transformation; ce n'est pas l'immobilité, symptôme de mort, c'est une secousse violente, un accident ou plutôt un attentat, et tout s'explique par cette définition même; un concurrent a porté une main plagiaire, une main d'ignorant
et de butor sur une forme de légendes appartenant h l'atelier de Maximinus; il paraît que l'attentat fut bientôt réprimé quoique abrité sous la sauvegarde du nom de Dagobert, car on n'en trouverait même plus la trace, sans l'unique et précieuse monnaie du musée de Vienne.
Quant à nous, ramasseurs de fragments, observateurs posthumes des vies éteintes et des sociétés trépassées, antiquaires qui nous drapons en historiens et en juges avec des lambeaux et des débris disputés aux chiffonniers, marchons toujours vers notre but, et, dans nos efforts pour compléter le panorama du vieux monde, constatons une fois de plus avec quel ensemble tout converge vers la confirmation des faits constatés à Bannassac comme à Chalon, comme sur tout le sol de la Gaule, relativement à la grande refonte de l'or gaulois sous la domination des rois francs : l'indépendance des ateliers monétaires, le parallélisme des émissions simultanées.
Nous ne pouvions séparer du quatrième groupe une monnaie qui présente le principal caractère des produits de ce groupe, la croix sur le calice; nous ne pouvions la rejeter au cinquième, quoiqu'elle en ait copié, très mal il est vrai, la légende typique GAVALETANO. C'était bien ici que nous devions la placer.
La monnaie de Dagobert détruit complètement l'hypothèse de M, Roussel qui, dans le Bulletin de la Société d'agriculture de Mcîide {{Soi , p. 449), a eu la triple mauvaise, chance d'annoncer qu'on ne trouverait point de monnaies Cabales à l'ef- %ie de Dagobert, mais qu'on en trouverait peut-être aux effigies de Thierry I" et de Théodebert l". C'est en donnant à cet honorable archéologue l'assurance de toute notre sympathie que nous sommes contraints de relever ses erreurs; Thierry I" vivait avant qu'aucun roi franc ait eu le droit d'inscrire son nom sur une monnaie d'or; Théodebert 1", mort en 548, est antérieur à l'empereur Justin II, dont le nom et l'effigie occupaient encore le champ des monnaies Cabales de 505 à 568 ; quant à Dagobert P', rien n'empêchait M. Roussel de savoir que Le Blanc avait publié d'après Bouteroue la monnaie frappée dans le Cévaudan
au nom de ne roi, et que cette monnaie était connue depuis plus de deux siècles. Mais oii ce numismatiste a été encore plus malheureux, c'est quand, énumérant les rois qui ont régné sur l'Anstrasie depuis Clovis 1" jusqu'à Clovis II, il en nomme cinq et n'en oublie que sept. Certes nous sommes loin de reprocher à M. Roussel ses inadvertences; nous voulons avoir le droit de dire : Dimitte nobis sicut et nos dimittimus ^ mais nous ne sommes pas fâchés de lui rappeler que lorsqu'on e&t sujet à pécher on doit s'abstenir de critiquer les autres, surtout quand ces autres sont des gens qu'on n'aime pas.
Empressons nous maintenant de rendre justice à M. Théophile Roussel, et de dire que malgré ces erreurs qui portent sur des points à peu près étrangers à l'histoire du Gévaudan son travail sur les monnaies de Bannassac est extrêmement consciencieux. Il Ta fait suivre d'observations remarquables sur l'origine de la puissance temporelle des évêques de Mende, et c'est avec une conviction semblable à la sienne que nous acceptons ses équitables et saines appréciations.
Puisque cette parenthèse est ouverte en faveur d'une monnaie qui offre une légende défigurée plutôt par un acte attentatoire, le mot est exact, que par un phénomène d'immobilisation, nous allons en profiter pour décrire une autre monnaie dont l'épigraphie est le comble de l'attentat, sans que l'intérêt du type présente le moindre dédommagement à l'observateur.
Nous ne nous y arrêterons pas, ce serait perdre notre temps, mais nous ne pouvons la passer sous silence puisqu'elle offre les types du Gévaudan. Elle jettera peut-être plus de lumière qu'on ne pense sur les mœurs monétaires du vu* siècle. L'explique qui pourra; pour nous elle atteste le peu d'importance que le public et les monétaires eux-mêmes, presque toujours illettrés, attachaient au sens des légendes; on se préoccupait un peu du type parce que c'était surtout ce qui frappait l'œil du public, quant à la légende, on s'en souciait si peu qu'on créait des pastiches de légendes à l'aide de lettres juxtaposées au hasard et n'offrant aucun sens.
77. ^ NCFVNITVCIO (rétrograde). Tête diadémée à droite. Le diadème de perle? est orné de deux lemnisques perlés et un cliapelet de perles suit en outre le contour du crâne; cou à tranche perlée; au-dessous, uu simple globule.
Cf. aiFOAllAlCIONI. Calice à deux anses sous la croiselte initiale.
Publié par M. Robert {loc. laud., p. 60, pi. X, 12). — PI. XI, n°2o.
Cette monnaie n'a pas été frappé dans le Gévaudan, c'est une contrefaçon. Le chapelet de perles qui suit les contours du crâne nous indique qu'elle a été frappée du côté d'Amboise.
Nous reproduisons le dessin publié par M, Robert. Ce savant lit les légendes d'une manière un peu différente : ^ FICFVNITV- CIO. — W' * ClONiaiFOAIIAI. Le type a trop de caractères d'authenticité pour être suspect, mais nous ne saurions dire dans quel cabinet se trouve la monnaie. M. Robert la publie comme faisant partie de la collection d'Amécourt ; or nous ne l'y trouvons pas et nous croyons que le savant académicien a fait erreur sur ce point peu important. Les l(^gendes n''ont aucun sens ; c'est un phénomène qui n'est pas nouveau. Pendant un demi-siècle, des espèces aux effigies de Justinien et de ses successeurs, émises par des romains attardés, ont circulé dans toute la Gaule, mêlées aux plus élégants produits de l'émancipation artistique qui a créé, vers le milieu du vi® siècle, le monnayage mérovingien. Les légendes n'y avaient plus conservé la trace de leur sens primitif, elles n^étaient que des assemblages de lettres imitant de véritables légendes; et pourtant ce phénomène ne s'était pas produit sans transition et des produits intermédiaires montrent des traces flagrantes des légendes primitives : D-N-IVSTINIANVS P-F-AVG. — W. VICTORIA AVGVSTORVM.
Un fait relativement moderne nous servira à expliquer ce fait ancien. Les Chinois sont d'habiles imitateurs ; il fut de mode aux
xvii^ et xviii" siècles de faire peindre en Chine des services de porcelaine aux armes d'un grand nombre de familles françaises et notamment aux armes royales ; les copies étaient d'une remarquable exactitude, mais quand les artistes chinois avaient à reproduire une devise ou une lettre, notamment les H d'ornementation qui font partie du collier de l'ordre du Saint-Esprit, en souvenir d'Henry III, fondateur de l'ordre, on reconnaissait fort bien que, malgré leur talent d'imitation, les copistes ne s'étaient pas rendu compte de la valeur des lettres semées dans le décor. Pour peu qu'on ait chargé un second Chinois de recopier le travail du premier, et un ou plusieurs Japonais de reproduire successivement les dernières imitations, il est certain que les légendes seraient bientôt devenues complètement indéchiffrables, quoique l'ensemble du sujet principal soit encore suffisamment bien imité. Tel a été le sort des légendes de Justinien sur les monnaies de la tin du vi" siècle; les graveurs illettrés reproduisaient à la manière chinoise des mots dont ils ne comprenaient pas le sens et des lettres don*, ils ne savaient pas la valeur. Nous croyons donc inutile de chercher h interpréter les légendes que nous venons de reproduire, nous les tenons pour de simples chinoiseries.